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lundi 4 janvier 2010

Albert Camus sur l'antisémitisme

Albert Camus mourait il y a cinquante ans, le 4 janvier 1960. Il avait compris ce que sont l'antisémitisme et la négation de l'antisémitisme (métamorphosé entre-temps par les bien-pensants en antisionisme):

"On est toujours sûr de tomber, au hasard des journées, sur un Français, souvent intelligent par ailleurs, et qui vous dit que les Juifs exagèrent vraiment. Naturellement, ce Français a un ami juif qui, lui, du moins… Quant aux millions de Juifs qui ont été torturés et brûlés, l’interlocuteur n’approuve pas ces façons, loin de là. Simplement, il trouve que les Juifs exagèrent et qu’ils ont tort de se soutenir les uns les autres, même si cette solidarité leur a été enseignée par le camp de concentration."

Albert Camus, "La Contagion", Combat, 10 mai 1947, repris dans Michel Winock, La France et les Juifs de 1789 à nos jours, Seuil, 2004, p. 285

samedi 19 décembre 2009

Le IIIe Reich, les Arabes et la Palestine

"L'ouvrage offre un éclairage bienvenu sur les racines de l'actuel conflit israélo-arabe et la persistance de la propagande nazie dans certains mouvements islamistes. Là aussi, le passé permet plus que jamais d'éclairer le présent."

Source: article de Samuel Blumenfeld dans Le Monde

Il n'existait à ce jour aucune étude globale retraçant l'évolution des relations germano-arabes entre 1933 et 1945, et portant un regard critique sur des positions idéologiques communes et des actions stratégiques concertées durant le deuxième conflit mondial au Proche-Orient. Le travail accompli par deux historiens allemands, Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann, comble un vide historiographique.

Leur thèse est simple. Loin d'être un lieu de coexistence entre Juifs et Arabes, la Palestine devient, à partir de 1929, le théâtre d'affrontements sanglants. Une haine commune vis-à-vis du "Yichouv", la minorité juive qui habite la Palestine, fonde une affinité croissante. La politique étrangère allemande soutient indirectement les nationalistes arabes, qui découvrent chez les nazis des alliés susceptibles de les soutenir dans leur combat d'émancipation. Cette alliance stratégique passe par des connivences idéologiques. A partir de 1938, plusieurs articles parus en Egypte, en Syrie ou en Libye comparent le Führer au prophète Mahomet. Al-Husseini, le mufti de Jérusalem, leader des Arabes de Palestine, soutien indéfectible des nazis durant toute la guerre, fait, dès le début des années 1930, référence aux Protocoles des Sages de Sion - un faux document forgé en Russie par la police du tsar.

Le débarquement de l'Afrikakorps en Libye, en 1941, marque le début de l'intervention directe de l'Allemagne au Proche-Orient. L'objectif est de chasser les Britanniques. Il s'agit aussi - c'est l'un des apports majeurs de cet ouvrage - d'étendre au Yichouv, avec l'aide de collaborateurs arabes, l'extermination commencée en Europe. Les plans sont déjà dessinés. Les nazis ne pourront donner suite à ce projet à cause de l'échec de la bataille d'El-Alamein.

S'appuyant sur des archives allemandes, Cüppers et Mallmann montrent comment plusieurs des leaders de la population arabe de Palestine, à commencer par le mufti de Jérusalem, furent des protagonistes de ce conflit. Il reste à écrire la version arabe de cet épisode, à partir d'autres archives, mais ce n'est pas l'objet de ce livre passionnant.

Enfin, l'ouvrage offre un éclairage bienvenu sur les racines de l'actuel conflit israélo-arabe et la persistance de la propagande nazie dans certains mouvements islamistes. Là aussi, le passé permet plus que jamais d'éclairer le présent.

"Croissant fertile et croix gammée. Le IIIe Reich, les Arabes et la Palestine", de Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann: le IIIe Reich et les Arabes. Verdier. 346 p., 18,50€.

Photo: Une bombe humaine palestinienne prête au martyre déclare à la télévision du Hamas: "... et nous savons qu'il n'y de sang qui nous est plus doux que le sang des Juifs."

