mardi 29 avril 2008

François Mauriac: préface à Bréviaire de la haine de Léon Poliakov

François Mauriac, préface au livre de Léon Poliakov, Bréviaire de la haine, Calmann-Lévy, 1951 (source: Un Echo d'Israël)

«Voici un bon catholique qui au lendemain de la seconde guerre mondiale n’a pas hésité à écrire ces lignes:

Votre premier mouvement sera peut être de refermer avec humeur ce bréviaire de haine: nous en avons assez de ces histoires sanglantes; nous voulons les oublier; nous voulons oublier que nous y sommes tous impliqués, d’abord parce que nous sommes des hommes: voilà de quoi l’homme est capable; voilà jusqu’où il peut aller dans la bestialité. Mais non, c’est faire injure aux bêtes: les fauves ne tuent que pour se nourrir. La proscription de toute une race d’hommes par d’autres hommes n’est pas un événement nouveau dans l’histoire humaine; elle fut toujours le fait de personnages instruits qui agissaient selon des principes, des idées, s’ils étaient mus par la haine. Mais notre génération aura eu le privilège d’être le témoin du massacre le plus étendu, le mieux mené, le plus médité: un massacre administratif, scientifique, consciencieux, tel que pouvait être un massacre organisé par des Allemands.

Aussi est-ce aux Allemands si pressés d’oublier que ce livre s’adresse en premier lieu. Il n’en est pas beaucoup pour se frapper la poitrine, pour répéter l’acte de contrition qu’Ernst Wiechert invitait la jeunesse allemande a réciter avec lui en 1945: «Que notre faute nous fasse comprendre que nous devons expier durement et longtemps; que nous n’avons pas besoin de bonheur, de foyer et de paix alors que les autres ont perdu, à cause de nous, leur bonheur, leur loyer et leur paix...»

Mais ce bréviaire a été écrit pour nous aussi Français, dont l’antisémitisme traditionnel a survécu à ces excès d’horreur dans lesquels Vichy a eu sa timide et ignoble part - pour nous surtout, catholiques français, qui devons certes à l’héroïsme et à la charité de tant d’évêques, de prêtres et de religieux à l’égard des Juifs traqués, d’avoir sauvé notre honneur, mais qui n’avons pas eu la consolation d’entendre le successeur du Galiléen, Simon Pierre, condamner clairement, nettement et non par des allusions diplomatiques, la mise en croix de ces innombrables «frères du Seigneur». Au vénérable cardinal Suhard qui a d’ailleurs tant fait dans l’ombre pour eux, je demandai un jour, pendant l’occupation: «Eminence, ordonnez-nous de prier pour les Juifs...», il leva les bras au ciel: nul doute que l’occupant n’ait eu des moyens de pression irrésistibles, et que le silence du pape et de la hiérarchie n’ait été un affreux devoir; il s’agissait d’éviter de pires malheurs. Il reste qu’un crime de cette envergure retombe pour une part non médiocre sur tous les témoins qui n’ont pas crié et quelles qu’aient été les raisons de leur silence.

M. L. Poliakov n’a pas écrit un livre inspiré par la vengeance ni par la haine. Mais il apporte ici, pour la première lois, des documents d’archives: comme il s’agit d’une extermination organisée, administrée au long de plusieurs années, il fonde sur des preuves indubitables un chapitre de l’histoire qui risquait de tourner à la légende et de n’être pas crue lorsque ceux qui en furent les témoins et les victimes auront disparu. Cette férocité inhérente à notre nature, nous en tenons la preuve: ce bréviaire est là désormais. Sur tous les rêves, sur tous les espoirs humains s’étend à jamais l’ombre de cette immense croix.

