vendredi 6 février 2009

Tel Aviv, patrimoine mondial de l’humanité, est censurée en Belgique

Tribune publiée par un collectif de signataires dans le quotidien belge Le Soir suivie d'une tentative d'explication des raisons d'un boycott culturel d'Israël en Belgique francophone.

"Quand le CIVA et La Cambre - Architecture censurent le patrimoine mondial de l’humanité

L’exposition « La Ville blanche, le mouvement moderne à Tel-Aviv », qui devait avoir lieu dans les locaux occupés par le CIVA (Centre international pour la ville, l’architecture et le paysage) à l’Espace d’architecture - La Cambre à partir du 20 février, a été brutalement déprogrammée à moins d’un mois de son inauguration, sur décision du conseil d’administration du Civa (Le Soir du 4 février).

Au moment où nous écrivons ces lignes, on peut pourtant encore, en cherchant bien, lire le texte suivant sur le site internet du CIVA : « Tel-Aviv est née d’un projet d’aménagement urbain et de création architecturale où se mêlent les influences du Mouvement moderne et les caractéristiques géographiques, culturelles et climatiques locales. En juillet 2003, l’Unesco a proclamé que la Ville Blanche de Tel-Aviv représentait le Mouvement moderne et que le tissu urbain et historique unique de Tel-Aviv constituait un site du patrimoine de l’humanité. Par cette inscription, le monde entier a reconnu les qualités architecturales particulières des bâtiments, des rues, des squares et des avenues de Tel-Aviv. »

Ce texte témoigne à lui seul de l’importance historique, architecturale, culturelle et humaine de l’exposition. Une exposition qui n’est pas sans rapport, d’ailleurs, avec notre pays puisque l’une des figures emblématiques du mouvement moderniste à Tel-Aviv, Genia Averbuch, était elle-même diplômée de l’École des beaux-arts de Bruxelles dans les années 1920, avant de s’établir à Tel-Aviv qui commençait à émerger du sable.

C’est la direction de l’école d’architecture de La Cambre qui a mis le feu aux poudres en décidant unilatéralement, sans en référer au conseil d’administration ni au conseil pédagogique, de se retirer de l’organisation de cet événement et a suggéré au CIVA d’annuler l’exposition. Cette annulation, car il s’agit bien d’une annulation – et d’un boycott qui refuse de dire son nom (la convocation du conseil d’administration extraordinaire du CIVA du 21 janvier portait comme seul objet à l’ordre du jour « annulation de l’exposition Tel-Aviv » sans autre précision, de sorte qu’on pouvait penser qu’il s’agissait de raisons techniques) –, intervient au mépris de la parole donnée à tous les passionnés d’architecture, que le revirement opéré par le CIVA prive d’une exposition de qualité. Au mépris aussi, particulièrement choquant de la part d’architectes, pour la culture et l’architecture elles-mêmes.

Comment des responsables institutionnels peuvent-ils céder à la confusion entre une œuvre, celle des bâtisseurs de la « Ville Blanche » au siècle passé, et une politique, celle de l’actuel gouvernement de l’État d’Israël ? Quelles que soient les positions que nous puissions avoir dans un conflit qui nous déchire tous depuis 40 ans et quelle que soit la compassion que nous ayons envers les populations palestiniennes et israéliennes qui sont les premières à en souffrir, l’annulation de l’exposition constitue un précédent inacceptable.

Une telle attitude est en fait symptomatique d’une manière parfaitement déraisonnable de disqualifier, y compris dans le domaine de la culture, tout ce qui a trait, spécifiquement, à Israël.

À lire le communiqué de la présidente du conseil d’administration du CIVA en date du 26 janvier, l’annulation de l’exposition ne serait pas due « à sa perte d’intérêt », pas plus qu’à une concession qu’elle aurait faite « au politiquement correct » ni par la crainte qu’une telle exposition ne soit considérée comme une « provocation » ?

Mais pour quelle raison alors ? Qu’entend-on exactement quand on affirme que « les conditions d’appréciation d’une telle exposition ne seraient plus réunies » ? À quelles conditions fait-on allusion exactement ?

Une réaction aussi incohérente et brutale est inédite. Les motifs en seraient-ils politiques ? Nous ne nous souvenons pas, et nous nous en réjouissons, que des expositions consacrées à des artistes russes n’aient jamais été annulées pour protester contre la violence en Tchétchénie (100.000 victimes civiles). Nous ne nous remémorons aucune attitude similaire vis-à-vis d’artistes dont le pays aurait été impliqué dans l’un ou l’autre des conflits multiples et meurtriers qui déchirent la planète (Congo, Soudan, Sri Lanka, Myanmar, Haïti…), ou de Cuba malgré la répression des dissidents, sans parler de la Chine. Y aurait-il un traitement d’exception pour Israël et les artistes israéliens ?

L’alternative proposée par le CIVA pour combler le vide de l’exposition censurée, à savoir la tenue d’un colloque « sur les relations entre architecture et politique », sujet galvaudé s’il en est, donne à réfléchir quant aux intentions politiques de ses auteurs.

Les auteurs de ce que nous qualifions d’une véritable voie de fait contre la culture et l’art estiment probablement qu’ils œuvrent pour la paix et pour la démocratie.

Nous estimons, non seulement qu’ils se trompent de cible et de combat, mais que de surcroît, leur attitude ne fait qu’attiser la haine, le refus de l’autre et le rejet alors qu’il faudrait en ce moment plus que jamais œuvrer en faveur de l’intelligence et de la rencontre.

Nous leur suggérons de revoir leur position et de réhabiliter à nos yeux les institutions qu’ils représentent en reprogrammant dans les plus brefs délais cette exposition.

