mardi 12 février 2008

Décès de Tom Lantos

Tom Lantos (D-Calif.), le Président démocrate de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants et seul survivant de la Shoah à avoir été élu au Congrès américain, vient de décéder à l’âge de 80 ans des suites d’un cancer.

Le sénateur Lantos, qui était né à Budapest en 1928, avait 16 ans lorsque que les Nazis envahirent la Hongrie. Il rejoignit la résistance et se battit contre l'occupant. Arrivé aux Etats-Unis en 1947, il trouva enfin une patrie.

"Ce n'est qu'aux Etats-Unis qu'un survivant de la Shoah, sans le sous, après s'être battu dans l’underground anti-nazi, pouvait recevoir une éducation, fonder une famille et avoir le privilège de consacrer trois décennies de sa vie au Congrès. Jamais je ne pourrai exprimer adéquatement ma profonde gratitude pour ce grand pays", confia-t-il récemment.

Quelques mois avant sa mort, des députés néerlandais étaient venus le sermonner et lui rappeler de pénibles souvenirs. La réponse ne s’était pas fait attendre.

"Des députés néerlandais ont affirmé avoir été choqués par les propos tranchés d'un parlementaire américain, selon lequel "l'Europe n'a pas été aussi scandalisée par Auschwitz qu'elle ne l'est par Guantanamo".

Tom Lantos … entendait répondre en ces termes aux arguments de ses homologues néerlandais demandant la fermeture de la prison américaine de Guantanamo, à Cuba, selon Mariko Peter, un élu des Verts néerlandais.

Un assistant de Lantos a expliqué que l'élu américain était conscient que Guantanamo porte atteinte à l'image des Etats-Unis. Il a rappelé que Lantos avait salué l'extension des droits des prisonniers, même s'il n'a jamais demandé la fermeture du camp. …

Alors que la conversation portait sur le débat aux Pays-Bas sur un éventuel retrait des 1.600 soldats néerlandais [d'Afghanistan], Tom Lantos avait lancé: "Vous devez nous aider, parce ce que sans nous, vous seriez une province de l'Allemagne nazie"."
Tom Lantos, 1928-2008
Voir également : Dossier K., Imre Kertész

dimanche 10 février 2008

Italie: un blog recensait des professeurs juifs

La police italienne a ouvert une enquête sur un site internet antisémite qui recensait plus de 150 "professeurs d'université juifs" accusés de soutenir "publiquement et politiquement" Israël.

Ce "blog", dont l'auteur est anonyme, a été fermé vendredi en début d'après-midi, a précisé Emanuele Fini, l'un des responsables du site www.ilcannocchiale.it qui l'hébergeait. ...

Certains des professeurs apparaissant dans la liste ne sont pas juifs mais ont apporté publiquement par le passé leur soutien à l'État d'Israël.

Source: Juif
Via: Israele senza se e senza ma

Dossier K., Imre Kertész

Un groupe de femmes et d'enfants juifs hongrois arrive au camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau le 26 mai 1944

"Mentionnerais-tu encore dans une même phrase Auschwitz et la croix ?
Plus que jamais. Puisque c’est justement dans ce contexte qu’est apparue l’importance fatale d’Auschwitz pour l’homme éduqué dans la culture éthique de l’Europe. Les lois de cette culture sont résumées dans les dix commandemants, dont l’un dit : Tu ne tueras point. Mais si les massacres peuvent devenir des activités ordinaires, voire un travail quotidien, il faut se poser des questions sur la validité de la culture dont les valeurs illusoires étaient, ici, en Europe, enseignées à tous depuis la petite école, aussi bien aux tueurs qu’aux victimes.
Tu esquisses une vision terrifiante : des milliers d’enfants vont à l’école avec leurs cartables sur le dos pour se rencontrer à nouveau comme bourreaux et victimes dans les antichambres des fours crématoires, devant les fosses communes… Nous en sommes arrivés là, c’est donc cela, le sujet de notre conversation ?
Apparemment, dès qu’on parle de la culture et des valeurs européennes, on aboutit à la question du meurtre."
Dossier K., Imre Kertész, Actes Sud, 2008, (p. 178)

jeudi 7 février 2008

L’Archevêque de Cantorbéry sur la pathologie de l'antisémitisme

L’archevêque de Canterbury a prononcé un discours (Wiener Lecture) à l’House des Lords sur le thème du blasphème. Il a également abordé l’antisémitisme chrétien et sécularisé :