Aux victimes sans nombre de l’antisémtisme nazi, nous devons de lutter contre ce qui subsiste en nous de cette honteuse passion. Je crois, et je l’ai écrit à l’auteur de ce livre, qu’un certain comportement des Juifs qui tient aux conjonctures de leur tragique histoire et dont l’épopée palestinienne a déjà délivré ceux qui la vivent, n’est pas étranger à la persistance de ce ferment. Que j’aie tort ou raison, il reste qu’après la lecture de ce bréviaire, nous serions bien misérables si nous ne sachions en triompher au dedans de nous. Surtout que ce livre ne nous désespère pas: il y a ceux qui ont tué mais il y a aussi ceux qui ont su mourir. Nous n’avions pas attendu Hitler et les nazis pour savoir que l’homme n’est pas né innocent et que le mal est en lui et que la nature est blessée. Mais un héros et un saint demeurent en germe au plus secret de nos misérables cœurs. Il dépend de nous que les martyrs n’aient pas été torturés en vain. Il dépend de nous de ne pas écarter cette multitude qui, bien loin de crier vengeance, nous crie inlassablement ce que le premier d’entre eux, le fils de David, nous a enseigné sur la montagne: «Bienheureux les doux car ils possèdent la terre, Bienheureux ceux qui pleurent car ils seront consolés. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés. Bienheureux les miséricordieux car ils obtiendront eux mêmes miséricorde. Bienheureux ceux qui souffrent la persécution pour la justice...»

A nous chrétiens héritiers d’une tradition de haine contre «la race déicide» il appartient d’y substituer une tradition nouvelle fondée sur l’Histoire: la première Eglise, celle de Jérusalem, était Juive, Juifs les premiers martyrs et cet Etienne dont le visage était pareil à celui d’un ange, Juives, la mère du Seigneur, et cette Madeleine qui préfigure à jamais toutes les grandes âmes à qui il sera beaucoup pardonné parce qu’elles ont beaucoup aimé, Juifs, les deux disciples au crépuscule sur le chemin d’Emmaüs écoutant cet Inconnu qui leur expliquait les Ecritures. C’est de communauté juive en communauté juive que grâce à Paul de Tarse le feu s’est communiqué à travers le monde romain: «Je suis venu apporter le Feu sur la terre et que désiré-je, sinon qu’il s’allume?»

Mystiquement, chacun de nous a crucifié le Christ et le crucifie encore. Si les Juifs avaient une dette particulière à payer, qui oserait nier qu’ils s’en sont acquittés jusqu’à la dernière obole? Songez à ces pères qui pressaient leurs petits garçons dans leurs bras avant de passer le seuil des chambres à gaz. Songez à ces enfants que nous avons vus comme des agneaux entassés dans des wagons de marchandise à la gare d’Austerlitz, gardés par des hommes qui portaient un uniforme français. Puisse la lecture de ce bréviaire constituer dans notre vie un événement, puisse-t-elle nous mettre en garde contre les retours en nous de l’antique haine que nous avons trouvée dans notre héritage et que nous avons vue fructifier abominablement aux sombres jours d’Adolf Hitler.
François Mauriac
Paris, 11 avril 1951.»

Nous qui vivons sous des cieux encore striés de la fumée des fours crématoires, François Mauriac

lundi 28 avril 2008

L’antisémitisme musulman constitue une menace stratégique, Haviv Rettig

"Hitler fait le Dutroux: "Tu devrais écrire ça dans ton journal Anne!"", caricature par Nabucho, Ligue arabe européenne.

"…nous sommes convaincus que l’exportation des mythes et des politiques antisémites vers l’Europe a un effet sur les communautés musulmanes européennes". En effet, cet inquiétant phénomène semble être bien implanté en Europe: Quibla, Islam-Belgique, Radio-Islam, Arabe frustré, Ligue arabe européenne (à eux seuls, ces cinq blogs diffusent au moins en 24 langues européennes!).

"Selon un rapport de 180 pages, réalisé pour les décideurs politiques israéliens par le Centre de Renseignement et d’Information sur le Terrorisme (ITIC) (...) l’antisémitisme musulman prend de telles dimensions et atteint un tel degré d’extrémisme, qu’il est devenu une menace stratégique plausible pour Israël.

Il ressort de ce document qu’en éduquant des générations à une profonde hostilité envers Israël et les Juifs, cet antisémitisme, activement répandu par de nombreux Etats de la région, entrave le processus de paix et les efforts de normalisation entre Israël et les pays arabes. Il contribue également à fournir la justification d’un programme politique 'éliminationniste'. (...)

Selon le rapport, la décennie écoulée a vu une véritable explosion de la littérature antisémite dans le monde musulman ; elle confond volontairement Israël et le peuple juif et est diffusée dans le monde entier par des livres, la radio, la télévision, la presse, des caricatures et des forums Internet. Au-delà des pays musulmans, ce discours atteint une vaste audience musulmane en Occident.

