jeudi 1 septembre 2011

Il y a dix ans la Belgique s'érigeait en juge d'Ariel Sharon et de Shimon Peres

"On voit ainsi le principe de la compétence universelle entériner la logique répugnante du bouc émissaire." (Eric Dachy et Michel Wajs)

"On a tenté, ici, à Bruxelles, le renversement de l'histoire le plus grotesque mais aussi le plus pernicieux - poursuivre le chef de l'Etat juif dans la capitale de l'Europe, théâtre de la Shoah, pour crimes contre l'humanité !" (Daniel Saada)

"Le gouvernement Sharon pratique actuellement des massacres qui sont totalement inacceptables. (…) Nous sommes sûrs que la responsabilité des autorités israéliennes, et particulièrement celle du ministre de la Défense d’alors Ariel Sharon, est évidente. Il est impliqué. Il ne l’a [le massacre de Sabra et Chatila] pas seulement permis, il l’a encouragé" (Josy Dubié, Ecolo francophone et président de la “Commission Justice” du Sénat à la presse libainaise...)

"C’est probablement Victor Dutroux, père du tristement célèbre pédophile Marc Dutroux, qui apportera la cerise au gâteau en déclarant à la télévision belge qu’ "Ariel Sharon, ça c’est un monstre! (…) Marc Dutroux n’est pas un monstre. C’est un bien grand mot".[1]

Source: Joël Rubinfeld (Les habits neufs de l'antisémitisme en Belgique). Extraits:

"L’“affaire Sharon”

En 1993, le Parlement belge dotait le pays d’une loi dite de “compétence universelle” qui permettait de poursuivre les auteurs présumés de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide, même s’ils avaient été commis hors de la Belgique, par des non-Belges, et contre des non-Belges. C’est sur base de cette loi que, le 18 juin 2001, 23 plaignants libanais et palestiniens saisissaient les tribunaux belges pour que soient jugés les auteurs du massacre de Sabra et Chatila commis en 1982. Dans l’acte d’accusation, nulle mention n’était faite du responsable reconnu du carnage, Elie Hobeika [59], seuls Ariel Sharon – ministre de la Défense à l’époque des événements – et deux autres officiels israéliens étaient incriminés. Il semblait dès lors manifeste que derrière cette prétendue soif de justice se cachait un procès d’intention, mais la suite de l’histoire montrera que cette évidence n’empêchera pas certains de sonner l’hallali.

De la trentaine de plaintes déposées à Bruxelles en vertu de la loi de compétence universelle – visant notamment Saddam Hussein, Yasser Arafat, Fidel Castro, Hissène Habré et Augusto Pinochet –, seule celle déposée contre le Premier ministre israélien aura les faveurs de la presse. Cette affaire, qui empoisonnera deux années durant les relations belgo-israéliennes, sera pour certains acteurs médiatiques et politiques l’occasion d’en rajouter une couche à la diabolisation de l’Etat hébreu et de ses citoyens. Les intitulés des articles publiés en moins d’une semaine par Le Soir – le quotidien francophone le plus lu en Belgique – en donnent un aperçu: “Ces Israéliens pleins de haine…” [60], “Israël étudie ses représailles” [61], “Le Mossad se penche sur la Belgique” [62], “Une ligne dure contre la Belgique” [63], etc.


Sur le plan politique, le sénateur écologiste Josy Dubié comptera parmi les plus virulents accusateurs du Premier ministre israélien. Président de la “Commission Justice” du Sénat, il occupait alors une place de choix et ne se privera pas, malgré le devoir de réserve lié à sa fonction, d’alimenter la polémique. En novembre 2001, une dépêche de l’agence de presse Belga relatait que “Josy Dubié s’en est pris violemment aux autorités israéliennes, jeudi, à l’occasion d’une conférence de presse. (…) “La Belgique est un Etat de droit, et moi, je m’interroge sur ce qui fait la démocratie en Israël. Nous au moins, nous n’avons pas de sang sur les mains” a-t-il ajouté, dénonçant également l’attitude d’Israël “qui viole toutes les lois internationales”” [64].

