Ce site est dédié aux millions d'Européens qui, malgré d'incessantes campagnes de désinformation, ne croient pas que les Juifs ne sont capables que du pire; ne dissimulent pas leur antisémitisme dans le langage de l'antisionisme; et savent qu'Israël représente ce qu'il y a de meilleur dans une démocratie.
dimanche 18 septembre 2011
Nathan Weinstock, Terre promise, trop promise - génèse du conflit israélo-palestinien, 1882-1948 (éditions Odile Jacob)
Le conflit entre Israéliens et Palestiniens n’a toujours pas trouvé d’issue. Quelles en sont les causes profondes? Pour nous aider à comprendre les passions du présent, ce livre explore les cheminements et les déchirements de l’histoire.
Loin des clichés réducteurs, Nathan Weinstock retrace la dynamique conflictuelle qui a façonné, puis opposé deux nationalismes issus d’une même terre. S’appuyant sur des sources rarement exploitées, dont les travaux de chercheurs palestiniens, il renouvelle la lecture de cette histoire sur de nombreux points : le parallélisme entre le sionisme et le mouvement Back to Africa; les conditions de ventes de terres aux Juifs à la fin du XIXe siècle; l’engagement du Mufti de Jérusalem... et de Ben Gourion aux côtés de l’oppresseur ottoman en 1914 ; les luttes ouvrières menées de front par les ouvriers juifs et palestiniens après la Seconde Guerre mondiale, etc.
samedi 15 mai 2010
Photos d'Israël du passé - l'Indépendance
La foule attend la déclaration d'indépendance à l'extérieur de l'édifice.
Source: Lisboa-Tel Aviv
mardi 31 mars 2009
Le négationnisme de Shlomo Sand, démonté par Eric Marty
"Nier l'identité juive est une vieille marotte, aujourd'hui parasite obstiné de la pensée contemporaine. D'où vient ce vertige du négatif ? On l'aura compris en lisant le livre de Shlomo Sand : d'un désir obscur de faire des juifs de purs fantômes, de simples spectres, des morts-vivants, figures absolues et archétypales de l'errance, figures des imposteurs usurpant éternellement une identité manquante. Eternelle obsession qui, loin de s'éteindre, ne cesse de renaître avec, désormais, un nouvel alibi mythologique : les Palestiniens.""Tout le monde se souvient de quelques énoncés qui, jadis, firent scandale : selon une rumeur venue d'Europe, les chambres à gaz n'avaient jamais existé, selon une autre, émanant du monde arabe, le Temple juif de Jérusalem était une invention des colons sionistes, malgré son attestation par le Coran décrivant Jésus y priant "debout".
Mais avec le siècle qui vient, et qui s'annonce comme redoutable, on aura compris que ces négations-là ne relevaient que du détail. Le livre de Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé : de la Bible au sionisme (Fayard, 2008), règle la question de manière définitive. Le peuple juif n'existe pas : divine surprise !
Inutile de faire l'apprenti chimiste pour déclarer l'innocuité du Zyklon B, inutile de jouer à l'archéologue pour faire du Mur des lamentations une excroissance de la Mosquée Al-Aqsa, car si le peuple juif n'est qu'une invention du XIXe siècle sous le paradigme occidental de l'Etat-nation, alors la question est réglée. Certains pourront en conclure d'ailleurs qu'il est bien naturel qu'un peuple qui n'existe pas invente à l'infini des légendes pour attester sa pseudo-existence.
Ce n'est pas ici le lieu de dénoncer les confusions, et surtout le caractère naïvement massif de la thèse du livre de Shlomo Sand. Des spécialistes l'ont fait. Il s'agit de l'oeuvre d'un historien autodidacte dont les informations sont de seconde main, qui mêle les approximations à des choses connues, mais qui sont présentées sous l'angle biaisé de découvertes sulfureuses.
Sand présente le fait qu'il n'y a pas de race juive comme une découverte qui fait du peuple juif une invention historique. Mais ce faisant, il confond deux catégories étrangères l'une à l'autre, celle de "race" et celle de "peuple". La tradition d'Israël n'est pas une tradition raciale comme la Bible l'atteste (l'épouse non juive de Moïse, Séphora, Ruth, l'étrangère, ancêtre du roi David), tradition perpétuée par l'actuel Israël, comme tout visiteur peut le constater en admirant dans le peuple juif son extraordinaire pluralité : juifs noirs, jaunes, blancs, orientaux, blonds, bruns... La substitution race/peuple est révélée par le titre : Comment le peuple juif fut inventé... Or tout le livre consiste à vouloir prouver que les juifs actuels ne sont pas "génétiquement" les descendants des Hébreux.