[Reuven] Erlich : "Il y a 10 ou 15 ans, l’antisémitisme importé dans le monde arabe provenait d’Europe. Ils ont traduit les Protocoles des Sages de Sion et Mein Kampf en arabe. Au cours de cette période un grand changement s’est produit. Aujourd’hui, on n’en est plus à l’importation, mais à l’exportation. Cela nécessite plus de recherches, du fait que nous ne pouvons accéder aux mosquées européennes, mais nous sommes convaincus que l’exportation des mythes et des politiques antisémites vers l’Europe a un effet sur les communautés musulmanes européennes. » (...)

Le rapport constate que l’antisémitisme bénéficie d’un encouragement gouvernemental, et souvent d’un appui, dans des Etats, islamiques comme séculiers, tant chez ceux qui sont en paix avec Israël que chez ceux qui sont encore en état de guerre avec lui. Dans des pays tels que l’Arabie Saoudite, l’Iran, l’Egypte et la Syrie, la proclamation quotidienne des messages antisémites est faite par le truchement de médias qui sont sous la surveillance et la censure des régimes en place.

Une part du problème, dit-il, est que le reste du monde s’est tout simplement habitué à l’antisémitisme musulman."Nous ne réagissons à l’antisémitisme que là où existe une grande et énergique communauté juive. C’est une erreur. Il est incroyablement dangereux que des jeunes musulmans subissent un lavage de cerveau antisémite. Cela commence par les Juifs, mais cela ne se limitera pas aux Juifs."

Si le rapport reconnaît qu’il existe des intellectuels musulmans qui rejettent l’antisémitisme grandissant, ils ne sont qu’une très petite minorité. Ils ne bénéficient pas du soutien des régimes, et ils n’ont pas assez d’influence ni ne sont suffisamment nombreux pour inverser la tendance, dit Erlich.

D’autres intellectuels musulmans expliquent le phénomène comme un effet secondaire du sentiment d’hostilité envers Israël. Selon le rapport, pourtant, même si l’antisionisme alimente l’antisémitisme grandissant, des sentiments spécifiquement antijuifs sont intentionnellement répandus par des dirigeants religieux et intellectuels dans beaucoup de sociétés musulmanes, dont les déclarations ne font pas de distinction entre Israéliens et Juifs."

Extraits repris du site UPJF: traduction par M. Macina de l'article "Muslim anti-Semitism 'strategic threat'" 'paru dans The Jerusalem Post

vendredi 25 avril 2008

La RTBF traite de colons les rescapés de la Shoah qui ont trouvé refuge en Israël

Extrait du communiqué de presse du CCOJB du 29 février 2008:

"Le 13 janvier 2008, le CCOJB publiait un communiqué relatif à l’édition du Journal Télévisé de la RTBF du 2 janvier 2008. Il traitait de l’utilisation gravement fautive du mot "colon" à propos des rescapés de la Shoah qui ont trouvé refuge en Israël - Etat créé et reconnu en droit international."

Plus de trois mois se sont écoulés et la réaction se fait toujours attendre. Espérons que la direction de la RTBF reconsidérera son attitude et aura finalement la courtoisie et le courage de s'expliquer.

Repris du site Engage:

"Ayant réussi à contourner le blocus imposé par le pouvoir impérial britannique, un groupe de survivants juifs du camp de concentration nazi de Buchenwald arrive au port de Haïfa en 1945

Photo de Zoltán Kluger/Getty images
Etaient-ils :
- des colons ?
- des émissaires de l'impérialisme européen ?
- des suprémacistes juifs ?
- des sionistes racistes ?
- des partisans de l'apartheid ?"

Repris du site IsraCast:

"Le 15 avril 1945, les forces britanniques libéraient le camp de concentration de Bergen-Belsen, dans le nord de l'Allemagne. Lors de l'arrivée des troupes, 60 000 prisonniers vivaient dans ce camp, la plupart gravement malades. Des milliers d'autres gisaient morts et sans sépulture, à même le sol.

Le reporter de la BBC Patrick Gordon Walker faisait partie du groupe des journalistes qui pénétra ce jour-là à Bergen-Belsen avec les troupes britanniques. Pendant les semaines qui suivirent, il s'efforça de consigner tout ce qu'il voyait, enregistrant notamment le premier office de shabbat célébré ouvertement sur le sol allemand depuis le début de la guerre (...)

PATRICK GORDON WALKER : Ici Londres, j'appelle l'Amérique du Nord.

