lundi 23 février 2009

Nous espérions que les braises de l'antisémitisme étaient mortes et refroidies, Lord Malloch-Brown

"Cette conférence n'aurait pas dû être nécessaire. Nous espérions que les braises de l'antisémitisme étaient mortes et refroidies depuis longtemps. Malheureusement ce n'est pas le cas. Il ne suffit pas de se préoccuper des relations entre Musulmans et Juifs. Elles sont une partie du problème, mais seulement une partie.

Ce qu'il faut c'est revenir aux fondamentaux et rappeler le rôle extraordinaire que les Juifs jouent dans de nombreux pays à travers le monde."

Lord Malloch-Brown, secrétaire d'Etat britannique, dans une interview accordée à la BBC à l'occasion de la conférence contre l'antisémitisme organisée par la Coalition Inter-parlementaire de lutte contre l’antisémitisme (ICCA) en coopération avec le Parlement du Royaume-Uni et le Ministère britannique des Affaires étrangères (FCO) (Londres, 16-17 février).

L’Eglise doit choisir entre ses "frères aînés juifs" et ses fidèles intégristes antijuifs, M. Macina

"(...) réintégrer ces gens dans le troupeau des fidèles catholiques, c’est, à la lettre, introduire le loup dans la bergerie. (...) le danger potentiel qu’ils constituent ne sera plus circonscrit à leur communauté schismatique, et le virus de l’antijudaïsme, voire de l’antisémitisme, se répandra à nouveau sans entraves dans les âmes chrétiennes, comme ce fut le cas durant tant de siècles, avec les conséquences que les Juifs connaissent bien."

"(...) Il est clair que nous, Juifs, n’avons pas à prendre parti dans le contentieux doctrinal et ecclésiologique qui oppose aux instances romaines des clercs et des fidèles qui refusent de larges pans de l’enseignement du Concile Vatican II. Par contre, nous sommes directement concernés par le refus catégorique opposé par la majorité des intégristes et nombre de catholiques traditionalistes, à la reconsidération fondamentale de l’attitude chrétienne envers les Juifs, telle qu’elle est exposée dans la Déclaration conciliaire "Nostra Aetate", § 4 (1965) et ses textes d’application subséquents (1).

Que cette fronde soit avérée témoigne l’extrait suivant de la déclaration de Mgr Kurt Koch, Président de la Conférence des évêques suisses, en date du 27 janvier 2009 (2) :

"Les évêques suisses ont … pris connaissance du fait que Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité Saint Pie X (3), a pris ses distances, dans une interview, avec les déclarations de Mgr Williamson. Par le passé, cependant, les quatre évêques ont maintes fois déclaré, qu'eux-mêmes et la fraternité, n'acceptaient pas la déclaration du concile Vatican II, "Nostra Aetate", sur les relations avec le judaïsme et les religions non-chrétiennes. Nous, évêques suisses, attendons qu'au cours des discussions préalables au rétablissement de la communion et à la levée des suspensions, les quatre évêques de la fraternité déclarent de manière crédible qu'ils acceptent le Concile Vatican II et, en particulier, la déclaration "Nostra Aetate", et qu'ils adoptent une attitude positive envers le judaïsme."

On objectera peut-être que les relations entre l’Eglise et le peuple juif ne sauraient être sérieusement affectées par les attitudes et déclarations intempestives de ces catholiques ultras qui, après tout, ne représentent qu’eux-mêmes. Je pense, au contraire - et je suis loin d’être le seul à avoir cette perception des choses - que la puissance de nuisance religieuse et idéologique de ce mouvement est largement sous-estimée. Il devient de plus en plus évident que le terreau intellectuel et spirituel constitué par une masse de fidèles - elle aussi sous-estimée - s’avère extrêmement perméable à ce qu’on appelle généralement la "théorie de la substitution" (4), voire à une attitude de rejet militant de la foi juive et des Juifs eux-mêmes, qui s'exprime dans une phraséologie qui n’a rien à envier aux pires débordements médiévaux, voire à la propagande antisémite du XIXe et de la première moitié du XXe s. (5).