On dira que le peuple juif n'a jamais cessé d'être "inventé" : par Abraham, par Jacob, par Moïse... Mais aussi par chaque juif. Car l'invention même du peuple juif, loin d'être une preuve de son inexistence, est une preuve radicale - irréfutable - de la singularité radicale de son existence propre. Existence fondée sur le principe abrahamique de son invention ou de sa vocation, puisque cette existence est réponse à un appel.
CONCLUSION PERVERSE
Peuple unique en ce qu'il est fondamentalement logocentrique - lié au langage, lié au nom - et textocentrique, lié à un texte : la Torah. Que la filiation soit constitutive du peuple juif ne peut apparaître comme un élément ontologique. Le principe de filiation n'est que la régulation civile de l'existence historique de ce peuple, des conditions de possibilité d'une perpétuation qui autorise son inscription dans le temps chronologique, dans le temps de l'histoire humaine. Voilà pourquoi il y a un peuple juif, voilà pourquoi il n'y a pas de "race juive", même s'il est patent que les Cohen et les Lévy du monde entier ont quelques liens incarnés. C'est ce qu'on peut appeler très simplement la facticité juive : le fait d'être juif.
Le livre de Sand manifeste là l'indigence de son "épistémologie". Sand est un "moderne". Il voudrait devenir le Michel Foucault du XXIe siècle. Il espère, en proclamant que le peuple juif est une "invention du XIXe siècle", reproduire, en le mimant, le Foucault de jadis affirmant que l'homme était "une invention récente". Mais, pour Foucault, il était fondamental, à l'intérieur du discours philosophique moderne même, de réfléchir méthodiquement à cette "invention" dans les savoirs - l'homme - et de la déconstruire.
Or c'est sur ce point que le livre de Sand se révèle vide. Car s'il dénie aux juifs une aspiration, qu'ils n'ont jamais eue comme peuple, à se constituer en race, il ne déconstruit pas la notion de race. Au contraire, il lui confère, à dessein ou non, un statut de vérité qui se donne comme vérité ultime. En effet, la conclusion, proprement perverse, de son livre est d'attribuer au peuple palestinien ce qui a été dénié aux juifs, à savoir qu'ils sont - eux, les Palestiniens - les vrais descendants génétiques des Hébreux originaires !
Cet épilogue est le révélateur de la finalité du livre. On y trouve le principe mythologique de l'inversion dont le peuple juif est la victime coutumière : les juifs deviennent des non-juifs et les Palestiniens les juifs génétiques. On peut, dès lors, en déduire qui est l'occupant légitime du pays. En ne déconstruisant pas radicalement la notion d'héritage génétique, en en faisant, au contraire, bénéficier le peuple palestinien, Sand révèle tout l'impensé qui obscurément pourrit ce qu'il tient pour être une entreprise libératrice. Il montre que la méthode substitutive qu'il emploie est tout simplement mystificatrice, et ce d'autant plus qu'elle voudrait être au service de l'entente entre les ennemis.
Nier l'identité juive est une vieille marotte, aujourd'hui parasite obstiné de la pensée contemporaine. D'où vient ce vertige du négatif ? On l'aura compris en lisant le livre de Shlomo Sand : d'un désir obscur de faire des juifs de purs fantômes, de simples spectres, des morts-vivants, figures absolues et archétypales de l'errance, figures des imposteurs usurpant éternellement une identité manquante. Eternelle obsession qui, loin de s'éteindre, ne cesse de renaître avec, désormais, un nouvel alibi mythologique : les Palestiniens.
© Eric Marty (photo en haut)*
* Eric Marty est écrivain et critique, professeur de littérature à l'université Paris-Diderot
Texte repris du site UPJF
Le négationnisme 'soft' d'un nouvel historien israélien, P.I. Lurçat
vendredi 6 mars 2009
L'histoire des frères Bielski, par Pierre Raiman
Source: Les Insurgés et le Rabbi repris du blog de l'auteur "Autour de la liberté"
"Bientôt 70 ans après son début, l’Histoire de la Shoah est entrée dans une phase de négation accélérée et de confusion accentuée.