Je suis arrivé au camp de concentration de Bergen-Belsen, quatre jours après sa libération, un vendredi, veille du Shabbat juif.

A peu près la moitié des déportés survivants étaient des Juifs et le révérend L. H. Hartman, aumônier juif de la seconde armée britannique, célébra l'office de l'entrée du Shabbat en plein air, au milieu du camp. C'était le premier office religieux juif auquel la plupart des hommes et des femmes présents prenaient part depuis 6 ans. C'était probablement aussi le premier office religieux juif célébré en toute sécurité et sans crainte sur le sol allemand depuis une décennie.

Autour de nous gisaient encore les corps que l'on n'avait pas eu le temps de ramasser, même après cinq jours. On en avait déjà enlevé 40 000 ou plus, mais il en restait encore 1000 ou 2000 et l'on voyait aussi des gens couchés par terre, en train de mourir sous nos yeux, en plein jour. C'est dans ce cadre que ce déroulait cet office juif célébré à ciel ouvert.

Les quelques centaines de personnes qui s'étaient rassemblées pour cet office sanglotaient ouvertement, la joie de leur libération le disputant à la douleur causée par le souvenir de leurs parents et de leurs frères et sœurs arrachés à leur affection, gazés et brûlés.

Ces gens savaient que la cérémonie était enregistrée. Ils voulaient faire entendre leur voix au monde. Ils accomplirent un effort gigantesque, épuisant presque leurs dernières forces.

Ecoutez : Chant de "Hatikva"
L. H. Hartman : Le peuple d'Israël vit toujours ! (Am Israël Haï!)"

Document de la BBC:
La Libération de Bergen-Belsen
Sur la RTBF:
Israéliens traités de nazis et de SS - forum de la radio publique belge

mercredi 23 avril 2008

Le mémorial aux victimes des émeutes anti-juives de 1506 inauguré à Lisbonne

Le mémorial aux victimes des émeutes anti-juives de 1506 a été inauguré le 22 avril à Lisbonne. Il est l’oeuvre de l’architecte Graça Bachmann. (Communauté Israélite de Lisbonne)

"La mairie de Lisbonne a adopté à l’unanimité une proposition d’édification d’un mémorial aux victimes des émeutes anti-juives qui eurent lieu dans la ville en 1506. Le mémorial sera inauguré le 19 avril prochain, précisément 502 ans après le début du massacre qui dura une semaine et au cours duquel plus de 1000 juifs ou de personnes ayant "l'air juif" périrent." (
Philosémitisme)
"Hérésie! hérésie! détruisez ce peuple abominable!"
"C’est pendant cette épidémie [de peste] que surviennent deux incidents. La nuit du 17 avril 1506, une dénonciation amène des magistrats municipaux dans une maison de Lisbonne. Ils y trouvent, autour d’une table, une vingtaine de nouveaux chrétiens en train de célébrer le Seder, la Pâque juive. Seize personnes sont arrêtées; les autres s’échappent par les toits. Deux jours plus tard, les prisonniers sont libérés sur ordre du roi. Le peuple juge la décision scandaleuse. Les rumeurs vont bon train: leur liberté, dit-on, a été obtenue grâce à des pots-de-vin et à l’influence de personnes haut placées. Les nouveaux chrétiens, répètent certains à voix haute dans les rues de Lisbonne, doivent périr sur le bûcher.
Le dimanche 19 avril survient un autre événement beaucoup plus grave. Deux jours auparavant, quelqu’un aurait vu des étoiles dorées jaillir d’un crucifix serti de cristal dans la chapelle du couvent de São Domingos. Dès que la nouvelle se répand, des centaines de personnes, dont beaucoup de femmes, se rassemblent dans l’église. Parmi ceux qui viennent contempler le prodige, il y a des nouveaux chrétiens. L’un d’eux fait remarquer que la croix, un bout de bois en vérité, ne saurait accomplir des prodiges. L’homme est aussitôt roué de coups et traîné dehors. On l’achève sur le parvis de l’église. Son corps déchiqueté, ainsi que celui d’un de ses frères qui essayait de lui venir en aider, est brûlé sur-le-champ par la populace.
Le massacre qui s’ensuit n’est pas spontané. Il est organisé et dirigé par les Dominicains. L’un d’eux, du haut de la chaire, lance de violentes diatribes contre les juifs. Au cri de "Hérésie! hérésie! détruisez ce peuple abominable!", d’autres lancent des appels au meurtre et se ruent sur la foule en empoignant des crucifix. Les effets ne se font pas attendre. Des centaines de personnes se répandent dans les rues de Lisbonne et tuent tous les nouveaux chrétiens, hommes, femmes et enfants, que le malheur a mis sur leur passage. Les uns sont égorgés, les autres lacérés à coup de poignard. On saisit les nourrissons par les pieds, et on leur fracasse la tête contre les murs.
A cette première flambée de violence déchaînée succède une traque plus organisée. Des groupes, réunissant entre soixante et cent personnes, toujours encouragés par des Dominicains, livrent une véritable chasse à l’homme. Maison après maison, grenier après grenier, la ville est ratissée est livrée au zèle de la populace. Les prisonniers sont tirés de leurs cachots et jetés vivants dans le bûcher devant São Domingos. On égorge aussi tous ceux qui, terrifiés par les cris de la foule, ont cherché refuge dans les églises. Comme les cadavres s’amoncellent à l’intérieur des maisons et dans les rues, des jeunes garçons leur nouent des cordes au cou, aux bras et aux pieds et les traînent jusque sur le parvis de São Domingos, où selon les témoins, gisent déjà plus de quatre cents corps. D’autres bûchers flambent dans plusieurs quartiers de la ville, et on y jette pêle-mêle les vivants et les morts.
Les équipages des navires étrangers qui mouillent, malgré la peste, dans le port de Lisbonne, se joignent au pillage. Le massacre dure environ une semaine. Comme le nombre de morts ne cesse de croître et que les nouveaux chrétiens ont presque tous été exterminés, d’autres groupes de la population sont à leur tour victimes de l’hystérie collective. Des rivalités personnelles entraînent des voisins à se traiter mutuellement de juifs. Le seul fait d’avoir "l’air juif", d’avoir entretenu des relations d’affaires ou d’avoir été vu en compagnie de nouveaux chrétiens suffit pour être livré à la vindicte populaire. (…)
Le bilan du pogrom de 1506 est très lourd: un millier de morts, voire plus."
Dejanirah Couto, Histoire de Lisbonne, p. 149-151, Fayard, 2000