Ont cosigné les architectes : Jessica Axmacher, Smadar Baron, Bernard Baines, Philippe Bergman, Geneviève Blondiau, Dominique Body, Elise Bollu, Bruno Caballé, Mathieu Candeias Zurstrassen, Maurice Culot, fondateur de l’Arau et des Archives de l’architecture moderne, Olivier De Mot, Valérie Georges, Boris Goldenberg, Hilary Gostynski, Michel Hernalsteen, Giorgio Hirsch, Xiavier Houben, Marco Kadz, Yohana Kadz, Pierre Lallemand, Vincent Lawson, Elie Lévy, Yoram Lipski, Julian Luctkens, Guy Melviez, Allegra Mizrahi, Stéphane Moetwil, Maximilien Penafiel, Jean-Claude Perrin, Olivier Poncin, Pierre Puttemans, Nathalie Rozencwaijg, Alexandre Samuel, Antony Schor, David Tajchman, Savina Vandeput, Olivier Vedrine, Minno Venturini, Geneviève Vernimmen, Philémon Wachtelaer, Jacques Zajtman ; ainsi que Paul Anrieux, comédien, professeur honoraire Insas ; Roland Baumann, historien de l’art ; Alain Berliner, cinéaste ; Elisabeth Burdot, journaliste ; Gita Brys-Schatan, docteur en histoire de l’art – fondatrice de l’Iselp ; Florence Bonnet, marchand d’art ; Yves Caelen, sociologue ; Christian Carez, photographe ; Jean-Christophe Caspar, artiste ; Nalan Celinkaya Yavuz, graphiste ; Jacques Charlier, artiste ; Luc Dardenne, cinéaste ; Daniel Debroux, Gallimard Belgique ; Yael Dehasse, architecte d’intérieur ; Uria Fiano, consultant ; Jean-François Füeg, historien ; Sharon Geszynski, chercheur ULB ; Michel Gheude, écrivain ; Brigid Grauman, journaliste ; Olivier Guillemin, président du Comité Français de la Couleur ; Jacqueline Harpman, écrivain ; Benjamin Herzstein, designer ; Marc Hotermans, ébéniste ; François Humblé, secrétaire général de la Communauté Française ; Richard Keningsman, artiste ; Nordin Labivi, professeur à l’Aca, plasticien ; Marcel Mis, administrateur ; André Nayer, professeur ULB ; Robert Neys, journaliste RTBF ; Alexandre Noskof, artiste ; Symka Pacanowsky, audiovisuel RTBF ; Serge Pahaut, anthropologue ULB ; A. Pinterovic, philologue, psychanalyste ; Luc Pire, éditeur ; André Victor Louis Piroux, graphiste conseil ; Marianne Puttemans, historienne ; Serge Rangoni, Théâtre de la Place – Liège ; Jacques Safran, chargé de cours ISA st-luc Bruxelles ; Alioune Sougoule, artiste ; Ariane Van Den Bergh, historienne de l’art ; Chris Vander Stappen, scénariste ; ; Zaira Tomasinelli, Artiscope gallery ; Céline Vanderborght, photographe ; Séverine Zajtman, historienne et architecte"

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Comment expliquer la décision de l’Institut d’architecture de la Cambre de boycotter Israël ?

- Bien que (curieusement) dans le site web de La Cambre, l'Université de Birzeit ni figure pas dans la liste des écoles et universités avec lesquelles elle a conclu des accords de coopération, Guy Duplat dans La Libre Belgique nous apprend que "La Cambre est très impliquée dans des accords de collaboration avec l’université Bir Zeit palestinienne".

A ce sujet, voir également Masarat Palestine 2008 : clôture et perspectives. Il y est question de coopération de la Cambre avec le Zan Studio. Or fait troublant ce collectif semble refuser l'existence même d'Israël: "Mais pour nous et pour l'écrasante majorité des Palestiniens, Israël, dans ses frontières de 1948, est une colonie, et les personnes, ou leurs descendants, qui y vivent, sont des colons. La création d'Israël est, pour nous, une dépossession illégitime qui a débuté en 1948."

Voir l'extrême violence anti-israélienne des posters du Zan Studio ici et ici.

- La Cambre s'est investie dans le festival Masarat Palestine en 2008 organisé à l'initiative de la Communauté française de Belgique (Wallonie-Bruxelles, la Communauté flamande ne s'y étant pas associée) : Asseoir l'Espoir et workshop isacf, La Cambre / Birzeit university / Riwaq (B – Pal) – Architecture.

- Extrait de l'allocution "Mots de Rentrée" de Caroline Mierop, directrice de La Cambre, le 26 septembre 2008 - en présence de Madame Leïla Shahid:

"(...) Nous avons le projet, avec l’INSAS, d’établir un lien pédagogique durable avec une nouvelle école d’arts décoratifs et d’audiovisuel, le Dar Al Kalima Collège de Bethlehem. Si ce projet aboutit (en d’autres termes, si nous en obtenons le financement), il emmènera plusieurs professeurs de La Cambre et de l’INSAS pour des séjours d’enseignement là-bas. Je vous en reparlerai très bientôt.

Il y a une deuxième raison pour laquelle j’ai souhaité, chère Leila, vous donner la parole, et c’est une raison beaucoup plus personnelle. C’est que j’ai eu la chance d’aller en Palestine en mai dernier, que ce voyage n’a évidemment pas été indifférent et, surtout, qu’il a été pour moi un moment de surprise, de profonde surprise –surprise à toute une série de niveaux parce qu’en effet il y a une différence entre ce que l’on croit savoir, ce que l’on croit trouver, et ce que l’on voit vraiment, ce que l’on comprend, autrement, par l’intérieur en quelque sorte.

Cette surprise, j’ai voulu vous la faire partager dans ce qu’elle avait eu de plus fort pour moi : ce sont les gens qui m’ont le plus surprise, ceux que j’ai rencontrés, nombreux, des artistes pour l’essentiel mais pas seulement. Des gens étonnamment doux, souvent drôles, mais avec cette force, malgré la guerre (malgré l’occupation), malgré toutes les difficultés, malgré l’enfermement, malgré les frustrations, les humiliations, malgré toutes les histoires personnelles, d’être totalement, et simplement, des artistes, des architectes, des écrivains, des graphistes, des curateurs, des professeurs, des étudiants, … imprégnés par leurs sujets, engagés dans leurs études, animés par leurs projets, comme vous, comme moi, comme ici, comme si de rien n’était …

C’est de cela que Leila Shahid témoignera mieux que moi …".

