mardi 9 juillet 2019

Juifs de Belgique: "Discrets, paisibles et numériquement insignifiants"


Nicolas Zomersztajn, rédacteur en chef de Regards, magazine du Centre Communautaire Laïc Juif (CCLJ):
"[…] Discrets, paisibles et numériquement insignifiants, les Juifs de Belgique semblent coincés dans l’angle mort des démocrates. Devraient-ils porter une étoile jaune sur le revers de leur veste pour qu’on les remarque et qu’on prenne en considération leur désarroi? Ou alors manifester violemment en cassant tout sur leur passage? Non, ils ne feront ni l’un ni l’autre. Les Juifs de Belgique sont pacifiques et inoffensifs: ils n’ont jamais posé, et ne posent pas de problèmes à la société. Paradoxalement, c’est bien cela leur problème. Comme ils sont paisibles et que leur poids électoral est nul, il est donc aisé de ne pas tenir compte des signaux de détresse qu’ils envoient aux autorités belges. Et à cause de la progression dans certains milieux académiques, associatifs et politiques d’une rhétorique antiraciste «indigène» qui fait des Juifs les «chouchous» de la domination blanche sur les minorités postcoloniales, il est de bon ton de balayer d’un revers de manche l’antisémitisme de ces nouveaux «damnés de la terre». S’il s'exprime dans la langue de l’antisionisme et au nom de la sacro-sainte cause palestinienne, ce n’est même plus la peine de s’y attarder.

Face à ce classement sans suite, les Juifs sont inquiets, car ils ont conscience que leur destin est étroitement lié à la bonne santé de la démocratie et de l’Etat de droit. Lorsque ces derniers s’affaiblissent en faisant notamment preuve de complaisance envers l’antisémitisme, ils protègent mal les Juifs, la plus infime et la plus ancienne des minorités de ce pays. L’affaire du cafetier de Saint-Nicolas et son dénouement illustrent à nouveau la fragilité des Juifs de Belgique face à des autorités ne prenant pas la mesure de ce qu’ils subissent."
Lire l'article complet @ Regards

Christophe Guilluy, géographe et essayiste qui a théorisé l'idée d'une France périphérique:
"La société multiculturelle est profondément paranoïaque et le séparatisme s'inscrit naturellement en mouvement de fond des sociétés inégalitaires multiculturelles. Tout le monde pense être victime de tout le monde, mais il n'y aura jamais de satisfaction générale. Dans un monde où l'autre ne devient pas soi, on a besoin de savoir combien va être «l'autre». La question du rapport entre majorité et minorités joue à plein. Pourquoi? L'histoire juive est éclairante: quand on est minoritaires, on dépend de la bienveillance de la majorité."
Lire l'interview complète @ Le Point

Jean-Claude Milner, linguiste, philosophe et essayiste:
"Tout ce qu'il y a à comprendre, c'est que les Juifs n'intéressent plus personne en Europe. Même pas ceux qui se livrent, chaque jour plus ouvertement, aux pratiques et déclarations anti-juives. L'antijudaïsme moderne est devenu la forme naturelle de l'indifférence; la persécution, la forme naturelle du désoeuvrement; le déni de l'antijudaïsme et de la persécution, la forme naturelle de l'opinion raisonnable.

Il est opportun que le contretemps cesse. Le premier devoir des Juifs, ce n'est pas, comme l'imaginait Herzl, de délivrer l'Europe des Juifs. Le premier devoir des Juifs, c'est de se délivrer de l'Europe."
Les penchants criminels de l'Europe démocratique, Verdier, 2003, p.p. 129-130

Pierre Manent, philosophe:
"Le peuple juif, en revenant en Israël, a accompli sa "sortie d'Europe". Je veux dire: grâce au rétablissement de son État, il a cessé d'être dépendant spirituellement des nations européennes dans lesquelles il vivait ou vit encore. C'est l'issue d'une très longue séquence historique. Ce n'est pas seulement la conséquence de la destruction des Juifs d'Europe; c'est aussi la suite de l'effacement de soi auquel les nations européennes travaillent depuis vingt ans avec un zèle qui étonne. Étant ainsi "sorti d'Europe", le peuple juif invite l'Europe à dire son nom. Il lui demande son nom."
La raison des Nations, Gallimard, 2006,  p. 96.