mardi 22 avril 2008

Les Européens craignent une plus grande interaction avec le monde musulman

Un rapport publié en janvier 2008 par le Forum Economique Mondial portant sur les relations entre le monde musulman et l’Occident révèle qu’une grande majorité d’Européens considère qu’un accroissement des échanges ("interaction") avec le monde musulman représenterait une menace. Ils sont 79% au Danemark, 68% en Espagne, 67% en Italie, 67% aux Pays-Bas, et 59% en Belgique à exprimer des craintes.

Paradoxalement, 56% des personnes interrogées en Israël pensent, au contraire, que le développement d'échanges avec le monde musulman aurait un effet positif. Ils sont 70% d’Américains et 72% de Canadiens à penser de même.

"An overwhelming majority of the surveyed populations in Europe believe that greater interaction between Islam and the West is a threat. This is in contrast to the US, where the opposite view is held by 70% of its population." (p. 5)

"European Particularism

European populations surveyed are much more likely to believe that greater interaction between the Muslim and Western worlds is a threat rather than a benefit. This appears to reflect widespread anti-immigration sentiment within the European Union.

Clear majorities in all European countries surveyed see greater interaction between the West and Muslim worlds as a threat. This is true of 79% of the population in Denmark, 67% in Italy, 67% in the Netherlands, 68% in Spain, 65% in Sweden and 59% in Belgium. This corresponds to a growing fear among Europeans of a perceived 'Islamic threat' to their cultural identities, driven in part by rising immigration from predominantly Muslim regions.

A recent poll found that only 21% of Europeans supported Turkey’s bid for EU membership. Nicolas Sarkozy’s successful presidential campaign in France included strong opposition to Turkish EU membership. A 2006 poll found that the main reason Germans opposed Turkey’s membership was 'fear of a growing influence of Islam in Europe'.