En janvier 2002, le sénateur et trois de ses collègues parlementaires se rendaient au Liban, dans le cadre d’une mission d’information sur les événements de Sabra et Chatila. Sur place, Josy Dubié affirmera que “le gouvernement Sharon pratique actuellement des massacres qui sont totalement inacceptables. (…) Nous sommes sûrs que la responsabilité des autorités israéliennes, et particulièrement celle du ministre de la Défense d’alors Ariel Sharon, est évidente. Il est impliqué. Il ne l’a [le massacre de Sabra et Chatila] pas seulement permis, il l’a encouragé” [65]. À Beyrouth, lors d’une conférence de presse donnée par les sénateurs belges, ceux-ci déclareront: “Nous sommes du côté de la justice. Entre 1943 et 1945, elle était avec les juifs, aujourd’hui, elle est du côté des Palestiniens” [66].

Dans la foulée, les parlementaires demanderont, contre toute attente, l’ouverture d’une instruction à l’encontre de Shimon Peres pour des faits qui, alors qu’il était Premier ministre, causèrent la mort d’une centaine de Libanais du village de Kana en 1996. Ils déclareront que “le lauréat du prix Nobel de la paix devait être jugé pour crimes de guerre” [67]. Toujours durant leur périple libanais, l’un des sénateurs, Vincent Van Quickenborne, précisera lors d’une visite chez le secrétaire général du Hezbollah que “l’idée de l’Union européenne d’inclure le Hezbollah dans la liste des organisations terroristes est très mauvaise” [68].

Bien que les socialistes francophones seront, avec les écologistes, les plus ardents défenseurs de la plainte déposée contre le Premier ministre israélien, c’est la maladresse d’un des leurs, le député Patrick Moriau, qui allait enterrer la loi de compétence universelle et, ce faisant, l’action engagée contre Ariel Sharon. En effet, en soutenant la plainte déposée le 18 mars 2003 par des Irakiens contre l’ancien président américain George Bush Sr, Dick Cheney, Colin Powell et Norman Schwartzkopf pour des faits commis pendant la guerre du Golfe en 1991, le député socialiste allait impliquer les Américains dans le débat. Les Etats-Unis n’étant pas Israël, ce nouvel abus ne laissera d’autre choix aux autorités belges que de mettre un terme à la polémique, en abrogeant la loi.

Jusqu’au bout, quelques parlementaires se battront pour qu’Ariel Sharon soit malgré tout convoqué devant les tribunaux bruxellois. Ce fut notamment le cas, à la fin du mois de mars 2003, lorsqu’un amendement fut voté par le Parlement afin d’éviter les usages abusifs de la loi et que la socialiste Karine Lalieux parvint à faire passer, à l’arraché, un bien singulier sous-amendement qui stipulait que la disposition votée ne serait valable que pour les plaintes déposées en Belgique après le 1er juillet 2002. De cette manière, elle neutralisait la plainte déposée la semaine précédente contre les dirigeants américains, faisant ainsi baisser la pression, tout en s’assurant de la poursuite de la procédure entamée contre le Premier ministre israélien. Ce ne sera qu’une victoire de courte durée car la multiplication des plaintes farfelues – contre le Britannique Tony Blair, l’Américain George W. Bush et le ministre belge des Affaires étrangères Louis Michel – et la menace de voir le siège de l’OTAN quitter la capitale auront définitivement raison de la loi controversée, abrogée en juin 2003.

Quelques voix notables s’élèveront pour dénoncer le dévergondage politico-judiciaire de “l’affaire Sharon”. En mars 2003, Jean-Pierre et Luc Dardenne, cinéastes belges “palmés” au Festival de Cannes en 1999 avec leur film “Rosetta”, feront part de leur malaise à travers un texte intitulé “Nous comprenons l’indignation des Israéliens” et publié dans Le Soir: “Ce que nous trouvons inquiétant est la dimension ultra-médiatique qui s'est emparée du processus de la plainte contre Ariel Sharon, et cela dès le premier stade de ce processus, avant même de savoir si elle sera fondée et pourra être effectivement reçue. Cette focalisation sur la personne d'Ariel Sharon est d'autant plus troublante qu'elle fait oublier que le seul responsable attesté des massacres de Sabra et Chatila est le commandant des phalanges chrétiennes libanaises, Elie Hobeika. (…) Ne peut-on craindre qu'à travers cette médiatisation incontrôlable le dépôt d'une plainte dans le cadre de la loi sur la compétence universelle ne serve d'abord de tremplin à des campagnes de dénigrement, à des stratégies de déstabilisation d'un individu et à travers lui d'un Etat?” [69].