vendredi 5 juillet 2019

Le successeur de Federica Mogherini: une mauvaise nouvelle pour Israël


The Times of Israel:
Les responsables israéliens suivent avec méfiance la passation de fonctions à l’Union européenne, où quelqu’un qui a récemment lancé l’idée d’une reconnaissance unilatérale de l’État palestinien et qui a exprimé son ferme soutien à l’Iran a été désigné comme prochain responsable de sa politique étrangère.  
Le Conseil européen a désigné mardi le ministre espagnol des Affaires étrangères, Josep Borrell Fontelles, membre du Parti socialiste ouvrier espagnol [PSOE] au pouvoir dans le pays, comme premier diplomate de l’UE. […]

En revanche, Borrell, un homme d’État expérimenté qui fait de la politique depuis 1993, est considéré comme très critique envers Israël. 
«Des temps plus difficiles [sont] à venir entre l’UE et Israël, je le crains», a tweeté Bas Belder, un membre néerlandais du Parlement européen et grand défenseur pro-Israël.

«Ce ne sera pas du gâteau avec lui», a déclaré un diplomate israélien, s’exprimant sous couvert d’anonymat car il n’était pas autorisé à en discuter avec la presse.

Lorsque Borrell a été nommé ministre des Affaires étrangères de l’Espagne l’année dernière, il est rapidement devenu un ardent défenseur de la reconnaissance d’un État palestinien.

«Il est évident que la situation en Palestine ne doit pas continuer telle qu’elle est», a déclaré M. Borrell en septembre 2018. «Si l’UE n’est pas en mesure de parvenir à une décision unanime, alors chacun à sa façon», a-t-il déclaré, indiquant que Madrid envisagerait de reconnaître unilatéralement l’État palestinien. […]

Dans un éditorial cinglant du 18 mai 2018, le ministre des Affaires étrangères a condamné Israël pour sa réponse aux émeutes à la frontière de Gaza quatre jours auparavant, qui coïncidait avec le 70e anniversaire de la création de l’État d’Israël et l’ouverture de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. 

Ces célébrations ont été «couvertes de sang car ce lundi noir reflète la déshumanisation des Palestiniens par une grande partie de la classe politique et de la société israéliennes», a-t-il écrit dans Republica. […] 
Dans l’article de Republica, Borrell dénonce les campagnes militaires israéliennes contre le Hamas à Gaza comme de «terribles bombardements» et dénonce «l’arrogance guerrière» de Netanyahu. 
Critique virulent du président américain Donald Trump, le nouveau chef de la politique étrangère de l’UE est également critiqué pour ses positions pro-iraniennes. En février, par exemple, il a envoyé sur Twitter un message de félicitations et sans aucune critique à l’occasion du 40e anniversaire de la Révolution islamique. […]

Mais, comme beaucoup de politiciens européens qui avaient autrefois de la sympathie pour Israël, «quelque part en cours de route, il est devenu très critique», a dit l’officiel israélien.

Lire l'article complet

Karim Sadjadpour:
The long-standing divide between the US and Europe on Iran is summarized in this sentence from the European Union’s new foreign policy chief, Josep Borrell: “Iran wants to wipe out Israel; nothing new about that. You have to live with it."
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jeudi 4 juillet 2019

L'Holocauste et ce qui est arrivé aux valeurs européennes (Imre Kertész)

Imre Kertész (1929-2016), écrivain hongrois, survivant des camps de concentration et lauréat du prix Nobel de littérature en 2002:

Auschwitz: juifs prêts à être gazés
"L'originalité de l'Holocauste (au sens où il a été une culture) ne vient pas du fait que Mme Schwarcz a subi un préjudice ou que sa famille a été anéantie.  Tout cela est tragique, mais ceux qui relativisent l'Holocauste ont raison de dire que d'autres peuples ont aussi connu des génocides.  Je dirais même que le plus important n'est pas ce qui a frappé les juifs, mais ce qui est arrivé aux valeurs européennes.  En effet, la révélation de l'Holocauste, c'est que la crise des valeurs a abouti à la révocation définitive de celles-ci.  Le révélation du Sinaï a perdu sa validité avec l'accomplissement d'Auschwitz.  Tenter de voiler l'entrée en vigueur du chaos ou, si l'on préfère, de l'apocalypse, en partie par lâcheté, en partie par sentiment de culpabilité, n'a pas de sens."
Imre Kertész, Sauvegarde, Journal 2001-2003, traduit du hongrois par Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba, Actes Sud, 2012, p.63.