Sur le Mufti et ses disciples :
- Jihad et haine des Juifs, retour sur le Mufti de Jérusalem
- Préface de P.-A. Taguieff à l’ouvrage de Matthias Küntzel, "Jihad et haine des Juifs"
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Entretien avec un Vampire …, Richard Zrehen (Rencontre entre le Mufti de Jérusalem et Adof Hitler - compte-rendu de l'entretien)
-
La sombre histoire de l'hôtel Shepherd, Lenny Ben-David
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Abdel Aziz Rantisi: "la question n’est pas ce que les Allemands avaient fait aux Juifs, mais ce que les Juifs avaient fait aux Allemands"
-
Pas de progrès possible tant que vivra l’hydre du Hamas, Amir Taheri
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National Socialism and Anti-Semitism in the Arab World, Matthias Küntzel, JCPA
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Maryland historian links roots of radical Islam with Nazi propaganda Elimination of the Jewish National Home in Palestine: The Einsatzkommando of the Panzer Army Africa, 1942, Klaus-Michael Mallmann and Martin Cüppers, Yad Vashem
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Jeffrey Herf: The Jewish Enemy: Nazi Propaganda during World War II and the Holocaust, Karl Pfeifer, Engage
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The Mufti and the Holocaust, John Rosenthal sur Der Mufti von Jerusalem und die Nationalsozialisten par Klaus Gensicke, Policy Review (The Hoover Institution)
-
Middle East Anti-Semitism, Dr Denis MacEoin, A Liberal Defence of Israel blog
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Hitler's Jihadis : Muslim Volunteers of the SS, Jonathan Trigg
-
Multiculturalisme à Berlin: cachez-moi ce Grand Mufti allié d'Hitler
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Livre: Croissant fertile et croix gammée, Le IIIe Reich, les Arabes et la Palestine
- The Mufti of Berlin, Daniel Schwammenthal, The Wall Street Journal

dimanche 13 décembre 2009

Yosef Hayim Yerushalmi (1932-2009)

Source: article de Nicolas Weill dans Le Monde

"Yosef Yerushalmi a consacré le gros de son travail à l'étude du judaïsme séfarade et des marranes, ces juifs convertis au catholicisme mais qui continuaient à pratiquer secrètement leur ancienne religion."

L'historien Yosef Hayim Yerushalmi est mort mardi 8 décembre dans sa ville natale de New York. Il y enseignait à l'université Columbia, où il occupait la chaire qui portait le nom de son directeur de thèse, le professeur Salo Wittmayer Baron (1895-1989). Yosef Yerushalmi aimait à souligner que Baron avait été le premier à enseigner cette discipline académique récente, l'histoire juive, dans une université occidentale en 1930.

Originaire de Goloskov (Ukraine), le père de Yerushalmi (en hébreu "de Jérusalem") avait résidé dans la Palestine mandataire avant de gagner New York, où il rencontra sa femme. Dans sa jeunesse, le futur historien fréquente des mouvements halouzik (sionistes). Tout en considérant que l'histoire juive concerne tout lieu et tout temps, où l'on peut trouver des juifs, il estimera qu'Israël occupe une place centrale dans le monde juif d'aujourd'hui.

Baignant dans un milieu polyglotte (il apprend l'hébreu avant l'anglais, et parle yiddish avec sa mère), et attaché au judaïsme sans être orthodoxe, le jeune Yerushalmi reçoit une éducation juive approfondie dans des yeshivot (écoles religieuses juives) new-yorkaises. Il est tenté par des études de droit, mais sa vocation d'"historien juif" le rattrape dans ses premières années d'études. Après avoir été assistant-professeur à Harvard, où il préside le département des langues et des civilisations du Proche-Orient, il retourne, en 1980, à Columbia, où se déroulera sa carrière.

Yosef Yerushalmi a consacré le gros de son travail à l'étude du judaïsme séfarade et des marranes, ces juifs convertis au catholicisme mais qui continuaient à pratiquer secrètement leur ancienne religion. Son travail de doctorat, publié pour la première fois en 1971, eut ainsi pour thème la vie d'un de ces personnages du XVIIe siècle espagnol, Isaac Cardoso (traduit en français sous le titre De la cour d'Espagne au ghetto italien, Fayard, 1987). Dans une reconstitution tenant à la fois de l'érudition et du roman policier, il s'était attaché à retracer le destin de ce philosophe et médecin, coqueluche des Grands d'Espagne, que le spectacle des autodafés et la pression de l'Inquisition poussèrent à l'exil, en 1648.