- L'exception culturelle israélienne..., CCOJB
- On ne boycotte pas le patrimoine mondial de l’humanité, CCLJ
- Belgique: boycott de l'expo "Tel Aviv - La Ville Blanche"

jeudi 5 février 2009

L'antisémitisme sans complexe de la télévision publique flamande, Jean Quatremer

"Plus curieux : ces dérapages à répétition se déroulent dans une large indifférence …"

"La VRT, la télévision publique flamande, enfonce le clou de l'antisémitisme primaire au nom de "l'humour". En trois mois, c'est le cinquième dérapage antisémite de cette télévision qui refuse obstinément de présenter ses excuses et qui trouve intelligent d’en rajouter chaque fois un peu plus. Plus curieux : ces dérapages à répétition se déroulent dans une large indifférence …

Pour comprendre le petit sketch ci-dessous, diffusé le 30 janvier dans l’émission d’humour "Man Bijt Hond", il faut le mettre en situation. Tout part d’une réaction de Bert Anciaux, ministre flamand de la culture et de la jeunesse, un socialiste du SPA, mais tendance flamingante, qui, sur son blog, le 23 janvier, fait une comparaison osée entre la tuerie de la crèche de Termonde, en Flandre, où un psychopathe a tué et blessé plusieurs bébés et un adulte, et la guerre de Gaza : "il s’agit de 15 victimes, dont 14 petits enfants. Cela nous choque tous. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux centaines d’enfants morts dans la bande de Gaza, tués volontairement par un agresseur qui, lui, n’a pas été puni". On ne voit pas bien le rapport entre ces deux faits, même si l’on devine l’intention consciente ou inconsciente de ce responsable politique flamand. Le 28 janvier, l’ambassade d’Israël en Belgique proteste officiellement. Le gouvernement fédéral belge, par la voix de son ministre des affaires étrangères, Karel de Gucht (libéral flamand), prend immédiatement ses distances avec les propos d’Anciaux, tout comme le SPA. Et voici donc le fameux sketch:
La télévision publique flamande à propos de la "susceptibilité" des Juifs

On voit le glissement : d’Israël, qui a protesté, on passe aux Juifs en général. Les Juifs qui, dans ce film, sont identifiés à tous les clichés antisémites dignes de l’avant-guerre.

Pour l’instant, seul le député Open VLD (libéral flamand) Claude Marinower a réagi, sauvant ainsi l’honneur de la Flandre : "cinq incidents en trois mois. Comment est-ce possible ? C’est comme si tous les freins étaient lâchés. Chaque fois, on pense que le niveau le plus bas a été atteint, mais à chaque fois le pire est encore à venir. Si vous ne savez pas que cela a été diffusé sur la VRT vous pourriez penser que c’est la signature d’un journal négationniste. Je me demande si cela pourrait se produire sur une autre émission publique en Europe. Personne ne se rend vraiment compte aujourd’hui à la VRT que les normes les plus élémentaires ont ici été franchies?". Excellente question.

Marcel Sel, grand contributeur multilingue de ce blog, m'a fait parvenir une traduction complète de l'interview qu'Alex Agnew, un comique de gauche célèbre au nord du pays, a donné, en février, 2008 au magazine populaire flamand de télévision "P-Magazine"*. C'est à la suite de cet entretien, qui a suscité la colère de la communauté juive de Belgique, que Philippe Geubels a commis le sketch diffusé trois fois sur la VRT le 1er janvier et donc j'ai déjà parlé sur ce blog.

"L’existence d’Israël me prend la tête. Sous prétexte que les Juifs ont lu dans leur livre que le pays du lait et du miel se trouve par hasard quelque part sur la Méditerrannée, les Palestiniens qui y habitaient depuis déjà des millénaires, ont dû faire leur paquetage et dégager. Pourquoi Israël n’est-elle jamais jugée (critiquée) pour les crimes qu’elle commet ? Apparemment, elle peut tout se permettre. Ce pays mène un quasi-nettoyage ethnique sur le Palestiniens, mais personne ne dit : "ce n’est pas très chouette de la part de nos amis Juifs".

Vous rappellez-vous cette querelle sur les excuses anversoises à la communauté juive pour ce qui est arrivé pendant la Deuxième guerre mondiale ? Voilà bien une attitude typique pour un populiste comme Patrick Janssens, de présenter ses excuses à des gens qui sont depuis longtemps dans la tombe au nom de gens qui sont aussi déjà dans la tombe. Pour qui ça se prend ? Le président des Etats-Unis? O.K. Bart De Wever (le leader de la NVA, parti indépendantiste) est un con, mais dans cette affaire, j’ai eu de la sympathie pour lui. Enfin quelqu’un qui a le courage de mettre des points d’interrogation autour des incessantes excuses faites aux Juifs. Où restent les excuses pour la Palestine ? Et pourquoi devons-nous continuer à demander pardon aux juifs pour le fait qu’ils se sont laissés massacrer dans des camps de concentration, au lieu de mourir l’arme à la main comme mon arrière-grand-père ? [qui était un soldat anglais ndt] Je sais bien que ces gens ont enduré beaucoup de choses dans l’histoire. Mais j’habite un quartier de juifs hassidiques à Berchem. Et je me dis parfois : "si ceux-ci se sont toujours comportés comme ils se comportent aujourd’hui envers nous, je ne suis pas étonné qu’on se soit dit un certain nombre de fois dans l’histoire : allez, on va d’abord massacrer ceux-là, et on s’occupera des autres après.

Quand je dis bonjour à un juif dans la rue, il fait comme si je n’existe pas. Pour eux, je ne suis qu’une petite merde mécréante. Et quand je les touche par accident, ils doivent aller se laver parce qu’ils sont entrés en contact avec une personne impure. Si je devais vivre selon de tels principes, et porter un casque et un uniforme, on me traiterait de nazi. Ils appliquent le principe des über- et untermensch avec la même rigueur que celle de leurs pires ennemis [les nazis] envers eux.

Les Juifs sont d’ailleurs aussi les seuls qui ont obtenu une exception à la liberté de parole. On peut tout dire, sauf que l’Holocauste est une fable. Désolé, mais ça, je ne marche pas. Ceux qui prétendent que ce n’est pas arrivé sont des mongoliens de la pire espèce, mais ils ont le droit de le dire, je trouve. Dans une démocratie, on ne brocarde quand même pas quelqu’un parce qu’il a une opinion?"