Lire également (Imre Kertész):
- L'Europe baisse le pouce en ce qui concerne les juifs
- "J'assiste pour la première fois dans toute sa splendeur à la désignation d'un bouc émissaire"
- Hitler divisa "le monde entre ceux qui tuent et ceux qui sont tués ou destinés à être tués"
Ghetto de Varsovie

mercredi 3 juillet 2019

UK: Le romancier Richard Zimler rejeté par deux organisations culturelles en raison de sa foi


"Just asking about my religious affiliation struck me as outrageous." (Richard Zimler)

Richard Zimler a fait preuve de beaucoup de courage en dévoilant que, dans le monde culturel, on n'a pas voulu de lui parce qu'il est juif.

Richard Zimler:
"I have never met antisemitism in Britain... until now" 
The acclaimed novelist on being rejected by two cultural organisations because of his faith

I have been publishing my novels in the UK since 1998, when my first book, The Last Kabbalist of Lisbon, became a surprise bestseller. 
I generally come to Britain from my home in Portugal whenever a new work of mine is released to give talks at bookshops, libraries and literary festivals. My publisher’s attempts to interest event organisers in me aren’t always successful, of course. But this year, for the first time, I have been turned down for being Jewish. A little context. Peter Owen Publishers launched my new novel, The Gospel According to Lazarus, in mid-April. An old friend of mine who is a part-time book publicist began trying to set up events for me three months earlier.

In early March, he called and confessed – in a distressed tone I’d never heard before – that he had just been turned down by two cultural organisations that had previously shown enthusiasm for hosting an event with me. “They asked me if you were Jewish, and the moment I said you were, they lost all interest,” he said. “They even stopped replying to my emails and returning my phone messages.” 
I’ll call my publicist John as he prefers to remain anonymous. He has also asked me to refrain from identifying the organisations that reacted negatively to my being Jewish. John told me that the final conversations he had with the two event co-ordinators convinced him that they weren’t antisemitic themselves but they feared a backlash – protests by their members and others – if they extended an invitation to a Jewish writer.

After our phone conversation, I was deeply shocked and upset. Facing discrimination is always unpleasant and infuriating and I never expected that my career in the UK would be prejudiced by my being Jewish. It made Britain seem like a place I didn’t know and maybe never knew. Even just asking about my religious affiliation struck me as outrageous. The situation seemed particularly ironic because I have long endeavoured in my novels to give voice to people who have been systematically silenced by prejudice and bigotry. Obviously, I do not believe that anyone benefits when writers are censored for their ethnicity or faith."
Lire l'article complet @ The Guardian

lundi 1 juillet 2019

U.K.: Le Parti Travailliste pue l'antisémitisme à tous les niveaux


Rod Liddle, éditorialiste @ The Times et The Spectator:

"Unless you’re anti‑semitic, walk away from Labour — it stinks from top to bottom" (À moins que vous ne soyez antisémite, quittez le parti travailliste - ça pue à tous les étages)
"[…] That [Chris] Williamson is anti-semitic I have no doubt. But compared with Jeremy Corbyn he is an exemplar of anti-racist progressivism. The Labour leader has called the genocidal and anti-semitic terrorists of Hezbollah and Hamas his “friends”. 
He has been photographed giving the salute of the virulently anti-semitic Muslim Brotherhood. He has laid a wreath on the grave of a Palestinian terrorist who murdered innocent Jewish athletes. He has approved of a grotesquely anti-semitic mural, suggested that British Jews don’t understand irony (for which he is being sued) and written a foreword to a deeply anti-semitic book, which he described as “brilliant”. 
There have been no real explanations for any of this stuff other than that Grandpa didn’t know what the hell he was doing: the tried and trusted “Hey, sheesh, I’m a moron, me!” defence, his only recourse. If it had been on only one occasion, that defence might well have washed, given what we know about Corbyn’s pygmy intellect. But time and time again? 
A few weeks ago an appalling woman called Lisa Forbes was elected Labour MP for Peterborough on the back of a sizeable Muslim vote. She had expressed her great approval of anti-semitic comments on a social media site. Theresa May had a “Zionist slave masters agenda”, apparently, while someone else wondered why Palestinians didn’t stab more Jews. Forbes did not just like this horrible thread. She wrote: “I have enjoyed reading this thread so much.” And there she is, in parliament, unsuspended and described by Grandpa as an “anti-racist”. 
So, you Labour MPs, why have a go at Williamson? He is the least of your worries. Your party members habitually espouse anti-semitism. This is partly because, in their benighted adolescent leftism, they sign up to the important tenets of it: Jews behind capitalism, Jews behind the evil press, Jews running everything. And it is partly because — as they have discovered, to their great satisfaction — in some parts of the country it is a pretty powerful vote-winner. 
And it was for suggesting precisely this, incidentally, that I was suspended from the party three years ago. A glad and happy day, that was. Like the Labour MPs who signed that statement, I was deluded for too long and should have got out of my own volition."
Lire l'article complet @ The Times