Si Yerushalmi faisait des marranes sa spécialité, il se voulait pourtant "historien des juifs" à part entière. De fait, la dualité dans laquelle les conversos étaient contraints de vivre leur foi dans la péninsule Ibérique n'était pas, à le lire, sans rapport ni continuité avec la condition juive moderne, qu'elle pouvait éclairer.
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vendredi 27 novembre 2009

Interview de Richard Laub et Olivier Boruchovitch auteurs de 'Israël, un avenir compromis'

Richard Laub et Olivier Boruchowitch, auteurs de Israël, un avenir compromis, répondent aux questions de European Jewish Press.

Source:  EJP

EJP : pourquoi êtes-vous aussi pessimistes sur l'avenir d'Israël ?

"Nous ne sommes ni optimistes ni pessimistes dans ce livre, nous nous contentons de collecter des faits. Nous tenions beaucoup à cette approche sobre, méthodique fondée sur la recherche empirique car la dernière des choses dont les parties en présence ont besoin est d'un surinvestissement, d'une surenchère passionnelle et idéologique supplémentaire, dont elles sont, hélas, trop souvent les victimes.

Les multiples dérives et la surreprésentation du conflit israélo-palestinien participent, dans des proportions non-négligeables, au conflit en tant que telles. Nous avons donc ausculté les idoles à l'aide d'outils analytiques rigoureux, en essayant de dédramatiser les débats et en tentant de proposer une prospective s'appuyant sur une réalité non partisane, ou si vous préférez bi-partisane. Et ce, pour deux raisons : d'abord, parce que c'est la seule option juste, raisonnable et garantissant, à l'aune du processus historique à long terme, les meilleures chances de survie pour Israël, et d'autre part, pour évacuer toutes les pseudo questions écœurantes de suspicion d'ethnicisation de la pensée politique, qui polluent depuis plusieurs années les débats publics, et nous attacher au contraire à la réalité purement factuelle.

Or, les faits montrent à l’évidence le pourrissement d'une situation dont on ne voit pas ce qui pourrait contenir, à terme, la progression. C'est la raison pour laquelle nous soutenons, en effet, que la disparition d'Israël est devenue possible. Nous ne disons donc pas qu'elle se produira mais nous mettons en évidence un faisceau d'éléments et plusieurs tendances lourdes qui, si elles ne s'inversent pas par une prise de conscience collective et une politique résolument volontariste, risquent de conduire à moyen terme à la disparition d'Israël.

Il faut être clair sur ce point. Aucun de ces facteurs considéré dans sa singularité ne menace directement l'existence d'Israël mais leur concomitance, en revanche, est particulièrement dangereuse. Et quand on les examine, on ne voit pas ce qui viendrait infléchir les tendances. Si l'on se penche, par exemple, sur le soutien américain à Israël, on voit bien les limites de cette alliance stratégique. La probable faillite de cette logique n’est pas imputable, comme on l'a honteusement entendu dire, aux origines de Barack Obama. Réduire ainsi les opinions politiques d’un homme à ses origines a quelque chose de réellement insupportable, et ce même déterminisme culturel enfermant les juifs et les musulmans dans des stéréotypes grotesques n’est pas non plus étranger au pessimisme que vous avez relevé dans certaines de nos analyses. Le problème du soutien américain n’a rien à voir avec la couleur de la peau du président américain, qui poursuit d’ailleurs une politique se situant en droite ligne dans le prolongement de la position traditionnelle des Démocrates sur le conflit israélo-palestinien. Par contre, ce qui risque réellement de se produire dans les décennies à venir, c’est un changement radical de la politique des Etats-Unis parce que l’ordre de ses priorités en matière de politique étrangère aura été profondément bouleversé.

Sachant que les populations américaines sensibles au sort d’Israël seront devenues minoritaires autour de 2050, que les Etats-Unis seront essentiellement tournés vers l’Amérique du Sud ou vers la Chine, on peut en effet se demander si les raisons qui les motiveraient encore à soutenir avec une telle constance l’Etat d’Israël seront encore d’actualité. Or, que deviendrait cet Etat sans le parapluie américain ? L’examen des résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU montre qu’en l’absence d’un tel appui, le soutien de la communauté internationale serait particulièrement faible. Et cela peut se comprendre.