Although some might expect the United States, Israel and the Middle East to be more likely than Europe to feel threatened by the 'other,' the opposite is the case. In the United States (70%), Canada (72%) and Israel (56%) majorities say that greater interaction is a benefit." (p.p. 24-25)

lundi 21 avril 2008

Incitation à la haine d'Israël dans un hebdomadaire catholique belge

Mis en ligne le 16 avril 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org, le titre de l'article en question figure toujours sur le site internet de l'hebdomadaire Dimanche EXPRESS ("L'hebdomadaire Catholique de Belgique francophone") et ce dans l'indifférence générale. C'est un rappel opportun que "l'enseignement du mépris" est loin d'avoir disparu dans l'église catholique. Ce n'est pas étonnant que la pratique religieuse continue de diminuer inexorablement en Europe et que les églises soient de plus en plus vides.

"Nul ne nie la réalité des frustrations et des dommages causés aux Palestiniens par les barrages et la barrière de sécurité (ici, le mur qui entoure Jérusalem). Ce qui choque, dans cet article, c'est le parti pris flagrant de sa démarche accusatrice et diffamatoire. Il serait vain de perdre du temps à réfuter les mensonges et les exagérations (par exemple les 721 km de mur, alors qu'il n'y en a que quelques dizaines, le reste étant constitué par un grillage de sécurité, aussi appelé 'barrière'), qui foisonnent dans ce texte. On ne convaincrait que les convaincus. Je me suis donc contenté de mettre en rouge ce qui est faux et incitateur à la haine et au mépris. Face à cette haine à peine dissimulée, je ne peux que donner ce témoignage personnel. J'ai vécu en Israël de 1971 à 1982. Je puis témoigner qu'alors, la circulation partout en Israël et bien entendu entre Jérusalem et Bethléem ne posait pas de problèmes. Les Israéliens pouvaient se rendre à Bethléem et Ramallah, y faire leurs achats et y boire tranquillement aux terrasses des cafés avec leurs amis palestiniens sans craindre pour leur vie, et les Palestiniens n'avaient aucune difficulté à circuler d'une ville à l'autre et à accéder à Bethléem et Jérusalem. Mais après la seconde Intifada et les massacres incessants commis par les terroristes palestiniens, la barrière et le mur de sécurité sont les seuls moyens qu'a trouvés Israël pour assurer la sécurité de ses citoyens. Chacun sait - et les Palestiniens mieux que quiconque - que dès que des accords bilatéraux seront conclus, il ne s'écoulera pas beaucoup de temps avant que tous ces obstacles à une vie normale soient enlevés (car ils sont amovibles). Le reste n'est que gesticulation haineuse. Honte donc à ce journal catholique qui renoue avec la diabolisation à laquelle son Eglise a pourtant renoncé depuis le Concile Vatican II. (Menahem Macina)."
Dimanche EXPRESS, N° 16 - 20 avril 2008, TEMPS PRESENT, p. 3

"Bethléem, une prison en territoire occupé. Un reportage signé Béatrice Petit

Privés d’eau, de terres et de moyens de subsistance, les Palestiniens de Bethléem étouffent derrière les murs qu’Israël persiste à ériger en toute illégalité. Tandis que sur les collines avoisinantes, de nouvelles colonies juives continuent de restreindre leur territoire. Les chrétiens en sont réduits à quitter la cité natale du Christ.

Bethléem n’est normalement qu’à 20 minutes de Jérusalem mais il faut franchir plusieurs points de contrôle pour y arriver. Des murs infranchissables enserrent insolemment les quartiers de la ville, au prix de destructions, brisant bien plus que la vue, la vie des personnes, des familles et de la société tout entière.

Au détour d’une ruelle, un bâtiment criblé par des tirs d’obus en dessous desquels est inscrit "Love". Ironie ? En face, des plaques de béton hautes de 10 mètres, sur lesquelles des artistes étrangers ont dessiné des escaliers ou des pas s’évadant vers le sommet, comme pour faire rêver de liberté. Installés là depuis 1948, suite à l’expulsion de leurs villages, les réfugiés du camp voisin, privés de tout horizon, ne s’y trompent pas. Ils préfèrent d’ailleurs ne pas voir camoufler aux yeux du monde extérieur l’horreur placée sous leur nez.

Au centre-ville, la basilique de la Nativité est déserte, tout comme les magasins, restaurants ou hôtels, destinés aux pèlerins. Peu attirant de pénétrer dans un ghetto! Du reste la visite des lieux saints effectuée, les tour-opérateurs israéliens incitent les clients à loger dans les colonies ou les terres israéliennes.