Si les frères Dardenne étaient, jusque-là, unanimement salués pour leur œuvre empreinte d’humanisme, les amis d’hier eurent tôt fait de prendre leurs distances. Au lendemain de la diffusion du texte des deux cinéastes, une brochette de syndicalistes et d’élus socialistes – Karine Lalieux et Pierre Galand entre autres – rétorqueront à travers les colonnes du même quotidien: “De tous les combats sociaux, pour preuve encore votre présence à côté des sidérurgistes liégeois, toujours à dénoncer les inégalités quelles qu'elles soient, vous vous retrouvez, malgré vos dénégations, à défendre Ariel Sharon! (…) Chers Frères Dardenne, vous qui en deux heures d'émotions autour de la vie particulière de Rosetta avez dénoncé les conditions d'existence de toute une frange de la société, aujourd'hui dans une carte blanche, vous oubliez l'universalité du droit à la justice pour tous. (…) Votre carte blanche dans le premier quotidien francophone belge participe d'une médiatisation, non pas incontrôlable, mais tronquée” [70].

Pour Claude Demelenne, journaliste à l’hebdomadaire Le Journal du Mardi, les deux “lascars pro-Sharon” Jean-Pierre et Luc Dardenne ““commettent” leur diatribe au moment précis où les parlementaires vont passer à l'acte et adopter le projet de loi de compétence universelle ou baisser pavillon devant les pressions, essentiellement du lobby ultra-sioniste”. À court d’arguments, le journaliste envisagera enfin que “les deux frères – qui ne s’étaient jamais exprimé sur la question – pourraient avoir été instrumentalisés [car] certains faits, troublants, lèvent le voile sur ce qui ressemble à une offensive concertée” [71]… par un mystérieux lobby à la solde de l’Etat d’Israël. [Note: Depuis, Claude Demelenne a complètement changé de discours et nous apprécions beaucoup ses textes actuels.]

C’est probablement Victor Dutroux, père du tristement célèbre pédophile Marc Dutroux, qui apportera la cerise au gâteau en déclarant à la télévision belge qu’ “Ariel Sharon, ça c’est un monstre! (…) Marc Dutroux n’est pas un monstre. C’est un bien grand mot” [72].

[59] Elie Hobeika était à la tête de la milice des Phalanges chrétiennes qui ont perpétré le massacre de Sabra et Chatila en 1982. Dans le monde arabe, il est de notoriété publique que Hobeika a organisé les tueries. Le quotidien hachémite Jordan Times en atteste, le 17 septembre 2000, lorsqu’on y lit que “les familles des victimes [de Sabra et Chatila] pointent un doigt accusateur sur Elias Hobeika, ancien chef des services de renseignements des forces libanaises, qui est maintenant un membre sortant et pro-syrien du Parlement”. En juin 2001, le commentateur politique palestinien Saleh Al-Na'ami écrit, dans l'hebdomadaire du Hamas Al-Risala, qu'“il est hypocrite d'attaquer Sharon”. Al-Na'ami identifie nommément les coupables, les “vrais criminels de guerre: Hobeika et la bande de misérables de son entourage d'alors”.
[60] “Ces Israéliens pleins de haine…”, Le Soir, 15 février 2003.
[61] Serge Dumont, “Israël étudie ses représailles”, Le Soir, 15 février 2003.
[62] Serge Dumont, “Le Mossad se penche sur la Belgique”, Le Soir, 19 février 2003.
[63] “Une ligne dure contre la Belgique”, Le Soir, 21 février 2003.
[64] “Josy Dubié s’en prend violemment aux autorités israéliennes”, Belga, 29 novembre 2001.
[65] Hussain Abdul-Hussain, “Belgian senators decry Sharon as a “mass murderer””, The Daily Star (quotidien libanais anglophone), 22 janvier 2002.
[66] Scarlett Haddad, “Sabra et Chatila: Les sénateurs belges clôturent leur mission d’information sur les massacres. Josy Dubié: La responsabilité de Sharon et des soldats israéliens est évidente”L’Orient-Le Jour (quotidien libanais francophone), 22 janvier 2002.
[67] Yossi Melman, “Belgian lawmakers want Peres on trial for ’96 Grapes of Wrath”Haaretz, 22 janvier 2002.
[68] “Sabra et Chatila: Les sénateurs belges rencontrent Hoss et Nasrallah”, L’Orient-Le Jour, 23 janvier 2002.
[69] Jean-Pierre et Luc Dardenne, “Nous comprenons l'indignation des Israéliens”Le Soir, 12 mars 2003.
[70] André Mordant, Joël Mathieu, Karine Lalieux, Jean Cornil, Pierre Galand, Isabelle Simonis, Serge Hustache, Annick Thyre et Jean-Claude Van Der Meeren, “Chers Frères Dardenne, nous ne comprenons pas votre indignation”, Le Soir, 13 mars 2003.
[71] Claude Demelenne, “Pro Sharon. Les frères Dardenne ne font pas que du cinéma”, Le Journal du Mardi, 18 mars 2003.
[72] Interview de Victor Dutroux dans l’émission d’information Telefacts diffusée le 1er septembre 2003 par la télévision flamande VTM.