Nous ne vivons plus dans un monde bipolaire où Israël représentait un allié stratégique incontournable pour l’Occident face à l’influence des Soviétiques dans cette partie du monde. L’Europe se veut "équidistante", la Chine a impérativement besoin des ressources énergétiques disponibles dans le monde musulman pour assurer son approvisionnement - on a bien vu à quel point elle cherchait à ménager l’Iran dans la crise internationale qui se profile sur la question du nucléaire. Pourquoi dès lors privilégier des relations encombrantes avec un petit pays qui ne représente vraiment pas grand-chose en comparaison des grands pôles d’influence géopolitique ? Voilà l’un des points, parmi de très nombreux autres, que nous soulevons dans notre livre, qui met pour nous en évidence une évolution globalement peu favorable à la pérennité de l’existence d’Israël.

Mais nous donnons également des pistes destinées à éviter le pire : si l’on veut réellement que le conflit cesse, qu’Israéliens et Palestiniens puissent vivre en paix, chacun dans un Etat aux frontières reconnues, il faut d’abord que la communauté internationale envoie des signes forts à Israël, montrant qu’elle prend très au sérieux son soucis sécuritaire pour que l’Etat hébreu sorte de la posture isolationniste dans laquelle il s’est enfermé depuis trop longtemps et qui joue à long terme contre ses intérêts vitaux."

EJP : Vous parlez d'un pays "agité de courants idéologiques et ethniques concurrents qui mettent à mal sa cohésion". N'est-ce pas le propre d'un pays démocratique comme l'est Israël ?

"Tout pays est traversé de clivages plus ou moins importants de diverses natures : ethnique, religieux, culturel, etc. Dans les pays non démocratiques, cette diversité existe tout autant que dans le monde démocratique mais elle n'y a qu’une très faible incidence politique dans la mesure où le pluralisme représentatif n’a pas de réalité politique. Qu’il s'agisse des Kurdes en Syrie, par exemple, ou des chiites sous l'Irak de Saddam Hussein, des populations entières ont été discriminées parce qu'elles n'entrent pas dans les bonnes grâces du pouvoir.

A l’inverse, le pluralisme politique est une force dans un système démocratique parce qu’il permet d’accroître la cohésion sociale par une adhésion à la communauté nationale librement consentie et reconnue. Mais dans le cas d'Israël, la question est un peu différente. Le risque d'éclatement de la cohésion sociale israélienne ne s’explique pas par la nature du régime, mais par des raisons proprement historiques.

L'état de guerre permanent qui règne en Israël depuis sa création n'a pas encore permis de préciser le sens historique et social du projet identitaire israélien. Les acteurs ont toujours tellement été exposés au risque quotidien de disparition qu'ils n'ont pas vraiment le luxe de pouvoir se poser une telle question. Que cela signifie-t-il d'être israélien? Essentiellement, cela veut dire survivre et préparer demain. Mais survivre au quotidien, dans une sorte de présent de l'urgence, ne dégage pas les perspectives nécessaires pour créer une signification identitaire. On pourrait dire que le sens actuel d'Israël, c'est une forme de résilience nationalitaire au sortir de la Shoah. En d'autres termes, cette identité de survie se résume à une fonction libératrice mais qui s'enracine dans le souvenir d'un génocide, et dans la crainte d'en subir un second. Il n'y a donc guère de place pour s'interroger sur le sens historique de son identité dans de telles circonstances.

Si ces clivages ne constituent pas un danger en eux-mêmes, ils hypothèquent l’inscription de cette identité dans le long terme, dans un projet national intrinsèque. La crise de confiance est générale et touche notamment les grandes figures instituantes. L’armée n’échappe pas non plus à cette crise de démotivation générale ".

EJP : Le plus grand danger pour Israël n'est-il pas la bombe iranienne ?

"La bombe iranienne n'est pas en soi la plus grande menace. La qualité du renseignement est telle aujourd'hui qu'Israël saurait à coup sûr quand un tir se préparerait et possède les capacités balistiques suffisantes pour répliquer.  De plus, la rhétorique iranienne vise d'abord à positionner le régime comme leader au sein du monde musulman, majoritairement sunnite, pour s’approprier auprès des opinions publiques une influence plus importante que celles de l'Arabie Saoudite ou de l'Egypte, et remplit ainsi une fonction symbolique instituant l’Iran en champion anti-occidental dans le monde musulman. En outre, l'Iran se trouve aujourd'hui entourée par des puissances nucléaires concurrentes : le Pakistan, la Chine, l'Inde, la présence américaine en Irak, en Turquie en Afghanistan ou en Arabie Saoudite, la puissance de feu de la Russie, perceptible jusque dans ses bases au Tadjikistan, ou en Kirghizie.

