vendredi 10 octobre 2014

Une Allemagne dénazifiée, une France rongée par le pétainisme, par Hervé Hasquin, Secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Belgique

Carte blanche d'Hervé Hasquin [photo], Secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Belgique, @ L'Echo

Horreur! Aux dernières élections européennes, l’extrême droite allemande a envoyé un élu au Parlement européen, porteur de relents de racisme, d’antisémitisme et de révisionnisme. Ce fut la conséquence de l’introduction de la représentation proportionnelle. Un drame? Certes, un élu de trop, mais ramenons les faits à leur juste proportion: le NPD (Parti national-démocrate d’Allemagne) n’a recueilli, en mai 2014, que 1,03% des suffrages! À ces mêmes élections, le Front national en France a obtenu 24,95% des voix! Qu’est-ce qui inquiète aujourd’hui? L’ancienne Allemagne nazie, mais dénazifiée? Ou la France républicaine, certes, mais qui n’a pas été à même de se purger de ses courants maurassiens et vichystes?

C’était au lendemain de 1968. La parole se libérait en France alors que la radiotélévision de l’ère gaullienne était régulièrement censurée. Tout d’un coup, un éclair flamboyant et orageux secoua cette France qui vivait toujours dans le mythe d’une France résistante, glorieuse, magnifiée par "La bataille du rail", beau film de René Clément qui illustre les sabotages organisés par les cheminots français. De Gaulle ne l’avait-il pas proclamé? La France a gagné la guerre et cette France-là a été résistante. Jusqu’à la fin des années soixante, il était encore de bon ton, chez les historiens, de mettre en avant le double jeu qu’auraient joué Pétain et son régime de Vichy. Et puis soudain, l’image d’Épinal fut écornée et le miroir se brisa. Tourné en 1969, sorti en 1971, "Le Chagrin et la Pitié", ce film documentaire de Marcel Ophüls et d’André Harris, bousculait les bonnes consciences. À partir d’images d’archives et d’entretiens troublants, il révélait l’envers du décor, le visage caché et souvent ambigu de Clermont-Ferrand, de l’Auvergne, de la France profonde en zone libre.

Ce n’était qu’un début. Produit en 1972, diffusé l’année suivante, Français si vous saviez, l’extraordinaire fresque d’A. Harris et A. de Sedouy promenait le spectateur des années trente à 1970, en toute liberté, de Gaulle venait de mourir. En fait, il fallut attendre 1980 pour que "Le Chagrin et la Pitié" soit diffusé à la télévision française. Ainsi que le confiait, en 1973, Arthur Conte, président de l’ORTF, qui s’expliquait sur son refus de diffuser le documentaire: "Le film détruit les mythes dont les Français ont encore besoin."

Le coup de grâce était venu d’Amérique. En 1972, l’historien américain Robert Paxton avait publié "La France de Vichy", paru l’année suivante en français. Cet ouvrage déchirait définitivement le voile pudique qui recouvrait ces années sombres. Oui, le régime de Vichy, bon élève, avait souvent pris les devants sur l’Allemagne dans des tas de dossiers nauséabonds, comme la chasse aux juifs ou aux francs-maçons.  La France a eu ses héros, mais également de très nombreux salauds, durant l’Occupation.

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2 commentaires :

Gilles-Michel DEHARBE a dit…

Si la question de la démilitarisation de l'Allemagne s'est réglée de façon relativement simple, il n'en a pas été de même pour celle de la dénazification. Devant l'ampleur de cette tâche qui consistait à épurer systématiquement le pays de tout élément relié de près ou de loin au Parti nazi, les Forces alliées finiront par reculer.

Dans un État totalitaire comme l'était l'Allemagne d'Hitler, où l'idéologie embrigadait toutes les structures de la société, il allait de soi que la dénazification allait impliquer un remodelage complet du pays. Le point plus visible et le plus connu de la dénazification est le tribunal international de Nuremberg de 1945 où les accusés seront jugés et condamnés pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Mis à part ce fait saillant, l'opération d'épuration, minée par une bureaucratie lourde et impersonnelle, sera loin d'être un succès, le problème étant d'appliquer des sanctions conséquentes contre tous les individus affiliés de près ou de loin au nazisme.

En zone d'occupation américaine règne la volonté de restaurer l'ordre précédant l'avènement d'Hitler. Utilisant la méthode forte, les Américains concoctent un questionnaire, le fameux Frageboden de 131 questions, auxquels treize millions d'Allemands de 18 ans et plus sont soumis, c'est-à-dire tous les Allemands résidant dans cette zone. À cause de sa complexité et des cafouillages administratifs et juridiques qu'il entraîne, le questionnaire est finalement abandonné. Les Soviétiques, eux, sont plus radicaux. En fait, c'est en zone soviétique que les plus grandes purges ont lieu, le but ultime étant de construire une Allemagne démocratique et antifasciste. Sont ainsi écartés tous les nazis importants des instances publiques et gouvernementales, ainsi que tous les ennemis potentiels du socialisme pouvant nuire à la construction de la dictature communiste.

En zone soviétique, le processus sera être rapide et brutal, parce qu'on cherche à limiter le mécontentement populaire qu'ils suscite. Des faveurs ou des grâces sont accordées aux personnes qui acceptent de prendre part à la construction de la nouvelle société.

Partisans de la responsabilité individuelle, les Français choisiront de faire participer les Allemands eux-mêmes au processus, en leur laissant le soin d'effectuer l'épuration des différentes administrations et de l'économie privée.

À partir de 1947, la dénazification est de plus en impopulaire et ses méthodes vivement critiquées, tant et si bien que les procédures de dénazification appartiennent déjà au passé, en 1950.

On s'est rendu compte qu'on ne pouvait pas reconstruire une Allemagne sans Allemands. Beaucoup d'historiens considèrent que la dénazification a été un échec, de nombreuses erreurs ayant été commises à cause des imperfections du système. Par exemple, des criminels qui auraient dû être punis ne l'ont pas été et des innocents ont payé pour des crimes dont ils n'étaient pas responsables. En revanche, d'autres historiens pensent que symboliquement, la dénazification a été une réussite parce qu'elle dénonçait tout ce qui s'était passé entre 1939 et 1945.

Voir également :

Does Education Fuel Anti-Semitism ?

German Study Says Holocaust Studies May Increase Hatred


http://forward.com/articles/151531/does-education-fuel-anti-semitism/#ixzz3FmCL3ZsH

Gilles-Michel DEHARBE a dit…

* À propos de Paxton ....

http://www.actuj.com/2014-10/france/affaire-eric-zemmour-les-historiens-serge-klarsfeld-et-alain-michel-repondent-sur-vichy-et-les-juifs