Le vieux négationnisme nostalgique des charlatans de l’histoire voit sa monture fourbue, enfourchée et financée par la propagande étatique iranienne. La mémoire des camps de concentration et d’extermination est bafouée par l’attelage des cardinaux et des évêques antisémites, des islamistes, des gauchistes et de l’extrême droite qui dépeignent Gaza en camp de concentration à ciel ouvert.
Dans ce contexte la sortie courant janvier du film d’Edward Zwick "Les Insurgés", histoire d’un groupe de partisans juifs dans les forêts de Biélorussie, apportait un cinglant démenti.
Tandis que l’on manifestait à Paris en dénonçant le "génocide à Gaza", l’affiche du film de Zwick offrait l’opportunité de découvrir un épisode méconnu d’un vrai génocide. Etrangement personne ne fit le rapprochement comme si l’histoire vrai des frères Bielski, sujet du film, dérangeait ceux qui se complaisent dans la confusion historique.Ainsi L’Humanité dénonçait "Une espèce de Grande Evasion sans ressort" et Télérama, "L'enluminure hollywoodienne qui se marie mal, c'est peu dire, avec la gravité du sujet". Malgré l’apparente contradiction entre le vaudeville français et "L'enluminure hollywoodienne", L’Huma et Télérama se rejoignent. Cette histoire de partisans juifs, qui s’efforcent de surcroît de sauver une communauté d’enfants de femmes et de vieillards, ne peut être qu’une farce éventuellement américanisée.
Il s’agit pourtant d’une histoire vraie largement méconnue avant la sortie du film et du livre "Defiance" qui l’a précédé.
Ainsi ni Martin Gilbert dans son ouvrage de référence "Holocaust", ni Raul Hillberg, auteur de l’impressionnante somme "La destruction des Juifs d’Europe", ne mentionnent l’épopée des frères Bielski.
L’auteur de "Defiance", Nechama Tec, professeur émérite de sociologie à l’université du Connecticut a déjà publié plusieurs ouvrages consacrés à des témoignages sur la Shoah, mettant en lumière des hommes ou des documents ignorés.On peut ainsi citer la correspondance de Cracovie de la famille Hollander "Everyday Lasts a Year" (Cambridge University Press) ou encore la biographie d’Oswald Rufeisen, un Juif qui sauva nombre de ses coreligionnaires (chez Oxford University Press).
C’est donc dans le cadre de ses travaux qu’elle rencontre Tuvia Bielski (ci-dessus à gauche) et recueille ses souvenirs quelques mois avant sa disparition en 1987.
Adapté par l’auteur de "Blood Diamonds", Edward Zwick, "Defiance" ("Les Insurgés" en français) est globalement fidèle à l’histoire des frères Bielski telle qu’elle nous est parvenue.
Quatre frères Tuvia, Zus, Asael et Aaron, s’enfuient à l’été 1941 dans les forêts de Lipiczańska en Biélorussie, après l’assassinat de leurs parents par les Einsatzgruppen, ces troupes spéciales chargées de massacrer systématiquement les Juifs en accompagnant la progression de la Wehrmacht. Rejoints par d’autres petits groupes de rescapés, ils forment une "otriad", un détachement de partisans, dont Tuvia qui a servi dans l’armée polonaise et acquis le grade caporal devient le chef.
Après quelques actions de représailles contre des volontaires biélorusses, collaborateurs des nazis, ils mènent des coups de main contre les Allemands qui leur permettent de s’approvisionner en armes. Toutefois ils se distinguent des autres "otriad" qui souvent sont dirigées par des communistes.
L’action des frères Bielski n’est pas tournée exclusivement vers l’activité militaire. Accueillant de plus en plus de réfugiés, dont de nombreux enfants, femmes et vieillards, ils constituent une communauté confrontée à de lancinants problèmes de ravitaillement.
Les relations avec les partisans Russes et l’otriad qui opère dans la forêt sont complexes. Les partisans communistes en général ne nourrissaient guère de sympathie pour les Juifs et étaient peu enclins à les aider.
Toutefois ce n’était pas le cas de Victor Panchenko, le chef communiste de la forêt. Tuvia Bielski accepte de s’associer avec l’otriad Panchenko, certes parce qu’il ne peut faire autrement, mais une collaboration active se met en place. Les Bielski envoient des combattants, dont un temps Zus, le frère de Tuvia. Ils réparent des armes et effectuent divers travaux pour les partisans. Panchenko aurait mis les Bielski en relation avec le commandement soviétique, acte nécessaire pour officialiser leur statut et obtenir de l’aide pour les blessés. Les deux otriad ont aussi mené quelques opérations conjointement, tandis que des adolescents du groupe Bielski, familiers de la forêt servent de scouts aux partisans soviétiques.