Il y a donc très peu de chances que l'Iran s'aventure sur cette voie. En revanche, la bombe iranienne représente une menace indirecte pour Israël au moins à trois niveaux : d'une part, elle risque de relancer la course à l'armement nucléaire dans la région, qui avait été abandonnée par les grandes puissances régionales, elle menace directement l'équilibre des grands blocs : OTAN, Russie, pays du Golfe, Israël, Turquie. Mais surtout, et c'est là le risque majeur à notre sens, l'Iran pourrait être tenté de partager ses connaissances technologiques avec certains réseaux clandestins qu'elle soutient, et notamment des factions directement capables de toucher, voire d'infiltrer le territoire israélien.

L’hypothèse d’une confrontation directe entre l’Iran et Israël n’est donc pas la plus probable. La réalité du pouvoir en Iran est détenue par des hommes qui ne sont pas irrationnels et ils connaissent les dangers d’une telle initiative belliqueuse pour l’Iran. Toutefois, la nature théocratique du régime laisse une place à l’imprévisibilité car, au nom d’une lecture martyrologique des événements, certains pourraient ne pas être gênés par les énormes pertes civiles consécutives à une réplique israélienne, ou par les victimes musulmanes tombées sous les bombes iraniennes, soit en Israël, soit dans les territoires palestiniens.

Il suffirait d’une collusion entre des esprits totalement fanatisés ayant de hautes responsabilités pour voir se dessiner le pire des scénarios, avec la bénédiction d’un président tel qu’Ahmadinejad dont les plus réalistes ne parviendraient plus à contenir les ambitions hégémoniques".

Israël, un avenir compromis, par Richard Laub et Olivier Boruchovitch, 248 pages, préfacé par Elie Barnavi et paru chez Berg international éditeurs, Paris.

"Israël, un avenir compromis", par Richard Laub et Olivier Boruchovitch

Source: EJP

Dans leur livre intitulé Israël, un avenir compromis, Richard Laub et Olivier Boruchovitch tentent de répondre à la question : " la disparition d’Israël est-elle encore évitable ?" compte tenu d’un certain nombre de facteurs qui, selon eux, hypothèquent son avenir.

Ce livre se présente comme la première étude scientifique, solidement documentée, d’une géopolitique que ses auteurs jugent peu propice à la survie de l’Etat hébreu. Situés politiquement à gauche et partisans résolus d’un Etat palestinien, ils tentent de poser un regard objectif sur les tendances lourdes à l’œuvre dans le monde, dans la région et au sein même de la société israélienne.

La thèse soutenue par les auteurs dans cet ouvrage repose sur les 8 indicateurs suivants :

1. Les persécutions et les précédents antisémites : l’histoire de la judéophobie en Occident, révèle la constance historique de politiques de haine à l’encontre des Juifs.

2. L’antisémitisme islamiste et son mobile politique : l’antisémitisme occidental, le négationnisme et le drame palestinien sont revisités par les extrémistes, qui s’appuient sur l’antijudaïsme musulman traditionnel pour appeler à la disparition des Juifs.

3. L’instabilité géo-historique de la région : l’examen de l’histoire du Proche-Orient montre les nombreuses dominations qui s’y sont succédé et la faible probabilité de voir s’y établir dans la durée, une nation à majorité juive.

4. La technologie de destruction massive dans le contexte post-national : la prolifération d’armes, de réseaux terroristes et des technologies de pointe aux mains d’Etats ou d’organisations hostiles à Israël représente pour celui-ci un danger grandissant.

5. La précarité des appuis internationaux : les données concernant le traitement réservé à Israël par la majorité des pays de la communauté internationale montrent l’isolement de l’Etat hébreu, notamment au sein de l’ONU.

6. Le basculement de l’opinion : l’analyse de sondages et de contenus de presse montre une perception d’Israël avant tout fondée sur la puissance militaire et conduit à la remise en cause de la légitimité de son existence dans l’opinion.