Outre le scandale qu'il a déclenché, le débordement négationniste d’un des quatre évêques, dont l’excommunication a été levée récemment, a eu pour conséquence positive d’inciter certains esprits déjà bien au fait de l’antijudaïsme en quelque sorte structurel de cette nébuleuse catholique - qui ne fait pas mystère de son opposition militante au Concile -, à examiner de plus près les écrits et les déclarations des dirigeants religieux intégristes les plus en vue. Ce qu’ils ont découvert - et il semble que ce ne soit que la partie émergée de l’iceberg - les a sidérés. Voici un petit bouquet de ces fleurs vénéneuses de rhétorique antijuive, cueillies sur des sites Web intégristes (6):

"Cette malédiction [dont souffrent les Juifs tout au long de l’histoire en raison du meurtre de Jésus] est la punition pour leur aveuglement concernant les choses de Dieu et leur surdité à l'appel de leur conscience, à l'amour du bien et à la haine du mal, qui sont la base de toute vie morale, et pour leur paralysie spirituelle et leur aspiration exclusive à un royaume terrestre…"

"L’Antichrist sera juif. Il ne manquera pas d’utiliser leur aveuglement pour les amener à croire en lui…"

"Le peuple juif, jadis mystère d’excellence, s’est désormais changé en mystère d'iniquité. Il n'est plus Isaac, mais Ismaël. Il n’est plus Jacob, mais Esaü. Il n’est plus Abel, mais Caïn…"

"Le judaïsme est hostile à toutes les nations, en général, et particulièrement aux nations chrétiennes... Le peuple juif, s'il ne se convertit pas au christianisme, s’efforcera… de détruire le christianisme... La chrétienté et le peuple juif sont voués inexorablement à se rencontrer sans se réconcilier ni se mélanger. C’est l’équivalent historique de la lutte éternelle de Lucifer contre Dieu, des ténèbres contre la lumière, de la chair contre l'esprit…"

"Comme ils ont jadis traité le Christ, ils ne cessent de persécuter le christianisme : c’est leur obsession théologique. Cette loi théologique est plus forte que tous les plans et expédients. Le peuple juif applique cette loi. Contenue dans le Talmud, elle régit les juifs et leur prescrit l'hostilité envers les chrétiens... Le Talmud est devenu particulièrement virulent après l’apparition du christianisme. Il contient des propos infâmes, insolents et sacrilèges à l’encontre du Christ, c’est pourquoi des exemplaires en ont été brûlés sur ordre des souverains et des papes chrétiens…"

Je ne sais ce que penseront de cela nos internautes, mais j’estime, pour ma part, que réintégrer ces gens dans le troupeau des fidèles catholiques, c’est, à la lettre, introduire le loup dans la bergerie. En effet, s’ils sont réhabilités, le danger potentiel qu’ils constituent ne sera plus circonscrit à leur communauté schismatique, et le virus de l’antijudaïsme, voire de l’antisémitisme, se répandra à nouveau sans entraves dans les âmes chrétiennes, comme ce fut le cas durant tant de siècles, avec les conséquences que les Juifs connaissent bien.

C’est pourquoi, me semble-t-il, l’Eglise devra rapidement choisir entre la fidélité à l’esprit de "Nostra Aetate", bienveillant à l’égard des Juifs, et le compromis avec l’antijudaïsme, voire l’antisémitisme des intégristes, qui ne pourra que faire obstacle au processus d’estime mutuelle entre chrétiens et juifs, qui est l’un des fruits bénéfiques du Concile Vatican II.
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(1) On trouvera - outre la Déclaration Nostra Aetate elle-même - ces textes d’application sur le site du Vatican, dans la section de la Commission du Saint-Siège pour les relations religieuses avec le Judaïsme.
(2) Texte repris d’un communiqué de l’Agence catholique de presse,
Zenit, de Rome. C’est moi qui souligne.
(3) Sur cette organisation, voir l’article, bien documenté, de Wikipedia : "
Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X".
(4) A propos de cette théorie, voir, entre autres, l’article "
Théologie de la substitution" dans Wikipedia.
(5) A ce propos voir, entre autres : M. Macina, "
L'antijudaïsme catholique des années 1920, son irrédentisme et ses résurgences récentes" ; et Id., "L'attribution de l'"israelitica dignitas" aux chrétiens est-elle un concept substitutionniste ?".
(6) Extrait de "
The Society of St. Pius X: Mired in Anti-Semitism", document figurant sur le site de l’Anti-Defamation League (traduction française : Menahem Macina). C’est [l'auteur] qui souligne."