L’histoire des frères Bielski est donc un démenti de plus à la légende des Juifs qui ne se seraient pas battus contre les nazis. Est-ce pour cela qu’elle semble déranger ? L’imagerie médiatique, qui dans ses délires voit dans l’armée israélienne les nouveaux SS et imagine pendant la guerre les Juifs en victimes passives, est mal à l’aise avec les combattants juifs, les insurrections du ghetto de Varsovie, du camp de Sobibor et d’ailleurs.
D’où le remake de la "Grande Vadrouille" et les enluminures hollywoodiennes de L’Huma et Télérama. Des Juifs combattants ne leur sont pas très crédibles. Sont-ils même légitimes ?
Mais il y a encore deux autres aspects à l’histoire des frères Bielski. Leur groupe est bien plus qu’une otriad de combattants, elle accueille les réfugiés juifs et contribue à en faire évader des ghettos environnants. C’est une communauté, vaguement communisante dans son mode de vie, qui comptera plus de 1200 membres.
Il eut été beaucoup plus facile aux Bielski de rester une otriad et de pratiquer la guérilla mobile. En devenant le refuge de tous les Juifs traqués, y compris ceux qui n’étaient pas en âge de combattre, ils prenaient une responsabilité et des risques considérables. Le film montre bien le dilemme auquel ils sont confronté, sous la forme d’une opposition entre Zus, soucieux d’en découdre avec les Allemands, et Tuvia qui veut sauver le plus possible des siens coûte que coûte et s’efforce de créer une nouvelle Jérusalem. Elle n’est plus aux sommets des montagnes, mais en ces temps sombres au cœur des forêts et des marécages.
Au début du IIe siècle après Jésus Christ, à Jérusalem vivait Rabbi Hillel, une des figures les plus importantes du judaïsme. A un centurion romain qui voulait se convertir au judaïsme (ils furent nombreux) et qui souhaitait se voir résumer la religion, de façon si simple que cela n’excède pas le temps où il se tiendrait sur une seule jambe, Hillel répondit : "Ne fais pas à autrui, ce que tu ne souhaites pas que l’on te fasse. Là est toute la loi. Le reste n’est que commentaires". Poursuivant une autre fois, il écrivait, "Si je ne suis pas mon propre frère, qui le sera ? Et si je ne le suis pas pour les autres, qui suis-je ? Et si je ne les suis pas maintenant, alors quand ?"
Hillel reconnaissait ainsi que l’amour fraternel est au cœur de la morale juive. Un autre de ses préceptes était : "Là où il n’y a pas d’hommes, soit-en un !"
On conviendra que les années de la Shoah testaient les hommes au-delà de bien des épreuves passées. Dans "Si c’est un homme", Primo Levi raconte comment à Auschwitz, il fut sauvé par un autre prisonnier, Lorenzo, qui lui amenait quotidiennement de la soupe au risque de sa vie. Dans la forêt Biélorusse, Tuvia Bielski choisit aussi d’être un homme, là où il n’y en a point en prenant tous les risques pour sauver les innocents. Il n’agit pas explicitement pour se conformer à la religion et ne semble guère avoir été très religieux. Il se comporte en homme !
Depuis quelques années, une méchante polémique est née qui impute à l’otriad Bielski, une participation dans le massacre de paysans polonais par les partisans soviétiques à Nabiloki en mai 1943 où ont péri 128 personnes.
Les relations entre la Jérusalem des forêts et les paysans étaient loin d’être idylliques. L’otriad se "ravitaillait" en prenant de force ce qu’elle n’obtenait pas de bon gré. Une commission d’enquête polonaise a été initiée. Ses membres conviennent que rien ne permet d’authentifier la présence des Bielski à Nabiloki en mai 1943. Au contraire, ils se trouvaient alors à plus de 100km dans la forêt.
En Pologne, les polémiques post communistes continuent d’aller bon train. La mauvaise conscience aussi qui voudrait oublier le pogrome de Kielce en 1946 où 200 Juifs rescapés de la Shoah, furent assassinés par leurs concitoyens."




