mardi 14 mai 2019

"L’antisémitisme de salon"


Matthieu Aron @ L'Obs:
Catherine (*), la cinquantaine, cadre supérieur dans un grand groupe, vit dans l’un des quartiers les plus bourgeois de Paris. Elle raconte comment, devant elle dont le patronyme ne laisse en rien deviner sa judaïté, se «lâchent» certains de ses collègues ou amis lors de réunions de travail ou de dîners.

De plus en plus souvent lui reviennent aux oreilles des allusions plus ou moins appuyées au poids supposé «du lobby sioniste», au fantasmatique «pouvoir des juifs», à la prétendue «efficacité de leurs réseaux», à leur supposée «omniprésence dans la banque ou les médias». Elle entend qu’on soupèse la fortune de tel ou tel au prétexte qu’il est juif.  
André (*), chef d’entreprise dans le sud de la France, a trouvé un nom pour ce genre de phénomène: «l’antisémitisme de salon». «Récemment, témoigne-t-il, à 59 ans, je me suis entendu dire par l’un de mes concurrents: “Ce n’est pas un petit juif qui va m’apprendre à faire des affaires.” De tels propos auraient été inimaginables il y a encore deux ou trois ans.»  
Marc (*), juriste, lui, n’en est toujours pas revenu de s’être vu refuser un poste au motif qu’étant juif il devait être plus riche que les autres candidats.  
Quant à Judith (*), parisienne fréquentant les milieux les plus «éduqués» et qui durant toute sa jeunesse a vécu son judaïsme «avec insouciance», elle s’est surprise à se réjouir que ses deux fils se forment à des métiers «exportables» car, confie-t-elle, «on ne se sait jamais, peut-être devront-ils partir un jour».
(*) Les prénoms ont été modifiés.

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