Source: UPJF

dimanche 22 février 2009

Antisémitisme: le silence n’est pas une option envisageable (ICCA)

"La menace résurgente: Nous sommes aujourd’hui les témoins d’un antisémitisme de plus en plus répandu, à la forme complexe, virulente et globale. De ce constat est née la nécessité de créer une Coalition internationale visant à confronter la plus ancienne et la plus tenace des haines. Le silence n’est pas une option envisageable. Il est désormais temps, non seulement de sonner l’alarme - mais d’agir. L’histoire l’a trop bien enseigné : cette haine peut commencer envers les Juifs, mais elle ne se limite pas aux Juifs. L’antisémitisme est l’antre du mal et menace la société dans son ensemble." (Inter-parliamentary Coalition for Combating Antisemitism (ICCA))

Une centaine de parlementaires venus du monde entier ont participé, les 16 et 17 février, à la conférence inaugurale organisée par l'ICCA et le UK Foreign and Commonwealth Office: London Conference on Combating Antisemitism afin de "repenser la manière de combattre l’antisémitisme". La Conférence avait comme objectif central le partage entre participants des connaissances, expériences, pratiques et recommandations applicables. Participaient également à ces travaux des universitaires, des juristes et des spécialistes des technologies de l'information.

Déclaration des parlementaires à l'issue de la conférence

Declaration on Combating Antisemitism
Lancaster House, 17 February 2009

Preamble
We, Representatives of our respective Parliaments from across the world, convening in London for the founding Conference and Summit of the Inter-parliamentary Coalition for Combating Antisemitism, draw the democratic world’s attention to the resurgence of antisemitism as a potentforce in politics, international affairs and society.

We note the dramatic increase in recorded antisemitic hate crimes and attacks targeting Jewish persons and property, and Jewish religious, educational and communal institutions.

We are alarmed at the resurrection of the old language of prejudice and its modern manifestations – in rhetoric and political action - against Jews, Jewish belief and practice and the State of Israel.

We are alarmed by Government-backed antisemitism in general, and state-backed genocidal antisemitism, in particular.

We, as Parliamentarians, affirm our commitment to a comprehensive programme of action to meet this challenge.

We call upon national governments, parliaments, international institutions, political and civic leaders, NGOs, and civil society to affirm democratic and human values, build societies based on respect and citizenship and combat any manifestations of antisemitism and discrimination.

We today in London resolve that;

Challenging Antisemitism
1. Parliamentarians shall expose, challenge, and isolate political actors who engage in hate against Jews and target the State of Israel as a Jewish collectivity;

2. Parliamentarians should speak out against antisemitism and discrimination directed against any minority, and guard against equivocation, hesitation and justification in the face of expressions of hatred;

3. Governments must challenge any foreign leader, politician or public figure who denies, denigrates or trivialises the Holocaust and must encourage civil society to be vigilant to this phenomenon and to openly condemn it;

4. Parliamentarians should campaign for their Government to uphold international commitments on combating antisemitism - including the OSCE Berlin Declaration and its eight main principles;

5. The UN should reaffirm its call for every member state to commit itself to the principles laid out in the Holocaust Remembrance initiative including specific and targeted policies to eradicate Holocaust denial and trivialisation;

6. Governments and the UN should resolve that never again will the institutions of the international community and the dialogue of nation states be abused to try to establish any legitimacy for antisemitism, including the singling out of Israel for discriminatory treatment in the international arena, and we will never witness – or be party to - another gathering like Durban in 2001;

7. The OSCE should encourage its member states to fulfil their commitments under the 2004 Berlin Declaration and to fully utilise programmes to combat antisemitism including the Law Enforcement programme LEOP;

8. The European Union, inter-state institutions and multilateral fora and religious communities must make a concerted effort to combat antisemitism and lead their member states to adopt proven and best practice methods of countering antisemitism;

9. Leaders of all religious faiths should be called upon to use all the means possible to combat antisemitism and all types of discriminatory hostilities among believers and society at large;

10. The EU Council of Ministers should convene a session on combating antisemitism relying on the outcomes of the London Conference on Combating Antisemitism and using the London Declaration as a basis.