Du bon gros antisémitisme, sans fausse pudeur, qui aurait valu à son auteur une belle condamnation pénale et une mise à l'écard dans n'importe quelle démocratie qui se respecte. Pas en Flandre.

PS: j'avais cité dans la première version de mon post une réaction de Kris Peeters, le ministre président de Flandre, provenant du site du Standaard, ici*. En fait, il s'agit de réactions d'internautes et le Kris Peeters en question n'a rien à voir avec le ministre président flamand. Toutes mes excuses aux lecteurs."

Source: texte de Jean Quatremer repris du site Coulisses de Bruxelles, Libération

*Sur "P-Magazine", lire: Pourquoi continuer à demander pardon aux Juifs?, Alex Agnew

- Quand l'antisémitisme fait rire la télévision publique flamande, Jean Quatremer
- La VRT présente une version humoristique de la Shoah, Denis Ducarme
- Humour: des provocations antisémites à la radio belge déclenchent l'hilarité du public

* Le commentaire du lecteur du Standaard : "que les Juifs soient un peut plus sensibles que d’autres, vu leur histoire, je peux parfaitement le comprendre. Mais au vu de cette même histoire, je ne comprends pas du tout que les Juifs ne soient pas plus sensibles vis-à-vis des méthodes qu’ils emploient pour régler leur problème avec les Palestiniens. Et s’ils utilisaient leur susceptibilité pour se grandir et en passer aux pourparlers, comme des adultes le feraient ?"

mercredi 4 février 2009

Belgique: boycott de l'expo "Tel Aviv - La Ville Blanche"

Pour la première fois en Europe ... Ce boycott culturel d'Israël a lieu à Bruxelles, la capitale de l'Union européenne.

Site de l'exposition Tel Aviv White City

"Une telle attitude est en fait symptomatique d’une manière parfaitement déraisonnable de disqualifier, y compris dans le domaine de la culture, tout ce qui a trait, en particulier, à Israël. Une réaction aussi incohérente et brutale est inédite. S’agit-il de motifs politiques ? Nous ne nous souvenons pas, et nous nous en réjouissons, que des expositions consacrées à des artistes russes n’aient jamais été annulées pour protester contre la violence en Tchétchénie, comme d’ailleurs en cas d’expos sur des artistes du Congo, Soudan, Sri Lanka, Myanmar, Haïti, ou Cuba malgré la répression des dissidents, sans parler de la Chine. Y a-t-il un traitement d’exception pour Israël et les artistes israéliens ?"

Article de Guy Duplat repris de site de La Libre Belgique

"Expo suspendue : un boycott d’Israël ?

Une expo à Bruxelles par le Civa et La Cambre, sur l’architecture moderniste à Tel Aviv, annulée pour des raisons politiques. Le débat est lancé.

Le conflit israélo-palestinien s’invite dans la politique culturelle belge. Le 20 février prochain, le Civa et la Cambre architecture devaient inaugurer une expo patronnée par l’Unesco aidée par le ministère israélien des affaires étrangères, et présenté déjà aux Etats-Unis, au Havre et à Vienne, consacrée à l’architecture moderniste construite pendant les années 30 à Tel Aviv, sous mandat britannique, et classée comme patrimoine de l’humanité. Le Civa avait déjà publié un ouvrage sur ce sujet. La première femme architecte belge, Xenia Averbouch, participa à ces travaux à Tel Aviv.

Mais les autorités de la Cambre architecture, qui devait co-organiser l’expo dans l’espace qui jouxte l’école à la place Flagey, retirait ses billes. Patrick Burniat, au nom de l’ISACF-La Cambre, écrivait : "Etant donné les circonstances actuelles du conflit israélo-palestinien, La Cambre Architecture ne souhaite pas s’associer à cette manifestation de quelque manière que ce soit." La Cambre demandait au Civa de réfléchir "au maintien de cette manifestation et de la différer dans le temps dans la mesure où il ne nous semble pas acceptable éthiquement de mettre en valeur l’architecture d’un pays qui, dans le même temps, s’emploie à détruire systématiquement l’infrastructure matérielle d’un voisin, sans parler évidemment des victimes civiles. Il y aurait beaucoup de cynisme à maintenir cette exposition, d’autant que cette manifestation se fait avec l’appui des autorités qui mènent cette politique, laquelle rencontre l’opprobre de la communauté internationale". (...)

A coté de "la sérénité qui manquait", certains parlent aussi de la sécurité qui n’était pas garantie dans un lieu avec une façade totalement vitrée.* (...)

Cette décision a suscité une "carte blanche" signée pas seulement par des membres de la communauté juive. "Comment ces responsables institutionnels peuvent-ils céder à la confusion entre une œuvre, celle des bâtisseurs de la Ville Blanche au siècle passé, et une politique, celle de l’actuel gouvernement de l’Etat d’Israël ? Une telle attitude est en fait symptomatique d’une manière parfaitement déraisonnable de disqualifier, y compris dans le domaine de la culture, tout ce qui a trait, en particulier, à Israël. Une réaction aussi incohérente et brutale est inédite. S’agit-il de motifs politiques ? Nous ne nous souvenons pas, et nous nous en réjouissons, que des expositions consacrées à des artistes russes n’aient jamais été annulées pour protester contre la violence en Tchétchénie, comme d’ailleurs en cas d’expos sur des artistes du Congo, Soudan, Sri Lanka, Myanmar, Haïti, ou Cuba malgré la répression des dissidents, sans parler de la Chine. Y a-t-il un traitement d’exception pour Israël et les artistes israéliens ?"

Le débat culture et politique est posé. Les responsables d’institutions peuvent-ils/doivent-ils rester "neutres" devant les événements à Gaza (La Cambre est très impliquée dans des accords de collaboration avec l’université Bir Zeit palestinienne) ? Mais s’ils réagissent, alors quid de l’expo qui a eu lieu au Civa sur les architectes de Shanghai, montrée en pleine répression au Tibet ? Quid du prochain Europalia Chine ? Peut-on séparer culture et politique ? Et si non, jusqu’où aller ? Jusqu’au boycott ?"