mercredi 26 juin 2019

L'Europe Judenrein (Joel Kotkin)

Sur ce sujet consulter également:
- Le Parlement européen reconnaît "le déclin inquiétant de la population juive en Europe"
- L'Europe n’a ni les moyens ni le courage de défendre les Juifs ou d’arbitrer en leur faveur
- Interview du sociologue Danny Trom "Vers une Europe judenrein?" @ Akadem
- Conversation entre Jeffrey Goldberg, rédacteur en chef de The Atlantic, et Leon Wieseltier, auteur et journaliste, "Should the Jews Leave Europe?" (début de la vidéo)

Pendant des millénaires, l’Europe fut le centre de vie de la diaspora, mais au fur et à mesure que les Juifs continuent de fuir le continent, à la fin du siècle, tout ce qui restera est un cimetière juif.

Joel Kotkin:
Last month the German commissioner for “Jewish Life in Germany and the Fight Against Antisemitism” used his impressively titled office to advise German Jews against wearing kipahs in public. The commissioner’s response to a surge of anti-Semitic violence in his country was a sheepish acknowledgment that Germany is once again a dangerous country for Jews. And as Germany goes, so goes Europe. For millennia, following the destruction of the Second Temple and the beginning of the diaspora, Europe was home to the majority of the world’s Jews. That chapter of history is over. The continent is fast becoming a land of Jewish ghost towns and graveyards where the few remaining Jews must either accept an embattled existence or else are preparing to leave. 
In his earliest speeches Adolf Hitler made clear that his primary mission was to make Germany, and then all Europe, judenrein—free of Jews. He failed only because of the Allied victory but today, slowly, inexorably and, for the most part, legally and largely unconsciously, Europe is fulfilling the Nazi aspiration. It is not only in Germany but in England, France, Hungary and elsewhere across the continent, that the many forms of European anti-Semitism—far right, left-wing anti-imperialist, and Islamist—are not only multiplying but moving closer toward controlling the official levers of power. […]

France, with the largest European Jewish population, has been sustained largely by the mass migration from North Africa. But it still has fewer Jews than it did in 1939 and seems destined to continue shrinking. Eastern Europe, the center of the Jewish world in 1939 with its 8 million Jews, has less than 400,000 today. Germany, home to 500,000 Jews in 1933, now has as little as a third of that, with most originally refugees from Eastern Europe. Fewer than 15,000 of the Jews living in Germany today can trace their roots to the pre-Nazi era.  
In much of Europe, the artifices of Jewish life are being reduced to historical relics. The great capital city of Vienna, chosen home of Sigmund Freud, Gustav Mahler, Theodore Herzl, and Billy Wilder as well as the birthplace of Arnold Schonberg, was home to over 200,000 Jews in 1923. Today there are barely 10,000 among Vienna’s 1.7 million residents, many of them refugees from the old Soviet bloc. […]

Ironically, Orban is far more pro-Israel than European leaders widely celebrated as standard bearers of the liberal international order, like France’s Emmanuel Macron or Germany’s Angela Merkel. He is close to Prime Minister Netanyahu and maintains particularly strong ties to the Hasidic Jews of Budapest’s thriving Chabad community. Orban’s regime has also made Holocaust denial illegal, established an official Holocaust Remembrance Day, and refused to cooperate with the anti-Semitic, far right Jobbik party.
Lire l'article complet @ Tablet Magazine