Prohibitions
11. Governments should take appropriate and necessary action to prevent the broadcast of explicitly antisemitic programmes on satellite television channels, and to apply pressure on the host broadcast nation to take action to prevent the transmission of explicitly antisemitic programmes;

12. Governments should fully reaffirm and actively uphold the Genocide Convention, recognising that where there is incitement to genocide signatories automatically have an obligation to act. This may include sanctions against countries involved in or threatening to commit genocide or referral of the matter to the UN Security Council or initiate an interstate complaint at the International Court of Justice;

13. Parliamentarians should legislate effective Hate Crime legislation recognising "hate aggravated crimes" and, where consistent with local legal standards, "incitement to hatred" offences and empower law enforcement agencies to convict;

14. Governments that are signatories to the Hate Speech Protocol of the Council of Europe 'Convention on Cybercrime' (and the 'Additional Protocol to the Convention on cybercrime, concerning the criminalisation of acts of a racist and xenophobic nature committed through computer systems') should enact domestic enabling legislation;

Identifying the threat
15. Parliamentarians should return to their legislature, Parliament or Assembly and establish inquiry scrutiny panels that are tasked with determining the existing nature and state of antisemitism in their countries and developing recommendations for government and civil society action;

16. Parliamentarians should engage with their governments in order to measure the effectiveness of existing policies and mechanisms in place and to recommend proven and best practice methods of countering antisemitism;

17. Governments should ensure they have publicly accessible incident reporting systems, and that statistics collected on antisemitism should be the subject of regular review and action by government and state prosecutors and that an adequate legislative framework is in place to tackle hate crime.

18. Governments must expand the use of the EUMC 'working definition' of antisemitism to inform policy of national and international organisations and as a basis for training material for use by Criminal Justice Agencies;

19. Police services should record allegations of hate crimes and incidents - including antisemitism - as routine part of reporting crimes;

20. The OSCE should work with member states to seek consistent data collection systems for antisemitism and hate crime.

Education, awareness and training
21. Governments should train Police, prosecutors and judges comprehensively. The training is essential if perpetrators of antisemitic hate crime are to be successfully apprehended, prosecuted, convicted and sentenced. The OSCE’s Law enforcement Programme LEOP is a model initiative consisting of an international cadre of expert police officers training police in several countries;

22. Governments should develop teaching materials on the subjects of the Holocaust, racism, antisemitism and discrimination which are incorporated into the national school curriculum. All teaching materials ought to be based on values of comprehensiveness, inclusiveness, acceptance and respect and should be designed to assist students to recognise and counterantisemitism and all forms of hate speech;

23. The OSCE should encourage their member states to fulfill their commitments under the 2004 Berlin Declaration and to fully utilise programmes to combat antisemitism including the Law Enforcement programme LEOP;

24. Governments should include a comprehensive training programme across the Criminal Justice System using programmes such as the LEOP programme;

25. Education Authorities should ensure that freedom of speech is upheld within the law and to protect students and staff from illegal antisemitic discourse and a hostile environment in whatever form it takes including calls for boycotts;

Community Support
26. The Criminal Justice System should publicly notify local communities when antisemitic hate crimes are prosecuted by the courts to build community confidence in reporting and pursuing convictions through the Criminal Justice system;

27. Parliamentarians should engage with civil society institutions and leading NGOs to create partnerships that bring about change locally, domestically and globally, and support efforts that encourage Holocaust education, inter-religious dialogue and cultural exchange;

Media and the Internet
28. Governments should acknowledge the challenge and opportunity of the growing new forms of communication;

29. Media Regulatory Bodies should utilise the EUMC ‘Working Definition of antisemitism’ to inform media standards;

30. Governments should take appropriate and necessary action to prevent the broadcast of antisemitic programmes on satellite television channels, and to apply pressure on the host broadcast nation to take action to prevent the transmission of antisemitic programmes;

31. The OSCE should seek ways to coordinate the response of member states to combat the use of the internet to promote incitement to hatred;

32. Law enforcement authorities should use domestic "hate crime", "incitement to hatred" and other legislation as well as other means to mitigate and, where permissible, to prosecute "Hate on the Internet" where racist and antisemitic content is hosted, published and written;

33. An international task force of Internet specialists comprised of parliamentarians and experts should be established to create common metrics to measure antisemitism and other manifestations of hate online and to develop policy recommendations and practical instruments for Governments and international frameworks to tackle these problems.

Inter-parliamentary Coalition for Combating Antisemitism
34. Participants will endeavour to maintain contact with fellow delegates through working group framework; communicating successes or requesting further support where required;

35. Delegates should reconvene for the next ICCA Conference in Canada in 2010, become an active member of the Inter-parliamentary Coalition and promote and prioritise the London Declaration on Combating Antisemitism.