"… nous devrions nous rappeler de certains aspects de l'histoire de l'antisémitisme. Il existe dans le Nouveau Testament un discours polémique et passionnel contre le peuple juif qui s’explique par la faiblesse numérique et la précarité dans laquelle se trouvaient à l’époque les groupes chrétiens face à un ordre politico-religieux bien établi. Mais par la suite, lorsque le l'Eglise eut cessé d'être minoritaire et que les Juifs étaient plus vulnérables que jamais, ce langage se pérennise et se radicalise.

Le besoin de s'appuyer sur le mythe qu'une minorité visible détiendrait un pouvoir secret et omniprésent fait partie de la pathologie de l’antisémitisme (comme celle d'autres préjugés de groupe irrationnels). C'est ce schéma que l’on retrouve dans le cas de l'Inquisition espagnole, qui cherchait partout d’hypothétiques relaps parmi les Juifs convertis ; c'est le mythe des Sages de Sion et d'autres fantasmes de complots comparables pour la domination du monde ; c’est le fait de rendre de manière indiscriminée responsable (et ce ne sont pas seulement certains musulmans) un "Sionisme", on ne peut plus indéterminé, de tous les maux dont souffre le monde occidental."
Via Stephen Pollard

mardi 5 février 2008

En Israël la ministre belge francophone de la culture Fadila Laanan "casse" un mur

Ceci est une fiction :

Imaginons le scénario suivant. Le Ministre de la culture israélien se rend en visite officielle en Belgique. Il se trouve en présence d’une sculpture d’une hauteur de 10 mètres représentant un centre d’enfermement pour étrangers en situation administrative irrégulière, dans lequel sont retenus des enfants. (Le Soir : "… comment peut-on accepter qu’un étranger de 9 ans, qui n’a rien fait, soit enfermé, alors que la loi interdit d’enfermer un Belge de moins de 14 qui a commis un délit ? … l’État a l’obligation de protéger les enfants de maltraitances, alors que la Belgique organise elle-même cette maltraitance en plaçant des enfants en centre fermé."

L’artiste invite le ministre à casser la sculpture. Celui-ci obtempère. Il "cogne" dans la représentation du malheur que serait la sculpture, et la casse. Il croit ainsi poser un acte symbolique nécessaire, car libérateur, et qui ne serait point iconoclaste. De retour en Israël, le Ministre s’enorgueilli de son geste en public et sur son site internet.

Ceci n’est pas une fiction :

Allocution de Madame Fadila Laanan, Ministre de la Culture et de l'Audiovisuel de la Communauté française de Belgique, prononcée lors de la présentation de Masarat/Palestine 2008, une saison artistique palestinienne en Communauté française:

"A Haïfa, une artiste avait construit une sculpture haute de 10 mètres représentant un mur. Elle m’a demandé de la casser. Je l’ai fait. Ce n’était pas un acte iconoclaste. Ce n’était pas une oeuvre d’art brisée. C’est dans le malheur, dans la représentation du malheur, que j’ai cogné. J’ai mesuré là combien les actes symboliques sont nécessaires, libérateurs. A quel point l’art et les artistes font signe. A quel point, ils font sens."

Morale de l'histoire: le surréalisme ne tue pas.

