samedi 26 mai 2012

Pourquoi les Juifs en veulent-ils plus aux Polonais qu'aux Allemands?

Dans la presse française, très policée et extrêmement bien pensante, il est impensable de trouver des propos sur les intentions génocidaires des voisins arabes d'Israël. Ce n'est pas le cas dans la presse britannique qui fait preuve de bien plus d'indépendance. Commentant pour le Daily Telegraph un programme de la BBC sur les descendants des collaborateurs d'Adolf Hitler, le journaliste Ed West, s'étonne que les Juifs britanniques, mais c'est la même chose ailleurs, éprouvent beaucoup plus de ressentiment contre les Polonais que contre les Allemands.  Son article a suscité 710 commentaires, un record!  Ed West tente une explication (traduction):

"Souvent, les victimes ont également un comportement curieux. Personnellement, je n'ai jamais rencontré une personne juive qui éprouve du ressentiment à l'égard des Allemands. En effet, historiquement il y a une plus grande amertume envers les Polonais, ce qui suggère que ces sentiments sont plus susceptibles d'être acquis au sein de la famille (la majorité des Juifs britanniques descendent de gens qui sont venus des zones à majorité juive de l'ancien empire russe). Les Israéliens ne semblent pas être particulièrement anti-allemands, peut-être parce que dès le début ils ont été forcés de se concentrer sur leur propre défense car pour leurs voisins le seul crime Que Höss avait commis était de ne pas avoir tué plus de Juifs."

Rudolf Höss était le commandant des camps de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Ed West décrit le personnage: "Höss senior était le représentant nec plus ultra de l'assassin-bureaucrate. Il note dans ses cahiers l'extermination à l'échelle industrielle comme s'il travaillait dans une usine de roulements à billes, et ne semblait avoir la moindre conscience de l'énormité de ce qu'il avait fait jusqu'à quatre jours avant son exécution, quand il se repentit."

4 commentaires :

Gilles-Michel DEHARBE a dit…

Une histoire douloureuse où les nuances peinent à émerger ...

Et pour cause :

La Pologne fut partagée entre l'Allemagne et l'Union Soviétique, qui contrôlent alors complètement le territoire polonais le 1er octobre 1939, même si le gouvernement polonais en exil, résiste et refuse de se rendre.

Des six camps d’extermination crées en Pologne, seul Auschwitz est également un camp de concentration pour les Polonais. Jusqu’en 1942, la majorité des prisonniers est constituée de Polonais non-juifs. Les premières victimes de gazage sont un groupe de 300 Polonais et de 700 prisonniers de guerre soviétiques. Beaucoup de Polonais sont envoyés en camp de concentration en Allemagne : 35000 à Dachau, 33000 à Ravensbrück (camp de femmes), 30000 à Mauthausen.

Il n’y a pas de gouvernement de collaboration en Pologne et relativement peu de collaboration active et individuelle. Ceci s’explique par le projet à long terme que les Allemands ont à propos de la Pologne qui est de la repeupler avec des Allemands. Chaque fois que certains responsables nazis suggèrent de favoriser l’émergence d’une collaboration, l’idée est rejetée par Hitler, car elle impliquerait de relâcher le régime de la terreur. Dans les camps d’extermination les auxiliaires des Allemands sont rarement polonais, mais souvent ukrainiens ou baltes.

Mais ...


La présence des Juifs en Pologne est presque millénaire. Au fil des siècles, le catholicisme polonais, très intense, s’est accompagné, comme partout, d’un antijudaïsme, prélude à l’antisémitisme à partir de la fin du XIXe siècle. Dans la Pologne indépendante de l’entre deux guerres, les juifs sont victimes de discriminations. Pour y échapper, certains s’exilent, en France et aux Etats-Unis, ou dans la Palestine mandataire. Toutefois, en 1939, les Juifs représentent 10 % de la population, soit plus de 3,3 millions de personnes.

Pendant la guerre, des Polonais sauvent des Juifs, ainsi qu’en témoigne le nombre élevé des Justes. Mais l’antisémitisme rend beaucoup de Polonais indifférents au sort des Juifs. L’antisémitisme se nourrit désormais de l’anticommunisme : les Juifs sont accusés de collaborer avec les Russes. Chantages, dénonciations sont monnaie courante. Profitant de l’invasion allemande, des Polonais massacrent des Juifs dans le Nord-est du pays en juillet 1941, notamment à Jedwabne.

À la Libération, alors que plus de 90% de la communauté juive vient d’être anéantie, des pogroms éclatent, notamment à Kielce, Cracovie, et des rescapés de la Shoah sont assassinés ; d’autres sont tués isolément. Cela conduit beaucoup de Juifs à s’exiler aux Etats-Unis et en Palestine, où l’Etat d’Israël est proclamé le 14 ami 1948. Quelques dizaines de milliers de Juifs seulement restent en Pologne. Beaucoup doivent à leur tour quitter le pays lorsqu’éclate une nouvelle vague d’antisémitisme suscitée par le pouvoir communiste en 1967-1968.
Depuis la fin du communisme, l’on assiste à une – relative – renaissance du judaïsme polonais : les discriminations ont cessé, les relations entre les pouvoirs publics et la communauté juive se sont améliorés. Les historiens – notamment dans le cadre de l’Institut historique juif de Varsovie - peuvent désormais travailler librement. Bientôt un musée du judaïsme polonais verra le jour dans la capitale. Des quartiers sont réhabilités, des cimetières désormais entretenus, un travail d’éducation est entrepris pour lutter contre les préjugés, la culture juive fait l’objet d’un intérêt croissant.

Pour en savoir plus :

Les relations judéo-polonaises

Jean-Charles Szurek et Annette Wieviorka (dir.), Juifs et Polonais 1939-2008, Paris, Albin Michel, 2009.

Jean-Yves Potel, La fin de l’innocence, La Pologne face à son passé juif, Paris, Autrement, 2009.

L’Institut historique juif de Varsovie

http://www.jewishinstitute.org.pl/en/home/index/0.html

Frajlick a dit…

Pendant la guerre, la Résistance polonaise refusera son aide aux Juifs révoltés du Ghetto de Varsovie. En fait, il y aura en Pologne une Résistance juive qui devra combattre les nazis et la Résistance polonaise. En outre, l'antisémitisme polonais décourageait les prisonniers Juifs de fuie d'Auschwitz. Pour se réfugier chez qui ? Certes, il y eut des Justes parmi les Polonais mais ce n'est qu'à Kielce que des Juifs revenant des camps furent massacrés à coups de hache et dans la rue.

Anonyme a dit…

L'Ukraine, la Roumanie la Lituanie et la Hongrie ont directement collaboré au nazisme (contrairement à la Pologne) et contribué à eux seuls au massacre de près de 2 millions de juifs, y compris au sein des Einsatzgruppen ! La Pologne n'a jamais participé à de tels massacres de masse et compte plus de 2000 Justes...

Anonyme a dit…

Premièrement L'assaut des voisins de Pologne a eu lieu le 1 et le 17 septembre, Deuxièmement il aurait mieux valu parler ne serait-ce qu'un tout petit peu de la gratitude des juifs envers les Polonais.De leur collaboration avec la NKWD de Joseph Staline où il dénonçaient les résistants polonais ainsi que leurs familles pour complaire aux nouveaux maîtres de Pologne.L'intégration n'a pas du tout marché et c'est pour cela que les Juifs ne sont plus bienvenues en Pologne comme quoi il n'y a pas de fumé sans feu.