En haut: dessin du caricaturiste belge Ben Heine intitulé "Welcome Home" présenté au concours antisémite de Téhéran dépeint l’entrée d’Auschwitz-Birkenau sous la forme d’un monstreux juif religieux dont les paillotes sont reliées aux rails des trains, à la croix gammée et à l’étoile de David. (Une caricature de Ben Heine provoque des commentaires antisémites)

Le nouvel antisémitisme, par Irwin Cotler

"Dans le passé, les plus dangereux antisémites étaient ceux qui voulaient rendre le monde Judenrein, "libre de Juifs". Aujourd’hui, les plus dangereux antisémites pourraient être ceux qui veulent rendre le monde Judenstaatrein, "libre d’un État juif". (Per Ahlmark, Vice-Premier Ministre de Suède).

Source: Point de Bascule
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"Nous assistons aujourd’hui à l’émergence d’un nouvel antisémitisme, sophistiqué, virulent, et même mortel dans certains cas, et ce phénomène prend de l’ampleur. Il ne suffit plus de sonner l’alarme devant ce danger, il faut agir. L’histoire nous l’a enseigné par la tragédie : ça commence par les Juifs, mais ça ne s’arrête jamais à eux."
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Irwin Cotler est député libéral et ancien ministre de la Justice et Procureur général du Canada. Il a coprésidé la première conférence de la Coalition parlementaire internationale de lutte contre l’antisémitisme qui s’est tenue à Londres du 15 au 17 février.
Traduction de : The new anti-Semitism, par Irwin Cotler, National Post, le 17 février 2009

Réfléchissant sur la vague contemporaine d’antisémitisme, Elie Wiesel, un survivant de l’Holocauste, a déclaré "Je ne me suis pas senti comme je me sens maintenant depuis 1945. Je pense que nous avons des raisons d’être inquiets, et même d’avoir peur... Il est maintenant temps de mobiliser les efforts de l’humanité entière." C’est ce sentiment qui rassemble des parlementaires du monde entier pour la première conférence de la Coalition parlementaire internationale de lutte contre l’antisémitisme.

Nous assistons aujourd’hui à l’émergence d’un nouvel antisémitisme, sophistiqué, virulent et même mortel qui rappelle l’atmosphère des années 1930, et sans parallèle depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce nouvel antijudaïsme a trouvé sa première expression juridique dans la résolution "Le sionisme est une forme de racisme" des Nations Unies, mais il va plus loin.

L’antisémitisme traditionnel est la discrimination à l’égard des Juifs, la négation de leur droit de vivre en tant que membres égaux de la société où ils ont habitent, ou l’assaut contre ce droit. Le nouvel antisémitisme concerne la discrimination à l’encontre du droit du peuple juif de vivre en tant que membre égal de la famille des nations - le déni, ou l’assaut contre le droit du peuple juif de vivre - Israël étant le "Juif collectif parmi les nations".

Observant les intersections complexes entre l’ancien et le nouvel antisémitisme, Per Ahlmark, Vice-Premier Ministre de la Suède, a fait remarquer que le nouvel antisémitisme est caractérisé par des attaques contre les "Juifs collectivement - l’État d’Israël", qui "démarrent une réaction en chaîne d’agressions contre les Juifs et les institutions juives". Dans ma ville natale de Montréal et ses environs, j’ai été témoin de manifestations de ces phénomènes – de la bombe incendiaire sur mon ancienne école secondaire à l’agression physique de Juifs dans les Laurentides jusqu’aux slogans vociférés contre Israël durant le conflit dans la bande de Gaza.

Permettez-moi d’être clair : je n’ai jamais affirmé qu’Israël devrait être à l’abri de la critique. Les participants aux soi-disant rassemblements anti-Israël qui scandaient "les Juifs sont nos chiens" sont toutefois semblables aux antisémites traditionnels. Tout cela confirme la conclusion d’Ahlmark : "Dans le passé, les plus dangereux antisémites étaient ceux qui voulaient rendre le monde Judenrein, "libre de Juifs". Aujourd’hui, les plus dangereux antisémites pourraient être ceux qui veulent rendre le monde Judenstaatrein, "libre d’un État juif."

