samedi 22 décembre 2012

La Shoah et le silence des intellectuels juifs américains

L'antisémitisme, brièvement discrédité par l'Holocauste, est devenu l'idéologie "par défaut" de l'Europe. L'Europe pourrait devenir judenrein dans la prochaine décennie.  

Edward Alexander, professeur émérite d'anglais à l'Université de Washington, vient de publier un nouvel ouvrage “The State of the Jews: A Critical Appraisal” (L'État des Juifs: une évaluation critique). Le Professeur Alexander a accordé une interview à Peter Kelley pour l'Algemeiner.

Le titre du livre est volontairement ambigu et se réfère à la Terre d'Israël, au peuple d'Israël, et à la relation entre eux. C'est un sujet très ancien, défini dans sa forme la plus spectaculaire et accusatoire par Moïse lui-même quand il reproche aux fils de Gad et de Ruben: "Vos frères iront-ils à la guerre, et vous, resterez-vous ici?"

Edward Alexander rappelle que, pendant la persécution et l'extermination des Juifs d'Europe par les nazis et leurs collaborateurs, les intellectuels juifs américains y ont prêté peu d'attention, voire pas d'attention du tout. Irving Howe a reconnu que ce fut un manquement moral. Et Saul Bellow a reconnu que personne en Amérique n'avait pris toute la mesure de l'extermination des Juifs. Que par ailleurs seulement quelques juifs, comme Primo Levi, avaient vraiment compris ce qui était arrivé.  Bellow explique que les intellectuels se sont mutuellement fait des reproches et que toute personne ayant un peu de conscience se rend compte de la honte d'un tel comportement.

Non seulement les intellectuels juifs firent preuve d'une indifférence terrible envers le sort de leurs frères d'Europe mais également envers ce que les Juifs de Palestine avaient accompli. Or quelques années après la destruction des Juifs d'Europe, le peuple juif avait créé l'Etat d'Israël. Une création qui provoqua l'admiration de Winston Churchill que la qualifia de: "événement dans l'histoire du monde à être considéré dans la perspective, non pas d'une génération ou d'un siècle, mais dans la perspective de mille, deux mille ou trois mille ans."

La conviction qui sous-tend le livre du Professeur Alexander est que le peuple paria est devenu l'État paria, et que la question nazie - "Les Juifs ont-ils le droit de vivre?" - a été remplacée par la question "anti-sioniste", une question habituellement posée par les "progressistes": "Israël a-t-il le droit d'exister?" En d'autres termes, les Juifs, parce qu'ils sont Juifs, ne peuvent pas encore considérer le droit de vivre comme un droit naturel.


La création d'Israël quelques années après la destruction des Juifs d'Europe représenta pour la plupart des Juifs et pour des millions de chrétiens un plus grand signe d'espoir pour l'humanité que l'apparition de la colombe à Noé avec un rameau d'olivier, après le déluge.

Son livre examine les raisons pour lesquelles, comme Stanley Fish l'a observé il y a quelques années, la représentation d'Israël comme une expérience du diable et la cause de tous les problèmes du monde (à l'exception possible du réchauffement climatique) est devenu la position "par défaut" d'un grand nombre de progressistes et d'universitaires, y compris (si ce n'est surtout) juifs.

Une grande partie du monde détourne les yeux des intentions génocidaires de la théocratie iranienne. l'antisémitisme, brièvement discrédité par l'Holocauste, est devenu l'idéologie "par défaut" de l'Europe.  L'Europe pourrait devenir  judenrein dans la prochaine décennie.  La sociologie angélique des progressistes, y compris les juifs, est invoquée pour "expliquer" les attentats suicide comme le résultat inévitable de l'oppression israélienne.

Voir également The Jewish Wars.

1 commentaire :

Gilles-Michel DEHARBE a dit…

La société américaine accorde une importance indéniable à la mémoire et à la commémoration de la Shoah.

En revanche, l'exception américaine consiste en un phénomène d'englobement de la mémoire juive dans la mémoire sociale américaine : tout comme l'histoire de l'esclavagisme ou du racisme, la Shoah sert d'exemple pour apprendre la démocratie, la tolérance, l'altruisme, l'amour du prochain.

La Shoah y est un exemple d'autant plus convenable qu'elle renvoie tant à l'image de soldats américains libérateurs des camps qu'à celle de l'Amérique terre d'accueil des Juifs européens après la guerre.