"Les Juifs sont un peuple de débauche, et leur synagogue n'est qu'une putain incorrigible. On ne doit montrer à leur égard aucune pitié, ni aucune bonté. Nous sommes fautifs de ne pas les tuer!" (Martin Luther)
"Voyez comment les mensonges et le meurtre sont intimement liés, tant chez les Juifs que chez Hitler. Les mensonges des Juifs ont crucifié le Christ. Les mensonges d'Hitler ont assassiné six millions de Juifs et il a quitté la vie en se suicidant." (Ole Jørgensen, Kristeligt Dagblad)
Peter Tudvad est un écrivain et philosophe danois spécialiste de
Søren Kierkegaard (1813-1855) qui est sans doute le plus grand philosophe danois. Un aspect peu connu du philosophe est son antisémitisme:
"Près de 200 ans après sa naissance et plus de 50 ans après l'Holocauste, nous [les Danois] n'aimons pas entendre dire qu'il était antisémite. Or il l'était. L'antisémitisme est, comme plusieurs autres points de vue controversés chez Kierkegaard, à la fois sobre et sous-exposé. Étapes dans le chemin de l'antisémitisme - Soren Kierkegaard et les Juifs (
Stadier på antisemitismens vej – Søren Kierkegaard og jøderne) est le premier examen rigoureux de l'antisémitisme chez Kierkegaard sur la base de l'étude de toute son œuvre."
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Le blog
Piety on Kierkegaard fait la critique d'un article paru dans un journal chrétien danois qui prend la défense de Kierkegaard en faisant appel à des stéréotypes profondément antisémites (
Damning with Faint Praise: Bizarre Defense of Kierkegaard in Danish Newspaper). Nous en avons traduit une partie:
Juste au moment où l'on croyait que le débat autour du
livre de Peter Tudvad allait vraisemblablement se calmer, voilà qu'il éclate à nouveau.
Ole Jørgensen a publié la défense la plus bizarre de Kierkegaard jusqu'à présent. L'article de Jørgensen,
Imprudence linguistique. Kierkegaard n'était pas un antisémite est apparue dans l'édition de lundi du
Kristeligt Dagblad (un quotidien chrétien). Le titre pourrait laisser supposer que
Dagblad Kristeligt est un journal relativement mineur. Ce n'est pas le cas. Rappelez-vous, le Danemark a une Eglise d'Etat. L'Église luthérienne danoise est l'Eglise officielle du peuple danois. Ceci explique sans doute la raison qui a poussé Jørgensen à défendre non seulement Kierkegaard mais aussi
Martin Luther contre l'accusation d'antisémitisme. Luther, affirme-t-il, s'est limité à "fustiger les Juifs dans son ouvrage
Les Juifs et leurs mensonges". A le lire, on pourrait être tenté de conclure que Jørgensen n'a pas lu Luther (ni Tudvad qui cite abondamment les écrits de Luther sur les Juifs).
Ce n'est pas clair si Jørgensen a sérieusement étudié Luther sur cette question. Ce qui est clair, cependant, c'est que Jørgensen a, ce qu'on pourrait qualifier charitablement, des idées idiosyncratiques sur ce qui constitue l'antisémitisme. Il observe, par exemple, que loin d'être un antisémite, "Kierkegaard a même eu un Juif à son service pendant plusieurs années:
Israël Levin, et celui-ci [...] a ainsi pu progresser, comme les Juifs savent si bien le faire, à la fois économiquement et socialement". Jørgensen ne semble pas comprendre qu'en généralisant la capacité toute particulière des Juifs à bien avancer économiquement et socialement pourrait être considéré comme de l'antisémitisme, ce qui est bizarre étant donné qu'une telle généralisation puise dans les stéréotypes concernant les Juifs et l'argent, et qu'aux yeux des Danois il n'y a pas de pire crime que l'ascension sociale.
Jørgensen observe qu'"il faut appliquer un autre terme que 'antisémitisme'" à Kierkegaard. "C'était bien davantage le zèle [religieux] de Kierkegaard", poursuit-il, "qui l'a amené à occasionnellement rappeler à l'ordre [lægge mundbidslet på] les Juifs effrontés [frække]."