Les indicateurs de ce nouvel antisémitisme sont différents de l’ancien. Aujourd’hui, il est rare qu’un Juif se voie refuser le service dans un restaurant. Mais aujourd’hui, Israël fait l’objet d’une menace de génocide par l’Iran et ses mandataires terroristes, le Hezbollah et le Hamas ; l’État juif est singularisé sur la scène internationale alors que les principaux violateurs des droits de l’homme sont à l’abri d’accusations ; la légitimité d’Israël est l’objet d’un examen discriminatoire dans la mesure où, aux fins des groupements régionaux à l’ONU, on ne considère même pas qu’Israël "existe" en Asie ; et des voix moins sophistiquées propagent des rumeurs que les Israéliens injectent le virus du sida aux Palestiniens. Les Juifs ne subissent peut-être plus de discrimination dans l’accès au logement, mais ils sont maintenant privés du droit égal à une patrie.
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Comme disait le chroniqueur du New York Times Thomas Friedman : "Critiquer Israël n’est pas antisémite, et dire le contraire est ignoble. Mais singulariser Israël pour l’opprobre et des sanctions internationales hors de toute proportion avec quelque autre pays du Moyen-Orient est antisémite, et ne pas le dire est malhonnête".

L’intensification de l’antisémitisme impose la création d’une coalition parlementaire internationale pour affronter cette forme de haine ancienne et persistante. Nous ne pouvons pas nous taire. Le moment est venu d’agir. Comme l’histoire nous l’a enseigné : ça commence avec les Juifs, mais ça ne s’arrête pas à eux."
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Photo: manifestation anti-iraélienne à Montréal le 10 janvier.

samedi 21 février 2009

La paix est si proche, Daniel Sibony

"On a dit que ceux qui soutenaient passionnément les Palestiniens au point de vomir Israël étaient surtout intéressés par leur rejet de l'Etat juif et s'en foutaient des gens de Gaza. C'est peut-être plus subtil: ils font coup double, ils font jouir en même temps leur compassion sur le dos des victimes les plus voyantes, et leur vieille vindicte antijuive, sur le dos de l'Etat hébreu."

"(...) Mais ces phases du conflit sont aussi une épreuve: elles mettent à l'épreuve la maturité des gens, des publics, des sociétés. La nôtre est assez mûre, mais elle a besoin de contempler - de consommer - des sacrifices humains, dûment organisés. Cela ne l'aide ni à penser ni à se questionner sur les causes. Elle donnera toujours (pour un temps) sa sympathie au plus apparemment victimisé; en attendant de se ressaisir, jusqu'à la prochaine fois. Or il est clair que les intégristes de Gaza, comme naguère ceux du Liban, jouissent d'être victimisés (ou plutôt de victimiser leurs proches), plutôt que de chercher de meilleures conditions de vie pour leur population.

Le Tiers, lui, est vraiment interpellé; en voici un exemple que certains m'ont transmis d'une vidéo prise dans "You tube". C'est un groupe de "jeunes de banlieue", chacun masqué d'un keffié, qui menace un directeur de salle au cas il la loue pour un meeting de soutien à Israël; car dans ce meeting on lève des fonds qui peuvent aller à l'armée, laquelle commet des "crimes", etc. Si ces jeunes sont masqués c'est qu'ils savent que c'est illégal, que c'est une méthode maffieuse de "faire la loi". Si cette "loi" d'un groupe prévaut sur la loi collective, alors le Tiers s'effondre, ici même, en plein espace républicain. Et comme ce conflit est appelé à durer - très - longtemps, on voit que le Tiers ici sera longtemps et très souvent interpellé sur ce qu'il en est de sa dignité.

Quant à nos médias, on comprend qu'ils nous servent ces images fortes et sanglantes; qu'ont-ils à se mettre sous la dent et à offrir ? Eux aussi sont confrontés à l'étonnante médiocrité de leur quotidien; les seuls moments d'émotion garantie sont les cadavres qu'ils nous envoient pour le dîner.

Le conflit durera tant que chacune des deux parties n'a pas décidé d'assumer sa propre faille plutôt que de l'imputer à l'autre. Ce sera long, et le Tiers fera en sorte que ce soit vivable.