* Lors de la manifestation anti-israélienne qui a eu lieu à Bruxelles le 11 janvier [Nazification d'Israël et déferlement antisémite dans les rues de Bruxelles], outre d'autres actes de vandalisme et destruction, un bâtiment de la Communauté flamande dont la façade est également vitrée a été saccagé - les dégâts pour ce seul bâtiment s'élèvent à environ 150.000 €.

International style (architecture) - Tel Aviv

- Appel au boycott israélien à l'Espace Wallonie-Bruxelles de Paris
- "La Wallonie soutient un projet appelant à la destruction d'Israël", Joods Actueel
- Flamands=Israéliens, Wallons=Palestiniens, et autres délires de la propagande palestinienne, Menahem Macina

François Léotard: "J’ai toujours été aux côtés d’Israël dans les situations de crise grave"

" J’ai toujours été aux côtés d’Israël dans les situations de crise grave, depuis plusieurs dizaines d’années déjà. Parce que j’ai toujours pensé que ceux qui voulaient la suppression de l’Etat d’Israël étaient dans une logique politique et historique négationniste. (...) c’est le refus d’accorder à une partie de l’humanité d’avoir un Etat. Et cette partie de l’humanité est culturellement pour moi, qui suis d’origine chrétienne, très précieuse. Mon sentiment est qu’en voulant refuser aux Juifs du monde entier d’avoir un Etat, alors que ce schéma - classique - avait été celui du XIXème siècle pour tous les peuples, on refusait au-delà de cet Etat, la culture juive. Et cette négation m’a toujours choqué, parce que je considère que nous sommes aussi issus de cette culture juive."

Entretien repris du site de Primo

"François Léotard, bonjour. Vous participez à un voyage de solidarité avec les populations civiles d’Israël touchées par les roquettes et missiles du Hamas. Pouvez-vous expliquer les raisons pour lesquelles vous avez tenu à participer à ce voyage.

François Léotard : J’ai toujours été aux côtés d’Israël dans les situations de crise grave, depuis plusieurs dizaines d’années déjà. Parce que j’ai toujours pensé que ceux qui voulaient la suppression de l’Etat d’Israël étaient dans une logique politique et historique négationniste.

… Négationniste ?

FL : Oui, c’est le refus d’accorder à une partie de l’humanité d’avoir un Etat. Et cette partie de l’humanité est culturellement pour moi, qui suis d’origine chrétienne, très précieuse. Mon sentiment est qu’en voulant refuser aux Juifs du monde entier d’avoir un Etat, alors que ce schéma - classique - avait été celui du XIXème siècle pour tous les peuples, on refusait au-delà de cet Etat, la culture juive.

Et cette négation m’a toujours choqué, parce que je considère que nous sommes aussi issus de cette culture juive ...

Ne reconnaissez-vous pas aussi la nécessité d’un Etat arabe palestinien ?

FL : Je l’ai toujours dit, je crois qu’il faut un Etat palestinien. Mais qui ne soit pas fondé sur le fanatisme, la violence et la haine. Or, malheureusement, c’est ce que représente aujourd’hui un mouvement comme le Hamas. Au travers du mot "terrorisme" il y a tout cela : la haine, la violence, la négation de l’autre et ça je ne peux pas l’accepter.

Parlons de ce qui se passe à Gaza. Le mot qui revient le plus souvent au sein de la communauté internationale est "disproportion" pour qualifier l’attaque d’Israël contre le Hamas, en particulier à cause des victimes civiles. Quelle est votre position à ce sujet ?

FL : Ma position est celle d’un ancien ministre qui a eu la responsabilité, quand j’étais ministre de la Défense, de protéger le territoire français, la nation française , les intérêts français … Et je sais que j’aurais réagi de la même manière … En d’autres termes, s’il y avait eu – c’est juste une image naturellement - des actions de ce type à partir de l’Allemagne sur Strasbourg ou de l’Espagne sur Perpignan, j’aurais répondu, et j’espère que l’on m’aurait suivi, avec la même force et la même volonté de détruire ceux qui voulaient nous détruire.

Un Etat a le droit de se défendre, il a la légitimité pour cela et s’il ne fait pas, il n’est pas digne de s’appeler un Etat.

Même si c’est "disproportionné" ?

FL : Ce mot est tout de même étrange. "Je te démolis une école et en contrepartie j’accepte que tu me démolisses une école ?", "Je tue 25 de tes enfants et j’accepterai que tu en tues 25 des miens ?" C’est ridicule et c’est grotesque ! Je ne crois pas qu’il faille parler de proportion quand on a en face de soi une organisation terroriste. C’est une question de droit, de justice et non pas de proportion. Cette question relève de la légitimité de l’Etat.

On pourrait appliquer la phrase d’André Malraux à chacun des soldats israéliens : "J’ai fait la guerre sans l’aimer." Je ne connais pas un seul de ces jeunes soldats, un seul de ces officiers qui aime ça. Simplement, ils le font pour défendre leur pays, ils le font parce qu’ils ont été attaqués, ils le font pour se défendre : qui a lancé des roquettes sur les populations civiles ? 7.500 roquettes sur la seule ville de Sdérot durant 8 années !

La disproportion ne viendrait-elle pas du nombre de victimes enregistrées de chaque côté ?

FL : On nous dit qu’il n’y a eu "que" 10 morts à Sdérot. Faudrait-il qu’il y en ait 750 pour qu’il y ait équilibre ? Cette comparaison est affreuse et n’a pas de sens.

Je crois que la réponse de l’armée israélienne est proportionnée au fait que c’est un Etat démocratique, qui essaie de respecter au maximum les droits humains. De l’autre côté, en revanche, quand on met des enfants dans une école en pensant que les soldats israéliens ne vont pas tirer parce qu’ils n’ont pas été formés à cela, j’appelle cela de la lâcheté.

L’information sur le Proche-Orient vous paraît-elle équilibrée, en particulier de la part des media en France ?

FL : Je ne crois pas. Ce qui me frappe le plus, c’est qu’Israël est le pays au monde où il y a le plus de journalistes au m2** ! Et malgré ça, vous avez en permanence une attitude médiatique - il y a des exceptions naturellement - qui postule une condamnation préalable de l’Etat hébreu. J’ai du mal à comprendre.

Comment l’expliquez-vous ?