[1]  En matière de haine de haine d'Israël et du "peuple élu" tout le monde s'y met.  Carine et Gino Russo, les parents d'une des petites victimes de Dutroux, iront saluer Dieudonné après son spectacle "Mes excuses" à Bruxelles en 2004, à la grande satisfaction du journal Le Soir: "La salle applaudit à chaque sentence bien sentie. Et ça démarre sur les chapeaux de roue, avec le mea culpa présenté à l'antenne par Marc-Olivier Fogiel pour le dérapage commis dans «ONPP». Hop, Dieudo enchaîne: Je m'excuse, ô peuple élu ! Dans leur cagibi, ses deux techniciens portent des casques (bleus) : sait-on jamais... Jouant les repentis larmoyants, il promet de faire comme tous les Noirs: zouker, jusqu'à 80 ans. Ça, ils ont le droit...  Et puis, il se reprend : Dès qu'on touche un peu à Israël, t'es parti pour le grand huit. Et le voilà qui devient Dieudonné M'Dreyfus, la branche humoristique d'Al-Qaïda. Les répliques pleuvent, façon boxeur ou artificier, pourfendeur de cette pensée unique qu'on tente de nous imposer. Ses cibles? Les Etats-Unis, les religions, l'enseignement, les donneurs de leçon, le droit exclusif à la souffrance, les petits scouts du Betar, les médias qui truquent... BHL, aussi: il félicite au passage Noël Godin, lequel se marre comme une baleine dans son fauteuil. Et puis le racisme et la France, bien sûr, pays des droits de l'homme: Blanc, évidemment, précise-t-il. Parce que les Canaques et les Noirs, hein, franchement... [...] Un débat télévisé, tout d'abord, opposant deux intellectuels, un sioniste et un musulman. Devinez à qui est dévolue la quasi-totalité du temps de parole? En fin de parcours, on assiste ensuite à une réunion de l'ARA, l'Association des racistes anonymes. Il y joue... Dieudonné, nazi plus ou moins contrit. A tomber de rire.

Eh oui, c'est le rire qui importe! [...] Carine et Gino Russo sont également venus le saluer, évoquant avec lui les pressions et les manipulations qui attendent ceux qui (se) posent trop de questions... Militant et engagé, Dieudonné reste ce fou du roi accro à l'ironie salutaire. Prêt au débat, prêt à gratter toutes ces frontières virtuelles qui divisent l'humanité. Pour le citoyen M'bala M'bala, l'exercice d'équilibrisme n'est pas fini..."

4 commentaires :

akry a dit…

Sharon/Dutrout : on voit à nouveau la confusion des valeurs, procédé cher à nos délégitimateurs.
Saluons au passage les frères Dardenne qui sauvent l'honneur. C'est rare dans le marigot médiatique, donc précieux.

Anonyme a dit…

Comme dans tout et toujours, les plus malins comprennent et les moins malins s'emportent...

prof a dit…

Il est bizarre que la Belgique trouve toujours le temps pour accuser les autres et pour répandre la haine.
Mais où est passé le temps pour construire un gouvernement? Je crois que là, nos politiques prennent trop de temps.
La Belgique voit la paille qui est dans l'oeil d'Israël mais ne voit pas la poutre qui est dans le sien.

Anonyme a dit…

éénous au moins en Belgique on n'a pas de sand sur les mains ? Mais et au Congo ?