7. L’exiguïté du territoire israélien : l’examen des contraintes géographiques d’Israël montre sa très grande vulnérabilité à toute attaque extérieure, soit massive, soit ciblée.

8. La fragilisation de la société israélienne : l’hétérogénéité de la société israélienne, la désaffection des jeunes pour l'armée et l’absence d’hommes d’Etat capables de mettre un terme à l’occupation et de conclure une paix définitive constituent les principales menaces endogènes pour Israël.

Israël, un avenir compromis, par Richard Laub et Olivier Boruchovitch, 248 pages, préfacé par Elie Barnavi et paru chez Berg international éditeurs, Paris (2009)

lundi 2 novembre 2009

'L'Étoile du matin' d'André Schwarz-Bart, par Yann Moix

La trahison ne s'efface pas, par Yann Moix, Le Figaro

"Il ne croyait plus au Dieu de son père, il ne croyait pas aux histoires que racontaient les gens du ghetto car, pour lui, la mort de Dieu jetait une ombre sur tous les discours." Un juif qui ne croit plus au Dieu de son père : telle est la seule manière, nous dit André Schwarz-Bart, de faire mourir Dieu. Aucun kapo dans aucun camp ne parviendra jamais, de ses coups de crosse, chiens loups bavant, à suicider le Nom : seuls les fils d'Abraham ont le terrible pouvoir, à force d'oubli, d'ensevelir Dieu. Nous ne parlons pas du Dieu de Jésus, Père d'un Christ dont le bras s'abat sur tout un peuple, et jusqu'à la dernière goutte de sang de son ultime membre : "Le Christ était plus roi en Pologne que partout ailleurs dans le reste du monde, et n'existait nulle place où aller se réfugier sans que le Christ ne nous rattrape." Le Christ Jésus, issu de la semence de David selon la chair (Romains, I, 1-3), sous couvert de fraternité, et avec le visage de la modernité, de la sécularité, répand au sein même du sang de ses frères une terreur perpétuelle.

Être juif, c'est in fine ne pouvoir se réfugier nulle part, n'avoir plus de lieu où aller. C'est se rendre compte que les derniers lieux possibles de refuge sont définitivement chrétiens, c'est-à-dire tragiques, puisque privés de la mémoire sinaïtique. L'Étoile du matin doit se lire comme une théorie du Mal, mais le Mal n'est jamais théorique. Cercle vicieux : les juifs sont lancés, depuis la Croix, dans un processus de chasse à l'homme permanent. Et les ghettos, et les camps nous ont montré, redit l'auteur du Dernier des Justes, qu'être juif, c'est l'être hic et nunc, puisque c'est ici et maintenant qu'il est désigné comme tel, sous nos yeux qu'il est destiné aux enfers et voué contre son gré à l'Histoire et ses horreurs. Pour le Christ, la révolution est l'abolition du judaïsme, sans doute, et on entrevoit entre ces lignes la griffe, émouvante et sûre, docte et digne, du Jules Isaac de Jésus et Israël, quand ce compagnon de mon cher Péguy dénonçait les responsabilités de l'Église dans la malédiction génocidaire.

La Pologne, ici, ce n'est pas le "nulle part" d'Ubu Roi, qui est un nulle part géographique, une ironie de géographie, une Pologne de l'imaginaire et de la farce : c'est un nulle part de souricière, de ­cul-de-sac, un nulle part qui signifie la fin de tous les refuges, de toutes les issues imaginables, envisageables, possibles. La Pologne fut ce pays, devenue capitale mondiale de la honte, qui vit tout espoir de fuite non seulement vain, mais ridi­cule. Pire : ridiculisé. Ce fut le lieu de l'impossibilité suprême, de l'inévitabilité ontologique. Le pays, non seulement dont, moi, juif, je ne peux m'échapper, mais le pays qui a refermé sur moi ma propre définition, celui qui a fait que, du juif que je suis, je ne saurai jamais m'échapper. La Pologne de Cracovie et d'Auschwitz comme absolu de la réalité juive : je ne suis pas seulement traité comme un chien ; mais je suis fait comme un rat. C'est ainsi, pour Schwarz-Bart, que le Christ advient : que boirons-nous quand le Messie viendra ? Mais le rabbin parle d'un autre Messie ; celui de Rachel, pas celui de Hitler. La thèse est violente, d'un Auschwitz annexe du Vatican, d'un Birkenau corollaire de l'hostie. Aujourd'hui, il n'est plus question de cela : mais la trahison ne s'efface pas.