"Si cela continue, la chrétienté pourrait disparaître du berceau où elle est née. Non pas pour des questions religieuses - hormis quelques cas isolés -, puisque nous avons vécu pendant des siècles en bonne entente avec les musulmans. Bethléem avait survécu parce qu’elle était restée ouverte au monde, accueillant des pèlerins pendant des siècles. Les pèlerins doivent revenir ici, ils seront en toute sécurité",

insiste Leila Sansour, une chrétienne d’origine palestinienne, rentrée au pays pour fonder l’association "Open Bethléem" (1) et faire découvrir aux délégations internationales la réalité du terrain. Ceux qui feront halte côté palestinien seront d’ailleurs agréablement surpris par la vieille tradition de l’hospitalité, chère aux Arabes.

Le mur commencé en 2004 sépare déjà Bethléem de Jérusalem, la ville sœur, et des villages voisins. Le 9 juillet 2004, l’instance judiciaire des Nations Unies a déclaré la construction illégale et appelé Israël à l’arrêter immédiatement. Mais aujourd’hui encore, les bulldozers continuent impunément de dévaster et d’ériger des barrières de béton à travers les champs d’oliviers palestiniens. Les paysans se voient dépossédés ou privés de l’accès à leurs terres. Sur une colline avoisinante, les salésiens, propriétaires du domaine agricole et viticole de Crémisan, source d’emplois et de revenus pour la population locale, vont voir incessamment une partie de leur propriété passer de l’autre côté du mur et annexée de facto par les autorités israéliennes. Sans autre concertation et en violation de l’avis rendu par la Cour Internationale de Justice, soulignent les religieux.

"Les habitants n’ont plus qu’un seul désir : émigrer pour échapper à une mort lente",

commente le maire palestinien de la ville encerclée. Sans armée, sans emploi ni avenir, les jeunes n’ont que des pierres pour crier leur désespoir. David contre Goliath...

Des religieux écoeurés

"Avec le mur, qui peut franchir – à temps -, les check-points [points de contrôle] pour venir à l’hôpital, assister aux enterrements ou aux mariages ou tout simplement vendre sa récolte ? Aux points de passage, des femmes enceintes ont dû accoucher, des enfants comme des adultes, dont l’état de santé nécessitait des soins urgents sont morts parce que les militaires israéliens les ont délibérément fait attendre. Les punitions collectives, l’homme humilié, enfermé, c’en est trop !", s’exclame, de guerre lasse, une religieuse âgée.

"En été, sous la canicule, nous sommes privés d’eau car elle est pompée ici pour alimenter les collines de l’occupant. Nous devons nous contenter de nos citernes sur les toits. Nous sommes des sans-papiers : il faut sans cesse renouveler les documents."

Découragée de voir l’une de leurs sœurs refoulée à un point de contrôle après 30 ans de résidence sur le territoire et embarquée manu militari, la nuit tombée, dans un bus vers un pays voisin, la religieuse a écrit le 6 mars dernier au délégué apostolique de Jérusalem :

"Israël, avec sa toute puissance d’aujourd’hui, mais également avec sa population au passé tragique, perdrait-il toutes ses valeurs relatives au respect et à la dignité de l’homme ? Si cet Etat ne souhaite plus la présence de religieuses chrétiennes en Terre Sainte, qu’il le fasse publiquement et correctement savoir, mais qu’il cesse immédiatement ces traitements humiliants et non conformes aux droits de la personne." "
(1) www.openbethlehem.org - Courriel : openbethlehem@openbethlehem.org

samedi 19 avril 2008

"Nous avons abandonné notre autodéfense", Theodor Lessing

"En réalité, je réclame le droit à la méfiance. Le droit à l’expérience. Je suis hanté par cette phrase de Theodor Lessing dans son fameux La Haine de Soi. Songez qu’elle est écrite en Allemagne, en 1930, avant la Catastrophe, et, déjà, on ne le sait pas assez, on conteste aux juifs (à commencer par de nombreux juifs allemands eux-mêmes…) la nécessité d’un pouvoir national. Et Lessing, dans l’ignorance de ce qui suivra, écrit : "Nous avons abandonné notre autodéfense et placé notre droit entre les mains de la conscience européenne."
Je n’ai rien à ajouter."
Gilles-William Goldnadel

Conversation sur les sujets qui fâchent, d'Alexandre Adler et Gilles-William Goldnadel, en collaboration avec Clément Weill-Raynal, Ed. Jean-Claude Gawsewitch (2008), p. 228.