Tatiana Lissitzky @ francetvinfo.fr (Via CICAD)
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| Un jeune fait une quenelle devant un crématorium |
"J'ai peur qu'un jour mes élèves ne découvrent que je suis juive", soupire Sophie H.*, 61 ans, dans le vaste salon de son appartement parisien. Professeure dans un lycée technique de Seine-Saint-Denis, elle affirme avoir vu la parole antisémite se libérer et se généraliser ces dernières années. Tout en gardant le secret sur sa religion, elle est quotidiennement confrontée aux blagues anti-juifs, aux remarques et aux réflexions, sans pouvoir se défendre. "C'est lorsque cela vient des collègues que c'est le plus difficile." [A ce propos, dans Valeurs Actuelles, Jean-François Chemain écrit: "Curieuse schizophrénie: certains enseignants – j’en connais - qui «bouffent du Juif» en salle des professeurs, emmènent scrupuleusement chaque année leurs élèves à Auschwitz, parce qu’il ne s’agit, évidemment, pas de la même chose!" En Belgique, Pierre Piccinin, professeur pendant de nombreuses années à l'Ecole européenne et actuellement à l'Athénée Royal Jean Rostand de Philippeville a écrit, entre autres, sur Facebook sans que sa hiérarchie ne réagisse: "Attaqué, une fois de plus, lâchement, par la mafia sioniste, je n'ai pas peur. Et un jour la peur changera de camp et ce sont eux qui en auront à rendre des comptes." ]
Et les anecdotes ne manquent pas. Il y a quelques semaines, en arrivant dans sa classe de terminale, elle découvre les élèves hilares, smartphones en main et yeux rivés sur les vidéos de Dieudonné. "Pas de Dieudonné dans ma classe, il est raciste", ordonne alors l'enseignante, qui s'entend aussitôt répondre: "Mais on l'aime bien et il a raison pour les juifs." Ambiance. Un climat qui les pousse, elle et son mari, à vouloir rejoindre leurs enfants déjà partis s'installer en Israël.
Depuis janvier, 4 000 juifs français ont émigré en Israël
Et Sophie est loin d'être la seule dans cette situation. Jamais, depuis la création de l'Etat israélien, ils n'ont été aussi nombreux à quitter l'Hexagone pour faire leur aliyah ("montée" en hébreu). Pas même après la Guerre des six jours, en 1967. Fin août, ils seront 4 000 à avoir rejoint l'Etat hébreu depuis début 2014 et à avoir pris la nationalité israélienne.
Jusqu'à présent, l'Agence juive, organisme israélien paragouvernemental chargé de l'immigration, a reçu plus de 10 000 demandes d'information et organise des réunions, trois fois par semaine, à Paris. "En Ile-de-France, près de 25 000 juifs se posent sérieusement la question de faire leur aliyah dans les prochains mois", affirme à francetv info Ariel Kandel, directeur de l'Agence juive en France. Un chiffre à mettre en rapport avec les estimations selon lesquelles la communauté juive française compte près de 500 000 personnes, ce qui en fait la plus importante d'Europe.
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