dimanche 16 juin 2013

Le Drumond belge, l'antisémite Edmond Picard, a sa rue à Bruxelles

"Avec Picard, nous sommes aux sources de l'antisémitisme moderne." 

La principale organisation juive de Hongrie et le Congrès juif européen (CJE) ont protesté contre une décision “choquante” de baptiser une rue de Budapest du nom “d’un auteur ouvertement antisémite”, poussant le maire de la ville à ordonner une révision.  “Nous demandons au maire Istvan Tarlos d’annuler la décision du conseil municipal de mercredi de donner à une rue le nom de Cécile Tormay, a déclaré la Fédération des communautés juives de Hongrie dans un communiqué à l’agence gouvernementale MTI.

A Bruxelles, dans l'indifférence générale... Dans la capitale de la Belgique et de l'Europe, à Ixelles, l'un des quartiers les plus huppés de la ville, se trouve la rue Edmond Picard [1].  Or le CJE, qui pourtant est basé à Bruxelles, ne demande pas que la rue soit débaptisée.  Pour être crédible il faudrait faire preuve d'un minimum de cohérence et ne pas reprocher à Budapest ce qu'on tolère à Bruxelles.  Edmond Picard, pour qui tout était "race", méprisait également les Noirs et les Arabes, mais sa grande affaire c'était les Juifs car "le youtre, lui, déménage" et il est partout et parmi nous.

Foulek Ringelheim lui a consacré une biographie, Edmond Picard, jurisconsulte de race, éd. Larcier, 1999. Description de l'ouvrage:

"Edmond Picard a été l’une des personnalités belges les plus considérables de la seconde moitié du XIXe et du début du XXe siècle. Né en 1836, mort en 1924, il a occupé le devant de la scène dans tous les domaines de l’activité sociale, intellectuelle et politique. Avocat à la Cour d’appel de Bruxelles et à la Cour de cassation, bâtonnier, professeur de droit, écrivain, dramaturge, sénateur, journaliste, il a reçu tous les honneurs. Les milieux judiciaires ont continué à célébrer, mais avec une étrange discrétion, la mémoire du «grand jurisconsulte».

Cette figure illustre est entourée d’une zone d’ombre qui dissimule l’essentiel. Edmond Picard a été le plus furieux antisémite de son époque, une sorte de Drumont belge. Il a propagé, avec une ferveur inlassable, les théories raciales qui constitueront le fondement du nazisme. Élu sénateur socialiste, il a exalté un nationalisme mystique, celui-là même qui nourrira les fascismes européens du XXe siècle. Il s’est affirmé socialiste national avant que d’autres n’inversent l’ordre des termes.  C’est cette imposture que cet essai veut démasquer. Non pas pour le vain plaisir de briser une idole oubliée, mais parce que l'évolution intellectuelle et morale de ce personnage peut aider à comprendre comment est né l’antisémitisme racial qui a conduit où l'on sait."


Extraits:

(p.49) Décembre 1887. Picard au Maroc:
"Il se sent l'ardent devoir d'avertir les élites d'Europe de la gravité du péril juif. Car si l'Arabe, hébété, reste immobile dans son désert, «le youtre, lui, déménage», il quitte son tas «d'immondices séculaires» et un jour on le retrouve dans une grande ville d'Europe, travesti, naturalisé. La larve est devenue Rotschild. Dans le Mellah de Meknès il y a une école française créée par l'Alliance Israélite universelle, où les enfants juifs apprennent à «bien marcher sur leurs pattes de derrière» et à réciter Racine. La «race usurière et thésaurisante» s'infiltre ensuite comme des termites dans le corps des Nations aryennes.