L'ÉTOILE DU MATIN d'André Schwarz-Bart, Seuil, 250 p., 17€

jeudi 29 octobre 2009

Start-up Nation: The Story of Israel's Economic Miracle, par Dan Senor et Sol Singer


Un analyse fascinante et experte sur la montée météorique d'Israël dans l'économie globalisée - qui comprend des avis judicieux pour un monde qui subit encore les effets de la crise économique mondiale.

Start-Up Nation s'attache à répondre à la question à un trillion de dollars: Comment se fait-il qu'Israël — un pays de 7,1 millions d'habitants, entouré d'ennemis, constamment dans une situation de guerre, dépouvu de resources naturelles — crée plus de start-ups que des nations plus grandes et qui ne sont pas en guerre comme le Canada, le Japon, la Chine, l'Inde et le Royaume-Uni?
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Source: Amazon
Product Description
START-UP NATION addresses the trillion dollar question: How is it that Israel-- a country of 7.1 million, only 60 years old, surrounded by enemies, in a constant state of war since its founding, with no natural resources-- produces more start-up companies than large, peaceful, and stable nations like Japan, China, India, Korea, Canada and the UK?

With the savvy of foreign policy insiders, Senor and Singer examine the lessons of the country's adversity-driven culture, which flattens hierarchy and elevates informality-- all backed up by government policies focused on innovation. In a world where economies as diverse as Ireland, Singapore and Dubai have tried to re-create the "Israel effect", there are entrepreneurial lessons well worth noting. As America reboots its own economy and can-do spirit, there's never been a better time to look at this remarkable and resilient nation for some impressive, surprising clues.
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Israel Thrives During Economic Meltdown
Excerpt From Blog Post: Israel Forum

Dan Senor and Sol Singer

Israel has thrived during the global collapse—thanks to an entrepreneurial culture built on compulsory military service. Dan Senor and Saul Singer on why U.S. companies should take notes. For all the press coverage of the Middle East, there is one side of Israel that gets scant attention: the country’s economy has the highest concentration of innovation and entrepreneurialism in the world today. For years, multinational technology companies and global investors have been beating a path to Israel. Even in 2008—a year of global economic turmoil—per capita venture investments in Israel were 2.5 times greater than in the United States, more than 30 times greater than in Europe, 80 times greater than in China, and 350 times greater than in India. And Israel still boasts the highest density of start-ups in the world (a total of 3,850 start-ups, one for every 1,844...

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mardi 20 octobre 2009

Le Nobel José Saramago: "La Bible est un manuel de mauvaises moeurs"

Le livre "ne causera pas de problèmes dans l'église catholique parce que les catholiques ne lisent pas la Bible (...) Le livre peut gêner les Juifs mais cela m'importe peu".

"La Bible est un manuel de mauvaises moeurs qui a une influence très grande sur notre culture et jusque sur notre manière d'être. Sans la Bible, nous serions autres, probablement meilleurs."

Communiste pur, dur et grand donneur de leçons, le portugais José Saramago ne dédaigne pourtant pas les honneurs et les pompes. Ici il fait respectueusement la courbette en recevant en 1998 des mains du roi de Suède le prix Nobel de littérature ... De nombreux blogs portugais commentent la nouvelle tirade anti-juive de l'auteur avec humour et déraison et pensent qu'il s'agit d'un coup de pub à la mode communiste.

Source: AFP (extrait)

"Le nouveau livre de l'écrivain portugais José Saramago, "Caïn", sorti lundi au Portugal, a déclenché un début de polémique, l'épiscopat accusant le Prix Nobel de Littérature 1998 de se livrer à une "opération de publicité".

"Caïn", qui conte sur un mode ironique l'histoire, inspirée de la Bible, du fils aîné d'Adam et Eve, meurtrier de son frère Abel, a été officiellement présenté en avant-première dimanche à Penafiel (nord) en présence de son auteur.