Sur le même thème:
Masarat: "de muur" et "le mur de la ségrégation"
"Le mur de la ségrégation" - Masarat Palestine 2008
Le Zan Studio de Ramallah
Voir également (en février 2008):
Crimes de guerre israéliens au Liban jugés à Bruxelles

dimanche 3 février 2008

Martin Amis dénonce "un antisémitisme sécularisé"

Dans un entretien que l'écrivain Martin Amis a accordé au quotidien The Independent, il évoque son incompréhension face aux sentiments hostiles à Israël présents au sein de la gauche britannique, alors même que les horreurs subies par les Juifs au siècle dernier sont encore dans toutes les mémoires. Ajoutons que ces sentiments ne sont pas le propre de la gauche britannique mais sont largement partagés par une certaine la gauche européenne.

"Je sais qu'une des grandes traditions de la gauche britannique est son soutien à la cause palestinienne. Mais lorsque la question est abordée, on s'aperçoit que l'intelligence et l'objectivité quittent la salle en poussant des cris stridents, et que les gens se mettent dans un certain état d’endoctrinement au sujet d’Israël. Je ne comprends pas ça. Les Juifs ont une histoire bien, bien pire que celle des Palestiniens, et cette mémoire nous habite. Mais il n'y a tout simplement pas de pulsion de sympathie pour cela... Je sais que sommes supposés être des adultes et ne devons pas lancer des accusations d'antisémitisme à tort et à travers. Mais je ne vois aucune autre explication: c'est un antisémitisme sécularisé."
Extrait traduit par Philosémitisme
Via Abe Greenwald
Martin Amis chez Wikipédia

vendredi 1 février 2008

Anniversaire de la mort de Daniel Pearl - plaidoyer pour un journalisme responsable

A l’occasion du sixième anniversaire de la mort de Daniel Pearl, kidnappé et décapité au Pakistan en 2002, son père, Judea Pearl, a signé un article dans le Wall Street Journal dans lequel il se penche sur le rôle des médias - Daniel Pearl était journaliste au WSJ - dans le "tsunami de haine" qui s’est abattu sur monde et dont son fils fut l'une des victimes:

"Une des choses qui m’attriste le plus c’est que la presse et les médias ont eu un rôle actif, voire majeur, dans la fermentation de la haine et de l’inhumanité. Il ne s’agissait pas exclusivement de fanatisme religieux.

Mon attention a été attirée pour la première fois sur ce fait par la Consul du Pakistan qui vint chez nous en Californie nous présenter ses condoléances. Lorsque la dimension antisémite dans l’assassinat de Danny fut évoquée, elle observa: "Qu’attendez -vous de personnes qui n’ont jamais vu un Juif de toute leur vie mais qui sont exposées, jour et nuit, à des images télévisées de soldats israéliens qui mettent en joue et tuent des enfants palestiniens."

A l’époque il n’était pas clair pour moi si elle essayait d’exonérer le Pakistan de sa responsabilité dans le meurtre de Danny, ou d'en faire porter la responsabilité aux médias européens et arabes qui de manière persistante déshumanisent les Juifs, les Américains et les Israéliens. La réponse arriva en 2004 lorsqu’un ami me dit que des photos de Mohamed Al Dura avaient été utilisées comme arrière-plan dans la vidéo du meurtre de Danny.

Les lecteurs se souviendront que Al Durah est le garçon palestinien de 12 ans qui aurait trouvé la mort sous les balles israéliennes à Gaza en septembre 2001. Comme nous le savons maintenant, toute la scène est très vraisemblablement une fraude, mise en scène par des journalistes et des cameramen de France 2, la chaîne publique française. France 2 a diffusé la vidéo à maintes reprises et l’a distribuée à quiconque partout dans le monde était à la recherche d’une excuse pour exacerber la colère et la violence, comme c’était le cas des tueurs de Danny.

La consul du Pakistan avait raison. Les médias ne peuvent pas être totalement exonérés de leur responsabilité dans l’assassinat de Danny, ainsi que dans le "tsunami de haine" qui s’est abattu sur monde et qui continue de progresser."
Extrait de l'article traduit par Philosémite
Judea Pearl est professeur à l'université UCLA, et président de la Fondation Daniel Pearl (www.danielpearl.org)
Pour l'affaire Al Durah consulter le site UPJF