samedi 14 avril 2012

Tolstoï et Günter Grass, le même mépris pour les Juifs

Réagissant aux accusations du Prix Nobel de littérature allemand Günter Grass contre Israël et les Juifs, Sarah Honig rappelle dans une tribune publié dans son blog et le JPost qu'il y a une longue tradition chez les grandes consciences européennes de blâmer les Juifs pour les persécutions qu'ils leur infligent. Nous avons traduit le passage sur l'attitude méprisante et cruelle de Léon Tolstoï lorsqu'on lui demanda un mot de compassion à l'intention des Juifs russes qui avaient été victimes du premier pogrom de Kichinev.  Tolstoï non seulement s'est dérobé mais a accusé les Juifs.  Edifiant.

Cette semaine de l'année 1903, Cholem Aleichem, le géant de la littérature yiddish, écrivit une lettre à Léon Tolstoï, le géant de la littérature russe. C'était peu de temps après le terrifiant pogrom de Kichinev. Cholem Aleichem a l'intention de publier une compilation modeste sur les atrocités et prie Tolstoï d'y participer en adressant un bref message aux  "millions de Juifs de la Russie affolés, désorientés et qui ont besoin, plus que tout, de paroles de réconfort." Tolstoï n'a jamais daigné répondre.

Des dizaines de lettres furent envoyées au célèbre écrivain, honoré comme la conscience de la Russie, le pressant de se prononcer contre les massacres - qui fut à l'époque un traumatisme fondateur dans les annales juives. On était à quelques décennies de l'Holocauste. Personne il y a 109 ans n'aurait pu imaginer que quelque chose d'encore plus horrible au point de vous glacer le sang que les horreurs de Kichinev pourrait arriver.

Mais le pogrom n'a pas ému tout le monde - même pas un humaniste aussi connu que Tolstoï. Non seulement n'a-t-il pas réagi, mais il n'a pas aimé qu'on le sollicite.

Il a répondu à un seul correspondant juif, Emanuel Grigorievich Linietzky, à qui il se plaint amèrement d'avoir été importuné. Dans sa missive, Tolstoï blâme le gouvernement du tsar et absout de toute responsabilité les masses qui ont défoncé le crâne de bébés, crevé les yeux d'enfants, violé et éviscéré leurs mères et sœurs; décapité, écartelé et mutilé hommes et garçons; pillé tout ce qui pouvait être transporté.


Des récits de scènes pareilles dans toute l'Europe sont évoqués à chaque commémoration de l'Holocauste.

La continuation de Kichinev en plus perfectionné et systématique se réalisa à une échelle gigantesque par des extraterrestres inconnus appelés nazis. Tous les autres, y compris les Allemands, furent leurs victimes.

Mais Tolstoï laissait présager une tendance encore plus sinistre qui allait exploser avec fureur et fracas un siècle, et au-delà, après la dévastation de Kichinev. Le grand auteur et icône de la compassion a exhorté les Juifs de Russie désemparés à mieux se comporter.

L'implication était que les Juifs étaient en quelque sorte coupables.  Il leur était conseillé de se perfectionner et devenir plus vertueux pour mériter d'être mieux traités.

C'est dans cet esprit que Tolstoï écrit à Emmanuel Grigorievich: "Les Juifs doivent, pour leur propre bien, se conduire selon le principe universel de 'fais à autrui ce que tu aimerais que l'on te fasse'. Ils doivent résister au gouvernement sans violence... et mener une vie inspirée par la grâce, ce qui exclut non seulement la violence contre les autres, mais aussi la perpétration d'actes de violence".

Considérant l'oppression que subissait la communauté juive d'Europe orientale, conseiller aux Juifs de "tendre l'autre joue" semble (pour le moins) d'une cruauté impitoyable parce que c'est précisément ce que faisaient tous les Juifs, tendre l'autre joue. Pris dans un contexte plus large, Tolstoï se prononçait contre le droit des Juifs à l'auto-défense avant même que les Juifs n'aient tenté de se défendre. Ce que Tolstoï a dit c'est que les Juifs partageaient la culpabilité de leurs propres tribulations, devaient souffrir en silence et ne pas prendre des mesures pour se protéger.

Ces propos vous sont-ils familiers? Ils devraient l'être. C'est exactement ce que nous ne cessons d'entendre aujourd'hui de la part des prêcheurs actuels, littéraires ou autres. Plus les choses changent plus elles restent les mêmes et tout aussi écœurantes.

1 commentaire :

Gilles-Michel DEHARBE a dit…

* La vie éternelle

Ecoutez Arthur Langerman, le traducteur des 13 nouvelles de Sholem Aleikhem :

http://www.demandezleprogramme.be/La-vie-eternelle?rtr=y