(p.p. 10 et 11):  "Me Picard professa pendant quarante ans, jusqu'au dernier jour de sa vie en 1924, les formes les plus effroyables du racisme et de l'antisémi­tisme. Il ne fut pas un antisémite ordinaire comme beaucoup l'étaient à l'époque. Il avait horreur du conformisme. Il fut un antisémite enragé. En cela il fut véritablement grand; le plus grand antisémite de son pays, le Drumont belge: un compliment qui l'aurait ravi. S'il est vrai que l'antisémitisme a été la maladie des sociétés européennes de la fin du XIXe et de la première moitié du XXe siècle, Edmond Picard a été un grand malade. Il fut le vulgarisateur de l'antisémitisme racial. Voilà pourquoi on évite de trop soulever le couvercle du sarcophage où il gît embaumé. Le mépris des races inférieures et la  haine des Juifs ont fixé toute sa vision du monde, ont déterminé toutes ses conceptions sociales, juridiques, littéraires, «scientifiques». De même que les mordus de la cuisine italienne mettent du basilic dans tous les plats, Picard assaisonnait tout ses écrits d'épices raciologiques. La race était pour lui le facteur fondamental de toute civilisation. Ce sénateur socialiste fut en vérité un préfasciste.

Ce n'est pas là appliquer rétroactivement les concepts d'aujourd'hui à une époque où ils n'avaient pas cours. Si les idéologies ont évolué, les valeurs qui les sous-tendent sont les mêmes. Les fascismes européens sortent directement des thèses dont Picard s'est fait le souteneur exalté. La ligne de fuite imaginaire qui prolonge la trajectoire intellec­tuelle empruntée par Picard conduit à Auschwitz. Certes, il ne pouvait pas le savoir, mais cela n'est pas une circonstance atténuante. On n'écrit pas impu­nément, il lui faut assumer à titre posthume la récolte des idées qu'il a semées. Il s'est affirmé socialiste national avant que d'autres n'inversent l'ordre des termes."

Pour en savoir plus sur les thèses nauséabondes de ce personnage cliquer ICI.

[1] Le site de la ville Iris écrit joliment: "Entamant une carrière politique, il est l'un des premiers sénateurs socialistes de Belgique mais ses opinions se colorent d'un antisémitisme qui ternit son image".

1 commentaire :

Gilles-Michel DEHARBE a dit…

Le "youtre" déménage mais Picard a sillonné toutes les mers du globe, avant d'entamer ses études de droit !

À propos de cette biographie de Foulek Ringelheim, il est aussi remarquable que les Éditions Larcier, surtout connues pour leurs collections de livres de droit, où le présent ouvrage a été publié, ont littéralement été
« lancées » il y a 150 ans par ... Edmond Picard lui-même, qui en fut longtemps la vedette du catalogue !

Étrange balancier de l’Histoire que cette discrète introspection.

Ringelheim nous dit vouloir rendre justice au « grand homme » oublié pour son réel génie : l’antisémitisme. Il en démontre la mécanique dans le temps, depuis les prémisses et les inévitables péripéties conflictuelles de la vie sociale et politique de l’époque, jusqu’à la théorisation la plus délirante, sous le couvert du scientisme, annonçant en pointillé la Shoah.

Ringelheim le résume ainsi : « M° Picard professa pendant 40 ans (...) les formes les plus effroyables du racisme et de l’antisémitisme. Il ne fut pas un antisémite ordinaire comme beaucoup l’étaient à l’époque (...) Il fut un antisémite enragé. En cela, il fut véritablement grand ; le plus grand antisémite de son pays, le Drumont belge : un compliment qui l’aurait ravi (...) Il fut le vulgarisateur de l’antisémitisme racial. Voilà pourquoi on évite de trop soulever le couvercle du sarcophage où il gît embaumé » (p.10)

Plus loin, il enfonce le pieu dans le cercueil du vampire : « L’histoire abonde en socialistes qui ont mal tourné, de Mussolini à Garaudy en passant par Henry De Man, Marcel Déat ou Pierre Laval. Picard aura été parmi les premiers à montrer le chemin. » (p.12)