FL : Je ne peux imaginer une explication qu’à travers une incompréhension profonde du sionisme qui a pour corollaire le fait que les Juifs du monde ont le droit d’avoir leur Etat s’ils le souhaitent. Incompréhension de la protection d’une culture qui n’est pas seulement importante pour les Juifs du monde mais pour l’humanité toute entière. Accepterait-on qu’on décide tout d’un coup, par une espèce de caprice, de supprimer une culture africaine, d’une culture en Asie ? La culture juive est un élément essentiel de la culture du monde.

Pour quelles raisons voudrait-on qu’elle cesse d’exister ? Et elle peut exister, non seulement à partir des communautés de la diaspora, mais aussi à partir d’un Etat qui la défende, qui la fasse rayonner.

Je ne parle même pas d’antisémitisme, ça existe malheureusement, je parle de la méconnaissance profonde de la culture juive, de l’histoire du peuple juif et cette méconnaissance est porteuse de toutes sortes d’erreurs de jugements

Que pensez-vous de la gestion par les media des derniers évènements à Gaza ?

FL : L’information ce n’est pas de l’émotion. L’information, c’est relater les faits. Et je voudrais poser des questions à chacun des journalistes qui s‘exprime sur ce sujet : "quelles sont vos sources ? Vous êtes-vous rendus sur place ? Est-ce que vous avez entendu les deux parties en présence ?" Beaucoup de journalistes ne font que se répéter les uns les autres .

Une dernière question, peut-être la plus difficile. Quelles sont les chances de la paix dans cette région du monde ?

FL : La première des chances ne peut pas reposer sur la faiblesse de l’Etat d’Israël. Je n’ai jamais pensé que la paix puisse reposer sur la faiblesse. Et nous Français, nous devrions le comprendre. Nous sommes un pays, grâce à l’action du Général de Gaulle, grâce à l’action de la Résistance, qui a su, à un moment donné de son histoire, ce qu’était l’utilisation de la violence contre une violence qui était encore plus inhumaine. La chance de la paix repose donc sur un Etat fort qui sait ce qu’il veut.

Quid de la création d’un Etat palestinien ?

FL : Personne aujourd’hui en Israël - ou très peu de gens - nie la nécessité de l’existence d’un Etat palestinien. Cela suppose d’abord un respect commun, une connaissance commune des valeurs des uns et des autres.

Aujourd’hui, d’un côté on enseigne la haine du voisin, (lisez les manuels scolaires d’histoire palestiniens, vous verrez !) et de l’autre côté - c’est toute l’histoire de la culture juive - on enseigne la tolérance, le questionnement. Il faut essayer de mesurer tout cela …

Et le terrorisme ?

FL : A partir du moment où on a éradiqué la violence terroriste, alors tout peut se faire… Si demain matin, le Hamas dit "j’arrête de lancer des roquettes et des missiles", immédiatement les soldats de Tsahal se retireront, c’est évident …

Voilà un pays, excusez moi de le rappeler, qui quitte le Sinaï, qui quitte le Sud Liban, qui quitte la bande de Gaza, à chaque fois volontairement, qui envisage de quitter le Golan et dont on dit de lui que c’est un Etat impérialiste, totalitaire, sûr de lui et dominateur ! Je vous laisse juge de ces commentaires …

François Léotard, merci de m’avoir accordé cet entretien."

© Primo, Entretien réalisé le 13 janvier 2009 à Sdérot par James Nataf pour Primo
*Député du Var et maire de Fréjus pendant près de vingt ans, il a été deux fois ministre, et président du Parti républicain, puis de l'UDF, en succession de Valéry Giscard d'Estaing en 1996.


[Note ajoutée par P. ** A l'occasion du désengagement par Israël de Gaza en 2005, l'Irlandais Justin Kilcullen se flattait que plus de que 3.000 journalistes étaient attendus (Gaza strip: An open air prison ?). Justin Kilcullen est le président de Trócaire, l’agence catholique pour le développement mondial en Irlande (régulièrement épinglée par NGO Monitor pour ses positions très anti-israéliennes), et également le président de CONCORD, la très puissante Confédération européenne des ONG d’urgence et de développement (avec ses 18 réseaux d’ONG internationales et 19 fédérations nationales représentent plus de 1200 ONG européennes auprès de l’Union européenne).]

mardi 3 février 2009

Bruxelles: rétrospective de Robert Capa

Au Musée Juif de Belgique à Bruxelles jusqu'au 19 avril 2009

"Le 3 décembre 1938, Picture Post présenta un reportage du "plus grand photographe de guerre du monde : Robert Capa" [photo à gauche, dans un café à Paris, 1951, Photo Courtesy © Ruth Orkin], avec 26 images prises lors de la bataille d’Ebro, pendant la guerre civile en Espagne. Le plus grand photographe de guerre du monde détestait la guerre.

Il était Juif, originaire de Budapest, se nommait Endre Friedmann et avait étudié les sciences politiques à la Deutsche Hochschule für Politik à Berlin. Il avait réalisé ses premières photographies professionnelles au cours du meeting de Léon Trotski, en 1931, à Copenhague.

En 1933, il s’installa à Paris et rencontra la photographe Gerda Pohorylle, dont il tomba éperdument amoureux. Le couple s’inventa un destin pour faire face à la misère : Endre Friedmann devint Robert Capa et Gerda Pohorylle devint Gerda Taro. La jeune femme entretint habilement le mystère auprès des rédactions qui achetèrent les clichés de cet américain inconnu et doué. La légende était née, le talent fit le reste. Les journaux ne cessèrent de publier les œuvres de Capa.

Il se lia d’amitié avec de nombreux artistes et photographes comme Picasso, Hemingway, David Seymour ou Henri Cartier-Bresson. Les reportages de Capa sur la guerre civile espagnole furent publiés régulièrement dans Vu, Regards, Weekly Illustrated, et Life. Sa photographie intitulée Mort d’un soldat républicain, lui valut une réputation internationale et devint un symbole puissant de la guerre. En Espagne, Capa tourna également des films destinés aux nouvelles pour March of Time, le département cinématographique de Time-Life.