Mais Israël ne peut pas être en paix active et définitive avec ses voisins car la "haine identitaire" est trop forte, et chacun sait très bien où elle se trouve. Il y aura au mieux un état de paix minimale c'est-à-dire de non-agression mutuelle. Et Israël sera un peu comme un ghetto en terre hostile. Mais justement, vu tout ce qui s'est passé dans les ghettos, y compris en Orient et au Maghreb, il ne peut pas se permettre cette fois-ci de recevoir à tout moment des pierres - en l'occurrence des fusées. Voilà pourquoi cette guerre était inévitable; il eût fallu une maturité surhumaine de part et d'autre pour économiser la violence avant de mieux marquer la trêve. (…)

P.S. On a dit que ceux qui soutenaient passionnément les Palestiniens au point de vomir Israël étaient surtout intéressés par leur rejet de l'Etat juif et s'en foutaient des gens de Gaza. C'est peut-être plus subtil: ils font coup double, ils font jouir en même temps leur compassion sur le dos des victimes les plus voyantes, et leur vieille vindicte antijuive, sur le dos de l'Etat hébreu."

Texte repris du site de l'auteur

Photos: manifestation du Hamas

vendredi 20 février 2009

Un texte antisémite de 1892 est publié dans le site catholique Pontifex

Le site catholique italien Pontifex, qui défend l'église de toute charge d'antisémitisme, a mis en ligne ... un classique de l'antisémitisme: I Cristiani nel Talmud - del Rev. I.B. Pranaitis tratto da "Il Talmud smascherato" - avec l'image de la couverture à l'envers ("Le Talmud démasqué : Les enseignements rabbiniques secrets concernant les Chrétiens", la deuxième partie du titre, qui est susceptible d'éveiller quelques doutes dans l'esprit du lecteur, n'est pas indiquée dans le site). Cet ouvrage fut publié en 1892 à Saint-Petersbourg par un prêtre lithuanien, Justin Bonavanture Pranaitis (1861-1917), et a pour ambition de révéler la nature antichrétienne et pernicieuse du Talmud.

Un extrait (ci-dessous) de l'étude de l'historien Vygantas Vareikis, de l'Université de Klaipeda, nous permet d'avoir un aperçu des idées absolument répugnantes défendues par J.B. Pranaitis et auxquelles, malheureusement, certains Catholiques semblent encore souscrire et trouver dignes d'être propagées. Le titre de l'étude de Vygantas Vareikis est éloquent: "Préconditions de l'Holocauste" - ce furent en effet des idées comme celles du Révérend Pranaitis qui rendirent le génocide des juifs possible.

PRECONDITIONS OF HOLOCAUST. ANTI-SEMITISM IN LITHUANIA
(19th century to mid 20th century (15 June 1940))
by Vygantas Vareikis, Department of History, Faculty of Social Sciences, Klaipeda University
p.p. 9-10

"Anti-Judaic statements in the field of theology were repeated by priest, professor of St. Petersburg Spiritual Academy J.B. Pranaitis [photo ci-contre]. In 1911, he was invited by prosecutors to provide his expertise in Beilis’s case [sur l'affaire Beilis, voir Qui se souvient de Menahem Beilis ?, par Pierre Raiman], where he made a conclusion that Jewish religious laws permitted them to use blood in religious rituals.(1) His book "Christianus in Talmude Iudaecorum, sive Ribbinicae doctrinae de christianis secreta" was published in St. Petersburg during the years of the upsurge of anti-Semitism in Russia (1892) and was translated into German, Russian, Italian, Polish and Lithuanian.(2) In principal, J. Pranaitis based himself on the books by Johan Andreas Eisenmenger (3) and August Rohling (4), classics of religion-oriented anti-Semitism. Entdecktes Judenthum by Eisenmenger set a target "to help Jews admit their fallacy and learn about the light of the Christianity." His study interprets Judaism as a collection of stupid prejudices and degenerated law. Eisenmerger blamed Jews for the killing of God, profanation of Christ and constant harming of Christians. Most of European anti-Judaic authors reiterated the ideas by Eisenmenger. A founded presumption might be made that Lithuanian propagators of anti-Judaism were better acquainted with German, Polish and Russian literature than with the original sources of the Talmud, though J. Pranaitis spoke Hebrew and Aramaic.