"La Bible est un manuel de mauvaises moeurs" qui "a une influence très grande sur notre culture et jusque sur notre manière d'être. Sans la Bible, nous serions autres, probablement meilleurs", a déclaré, lors de la cérémonie, José Saramago, 86 ans, cité par l'agence Lusa.

Dénonçant "un Dieu cruel, envieux et insupportable" qui "n'existe que dans notre tête", Saramago a estimé que son livre "ne causera pas de problèmes dans l'église catholique parce que les catholiques ne lisent pas la Bible (...) Le livre peut gêner les Juifs mais cela m'importe peu", a-t-il souligné.

Pour le porte-parole de la Conférence épiscopale portugaise, le père Manuel Marujão, ce livre est "une opération de publicité". "Un écrivain de la trempe de José Saramago (...) peut faire des critiques" mais "l'offense ne va bien à personne, surtout à qui a le statut de Prix Nobel", a regretté le prélat.

Pour le rabbin Elieze di Martino, représentant de la communauté juive de Lisbonne, "le monde juif ne va pas se scandaliser des écrits de M. Saramago ou d'un autre". "Saramago ne connaît pas la Bible " et en fait "des lectures superficielles", a estimé le rabbin."

- Saramago: les Israéliens sont des experts en cruauté et mépris
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La Casa dos Bicos à Lisbonne accueillera la Fondation José Saramago

mercredi 14 octobre 2009

Livre: Croissant fertile et croix gammée, Le IIIe Reich, les Arabes et la Palestine


Cette étude est indispensable pour la compréhension du conflit israélo-arabe tel qu'il se présente aujourd'hui.


Croissant fertile et croix gammée
Le IIIe Reich, les Arabes et la Palestine
Martin Cüppers
Klaus-Michael Mallmann
Editions Verdier, 2009
Traduit de l’allemand par Barbara Fontaine
352 pages, 18,50 €, ISBN : 978-2-86432-591-8

Résumé:
Klaus-Michael Mallmann et Martin Cüppers ont élaboré la première étude globale allemande sur la relation entre l’Allemagne nazie et le Moyen-Orient arabe de 1933 à 1945. Une relation fondée sur la haine de trois ennemis communs : les Juifs, les Anglo-Américains et les Bolcheviks.

Leur collaboration, qui s’est d’abord traduite par l’envoi d’armes et de finances allemandes dans le monde arabe dès avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, s’est ensuite concrétisée lorsque le IIIe Reich a entrepris d’étendre ses conquêtes à l’Orient. Celui-ci a rencontré alors dans les pays du Moyen-Orient une certaine sympathie, attisée notamment par la propagande pro-allemande orchestrée par le mufti de Jérusalem en exil à Berlin.

Celui-ci soutenait pleinement les projets allemands de destruction du Yichouv (présence juive en Palestine) avant la création de l’État d’Israël.

La défaite militaire allemande en Égypte, en 1942, n’a pas mis un terme à la collaboration germano-arabe.

Les Allemands tentèrent dès lors d’infiltrer le Moyen-Orient par le biais d’agents arabes et n’hésitèrent pas non plus à recruter des musulmans d’Europe de l’Est dans la Wehrmacht et dans la SS.
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Yad Vashem a mis en ligne cet essai de Klaus-Michael Mallmann et Martin Cüppers :
"Elimination of the Jewish National Home in Palestine": The Einsatzkommando of the Panzer Army Africa, 1942
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- Islam : rôle de la religion dans le jihad contre Israël, Denis McEoin
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Préface de P.-A. Taguieff à l’ouvrage de Matthias Küntzel, "Jihad et haine des Juifs"
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Entretien avec un Vampire…, Richard Zrehen
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Nizar Rayan: stratège des "boucliers humains" du Hamas victime de sa propre stratégie, Ely Karmon
- The Mufti of Berlin, Daniel Schwammenthal
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Islamisme et Nazisme, une explication, Matthias Küntzel
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Dossier: les liens privilégiés entre nazis et Palestiniens, UPJF
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Jeffrey Herf: The Jewish Enemy: Nazi Propaganda during World War II and the Holocaust, critique par Karl Pfeifer
- The Mufti and the Holocaust, John Rosenthal sur Der Mufti von Jerusalem und die Nationalsozialisten by Klaus Gensicke, Policy Review (The Hoover Institution)
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Middle East Anti-Semitism, Dr Denis McEoin
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Strange bedfellows, Seth J. Frantzman