Après la mort de sa compagne Gerda Taro, tuée en Espagne, Capa voyagea en Chine et immigra à New York en 1939. De 1939 à 1945, il réalisa des reportages sur la Deuxième Guerre mondiale – notamment la bataille d’Angleterre, la progression des Alliés en Afrique du Nord, le débarquement en Sicile, en Italie et en Normandie, la Libération de Paris de même que la bataille des Ardennes - en tant que correspondant pour Life et Collier’s.

En 1947, il fonda Magnum Photos avec Henri Cartier-Bresson, David Seymour, George Rodger et William Vandivert. Capa se rendit également en Russie avec John Steinbeck et en Israël, de 1948 à 1950, commençant ainsi une longue série de reportages pour Holiday. Robert Capa mourut le 25 mai 1954 en Indochine, après avoir posé le pied sur une mine."

Tel-Aviv, 14 mai 1948. Le Premier Ministre David Ben Gourion lit la proclamation d’indépendance
Robert Capa © 2001, by Cornell Capa/Magnum Photos

Barcelone, Espagne, 1936. Guerre civile espagnole
Robert Capa © 2001, by Cornell Capa/Magnum Photos
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lundi 2 février 2009

Fausses notes, par Richard Zrehen

"... l’événement de l’existence politique d’Israël, corps constitué par un vote de l’ONU, excède toujours la capacité d’accueil psychique d’un Occident qui ne s’en remet pas."

"(...) Mais que des occidentaux, reprennent comme fondée cette assimilation Israéliens = Nazis, "Palestiniens" (ici de Gaza) = Juifs (sous le Nazisme) …

Et pas seulement ces nouveaux occidentaux qui jouissent des délices de la décadence et de la démocratie, de l’Etat de droit, de l’exubérance marchande et du "libre commerce des hommes et des femmes", selon l’expression d’Alain Finkielkraut ; délices qui leur permettent de mener sans trop d’inquiétude (du moins les hommes, les femmes, c’est une autre affaire) une vie divergente, soulagée du poids de leurs traditions et communautés s’ils le désirent. Il est vrai qu’ils souffrent aussi de leur condition "objective" de déclassés ou non-classés ; l’une des raisons, peut-on imaginer, pour laquelle ils se choisissent une "cause" d’envergure et consensuelle, estampillée "politiquement (c’est-à-dire moralement) correcte" susceptible de leur donner une petite figure dans le monde – et de manifester de façon perverse la force de leur désir d’intégration.

En défilant "pour l’arrêt des massacres" à Paris, Bruxelles, Milan ou Berlin sous des pancartes au contenu parfois vigoureusement antijuif [1], en redonnant expression à une passion qui s’est donné libre cours il n’y a pas si longtemps que ça sur le Vieux continent, passion structurante de son identité si l’on suit Jean-Claude Milner [2], ne revendiquent-ils pas aussi une part, certes sombre mais attestée, d’un héritage commun ?

Pas seulement ceux-là, à qui l’on pourrait trouver de pathétiques excuses, la première étant la répugnance manifeste d’Autorités – à la dédaigneuse sensibilité néo-colonialiste inversée – à les priver du secours de la loi, c’est-à-dire à les éduquer/sanctionner quand il y a lieu ! Mais aussi, mais surtout des occidentaux installés, officiels ou particuliers, Juifs et non-Juifs pareillement …

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Dans les congrès de psychanalyse courait, dans les années 1970, l’histoire (dont il n’est pas sûr qu’elle soit drôle) de ces 2 psys, qui se retrouvent dans un ascenseur qui les mène à leur salle de réunion, dans un grand hôtel de New York. En route, monte un passager qui, à la hauteur de l’avant-dernier étage, se tourne vers l’un des 2 psys et lui crache en pleine figure. Le professionnel du psychisme ne bronche pas, s’essuie et, à la question muette de son collègue visiblement étonné de cette placidité, répond : "Ce n’est pas mon problème mais le sien" …

A en juger par le pathos, par l’outrance, la véhémence parfois, de ces "assimilationnistes" d’un nouveau type, par le caractère grossièrement inapproprié avant que d’être injuste de l’assimilation en question – des tunnels à Varsovie ? Des roquettes lancées sur les troupes allemandes ? Des enfants du ghetto soignés dans des hôpitaux allemands ? –, c’est peut-être "leur" problème qui les enflamme, plus que celui qu’ils exposent, entr’aperçu au travers de la répétition, travestie/déniée, d’une bien vieille affaire de vol de légitimité : celle de l’appropriation du nom "Israël" par les premiers chrétiens, s’auto-désignant comme le Verus Israël et prétendant en déposséder les Juifs au motif que "la Prophétie" leur aurait été retirée – la destruction du 2e Temple de Jérusalem aux mains des Romains en faisant "foi" ...

Ce problème s’auto-présente, méconnu, dans cette compassion d’après-coup pour des Juifs exemplaires et morts qui, de leur temps, n’ont pas trouvé grand monde pour s’intéresser à eux : l’insupportabilité du "Juif" indépendant et souverain. L’Etat d’Israël n’est pas un Etat théocratique, la halakha [la loi juive] ne commande que ceux qui veulent bien s’y soumettre, tous les Israéliens ne sont pas des Juifs – on l’a rappelé ! – et cet Etat, qui a un drapeau, des Institutions, une armée, une langue, est bienveillant envers les Juifs… Cela suffit à le rendre odieux.

Odieux aux occidentaux, de longue date ou pas, officiels ou particuliers, Juifs (modernes, c’est-à-dire occidentalisés, ou observants ultra-traditionalistes, anti-sionistes à la Neturei Karta [3]) et non-Juifs pareillement, assez facilement réconciliés avec des Juifs morts. Mais aussi, belle rencontre, odieux aux nationalistes panarabes (c’est-à-dire islamistes, comme le Liban, par exemple, le découvre chaque jour un peu plus), qui acceptent difficilement que la souffrance des Juifs morts dans les camps soit jugée "unique" – ah ! le négationnisme panarabe… –, et souffrent de toutes leurs fibres de voir le "Juif" proche (entendre l’"Israélien", quelque éloigné de la Tradition juive soit-il) refuser, mieux, ignorer résolument son statut de dhimmi – et prospérer !