In the forward of the book, J. Pranaitis wrote that his purpose was to "make every reader understand what kind of eyes Jews, followers of the Talmud, look with at a Christian man". (5) J. Pranaitis gives many quotations from Torahs and the Talmud taken without a context reflecting Jewish hostility towards Christian religion and Christ’s teaching, ideas showing that Jews may not do good to a Christian (goy), the deceit of a goy is permitted, that Jews have to harm Christians and eradicate them. (6) J. Pranatis places Judaism and Catholicism at two different extremes of the scale, saying that "Jews are praying, begging the God to ruin that vicious, godless kingdom of Rome, i.e. our holy Catholic Church, meanwhile the Pope tells us to pray even for worthless Jews in order to make them acknowledge Christ, our Almighty". (7)

The book by Pranaitis was popular both in Poland, and in Lithuania in the first half of the 20th century. It was a frequent source of reference of anti-Semitic authors in interwar Poland. (8)

In 1933, V.M.Grigas pastiched some parts of Pranaitis’s book and published them in the anti-Semitic publication "Tautos žodis". (9)"
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(1) A. S. Tagier. Carskaja Rosija i delo Beilisa. Moskva, 1933. P. 17-19.
(2) Krikšcionis žydu Talmude arba slaptingas rabinu mokslas apie krikšcionybe. (Christians in the Jewish Talmud and Secretive Teaching of Rabbis about the Christianity). Collected by Rev. J. B. Pranaitis. Translated into Lithuanian by A. J. Seinai, 1912. The book by J. Pranaitis published in 1937 in Warsaw was illustrated with photos of Lithuanian priests who suffered Bolshevik slavery in 1918 -1920 (Ks. J. Pranaitis. Chrzescijanin w Talmudzie tydowskim. Warszawa, 1937).
(3) Johanes Andreas Eisenmenger. Entdectes Judhentum. Bd. 1-2. Königsberg [Berlin], 1710.
(4) August Rohling. Talmudjude. Münster, 1871.
(5) Krikšcionis žydu Talmude arba slaptasis rabinu mokslas apie krikšcionybe (Christians in the Jewish Talmud and Secretive Teaching of Rabbis about the Christianity)…. P. 5.
(6) Ibidem. P. 72 - 84.
(7) Ibidem. P. 92.
(8) Napisal Rabboni. Co Talmud movi o chrzescijanach? Wilno, 1910. A. Niemojewski. Dusza tydowska w zwierkiadle Talmudu. Warszawa, 1921. Tadeusz Zaderecki. Talmud w ogniu wiekow. Warszawa, 1935. St. Treciak. Talmud o gojach a kwestia zydowska w Polsce. Warszawa, 1939.
(9) V.M. Grigas. Krikšcionis žydu Talmude (A Christian in the Jewish Talmud)/ Tautos žodis. 1933 04-15 05 15. A separate book: V. M. Grigas. Krikšcionis žydu Talmude (A Christian in the Jewish Talmud). Kaunas, 1933.

Espagne - article antisémite dans le journal El Mundo

"Sans paix, sans limites, sans mettre un frein à l'avarice et aux faux rapports, le peuple juif succombera à nouveau."

Le journal espagnol El Mundo* a publié un éditorial rédigé par le journaliste Antonio Gala et intitulé "Le Peuple Choisi", qui accuse les juifs d'être "avares" et de "mépriser les autres peuples" à cause de la persécution qu'ils ont connue à travers l'histoire.

A propos d'Israël, Gala écrit: "Sans paix, sans limites, sans mettre un frein à l'avarice et aux faux rapports, le peuple juif succombera à nouveau … Ne feraient-ils pas mieux de se demander pourquoi ils passent toujours par les mêmes choses? Ou c'est peut-être le reste du monde qui a tort?".

Quant au sionisme, il déclare: "Le sionisme équivaut à un fondamentalisme et, par conséquent, en tant que tel, est aveugle et vindicatif".

Sources: AJC et CFCA

- L'antisémitisme reste élevé en Europe, surtout en Espagne
- En Espagne la généalogie des banquiers juifs sert à expliquer la crise bancaire
- ADL: nouvelle étude sur l'antisémitisme en Europe ("Les résultats confirment que l'Espagne est le pays où le sentiment judéophobe est le plus élevé, et malheureusement en progression (un sondage réalisé par l’Observatorio Español de Convivencia Escolar a révélé que plus de la moitié des élèves espagnols de l’enseignement secondaire préfèrent ne pas s’asseoir à côté d’un camarade de classe juif).")

* Le quotidien se targue d'être consulté par 1.300.000 lecteurs par jour.