Assumer la souveraineté est devenu difficile en Occident. En témoignent par exemple, le manque de réaction de la France à l’assassinat (aux mains des services secrets syriens, dit-on) de l’ambassadeur au Liban, Louis Delamarre, en septembre 1981 à Beyrouth, l’opposition de millions d’Américains à l’intervention des Etats-Unis en Irak pour déposer Saddam Hussein, la longue indifférence des Autorités britanniques à l’égard de l’islamisme radical sur leur sol – jusqu’à certain attentat dans le métro de Londres, en juillet 2005… –, la réaction de l’électorat espagnol au lendemain de l’attentat à la gare de Madrid, en novembre 2006, etc.

Et voir un Etat de droit, occidental pour tout dire, assumer sa souveraineté, en la défendant par les armes au besoin, ne peut être qu’accusatoire en un sens pour ceux qui répugnent désormais à y recourir quand la leur est bafouée, oubliant que c’est l’ennemi qui vous choisit et non pas l’inverse – comme faisait remarquer le sulfureux Carl Schmitt ; ne peut que déranger profondément.

On peut conjecturer que c’est pour cela que les Etats-Unis d’avant le président Obama ont vu se coaliser contre eux tous les "réalistes" et autres multi-latéralistes occidentaux, menés par une diplomatie française "inspirée"… Pour cela aussi qu’Israël, bien que s’affirmant avec de plus en plus de réticence ("retenue", en langage diplomatique), à mesure que disparaissent les générations héroïques – qui n’ont pas reçu la souveraineté en héritage, mais ont dû beaucoup lutter et convaincre pour y accéder –, ne peut que rencontrer l’incrédulité, mieux le déni.

Son propos, ses protestations, la reconnaissance de ses erreurs et l’expression de ses scrupules (mais oui !) ne sont pas audibles, quoi qu’il en ait, quoi qu’il tente à grand risque – Oslo 1, Oslo 2, etc. –, et ce n’est pas seulement une question de communication ou de diapason : l’événement de l’existence politique d’Israël, corps constitué par un vote de l’ONU, excède toujours la capacité d’accueil psychique d’un Occident qui ne s’en remet pas. D’un Occident – le droit, les élections, la critique, la liberté de culte, la libre circulation des personnes et des biens, les styles de vie "alternatifs", les dérives individuelles, etc. – ne voulant, en outre, rien savoir de ce qui le menace, lui (l’Iran ? La Russie ? Al Qaïda ?), et qui non seulement espère pouvoir éloigner les périls actuels en se désolidarisant de ce "petit pays de merde", selon l’expression de Daniel Bernard (ancien ambassadeur de France au Royaume-Uni [4]), mais surtout, obscurément gêné de ce passé coupable [5] qui lui colle à la conscience, tâche de l’exorciser en le projetant avec une énergie, qui doit plus à l’irritation qu’à l’indignation exprimée, sur les "descendants des singes et des porcs" - pour boucher à tout prix ce grand trou dans "son" Réel …

"Colonialiste" et/ou "nazi" et/ou "peuple maudit", Israël sera donc toujours coupable d’origine, d’exister politiquement. Qui peut imaginer que cela relève de la discussion rationnelle ? Que des arguments vont démonter cette figure désirante dont se soutiennent non les critiques mais les accusateurs ?

Notes:

[1] Antijuif et non pas "antisémite", terme daté et prêtant à confusions intéressées, comme l’explique très bien Pierre-André Taguieff dans La judéophobie des Modernes : des Lumières au Jihad mondial, Paris, 2008, Odile Jacob.
[2] Cf. J.-C. Milner, Les penchants criminels de l'Europe démocratique, Verdier, 2003.
[3] Voir, dans le blog de l'auteur,
"A propos du Shas 1", mis en ligne le 26 octobre 2008.
[4] "A la fin d’une soirée privée, donnée en décembre 2001 par Lord Black, en l’honneur du rédacteur en chef du Spectator, M. Bernard, ami du maître de maison, aurait parlé de "‘That shitty little country Israel…", dans un échange qu’il pensait 'privé'. Lord Black, alors propriétaire du Daily Telegraph l’aurait rapporté à son épouse, la journaliste Barbara Amiel, qui en a fait état dans sa tribune du Daily Telegraph, le 19 décembre 2001…. Après coup, au nom de l’ambassade de France, M. Yves Charpentier a déclaré: "L’ambassadeur ne se souvient pas d’avoir utilisé ces mots."", Andrew Pierce, "French ambassador blurts out: "That shitty little country Israel ..."", The Times, 19 décembre 2001.
[5] Des Etats-Unis, qui n’ont voulu ni augmenter les quotas d’immigration ni bombarder les lignes de chemins de fer conduisant aux camps d’extermination, de peur d’être accusés de faire la guerre "pour le compte des Juifs", à la France zélée et inventive, qui a ajouté de son propre chef les enfants à la liste des adultes Juifs que l’Occupant leur avait demandé de rafler, en passant, entre autres, par le Royaume-Uni, qui a interdit l’entrée de la Palestine aux Juifs essayant d’échapper à l’Allemagne…"

Texte repris du blog de l'auteur
Fausses notes, © copyright 2009, Richard Zrehen

dimanche 1 février 2009

Islande: juifs pas bienvenus dans un magasin de vélos

Parmi les quelque 320.000 habitants que compte l'Islande, il y en qui ne cachent pas leur profonde antipathie envers les juifs.

C'est le cas de M. Magnús Örn Óskarsson qui ne veut pas de clients juifs dans son magasin de vélos à Reykjavik. En signe de solidarité avec le Hamas, M. Örn a affiché une pancarte avec l'inscription "Les juifs ne sont pas les bienvenus".

Son anathème aurait pu se limiter à d'éventuels clients israéliens; mais non, il a tenu à souligner que l'injonction s'adressait aux juifs, à tous les juifs. Mais cette affaire a un aspect encore plus consternant. D'après une source islandaise, le terme utilisé par le commerçant, "júðar", a une connotation négative, voire haineuse. Le terme neutre pour désigner les juifs en islandais est "gyðingar".

On ignore combien, parmi les quelques rares résidents juifs de Reykjavik, étaient clients chez M. Örn.

Sources: EJP and DV.is