mercredi 27 février 2019

Natacha Polony: "La dignité extrême dont a fait preuve Alain Finkielkraut après son agression"


Natacha Polony, directrice de la rédaction de Marianne:
"La dignité extrême dont a fait preuve Alain Finkielkraut après son agression doit rappeler une chose: les emballements médiatiques ne sont d'aucune utilité dans la lutte contre l'antisémitisme, qui réclame avant tout de la lucidité et le courage de nommer."

lundi 25 février 2019

L'Europe n’a ni les moyens ni le courage de défendre les Juifs ou d’arbitrer en leur faveur


Rédaction Infobelge: Une Europe sans Juifs

Dans «La France sans les Juifs» (PUF), Dany Trom, chercheur au CNRS, alerte sur le possible départ massif des Juifs de France face à la montée de l’insécurité à leur endroit. Toute l’Europe serait concernée.  
Dans son dernier livre, «Continent sans frontière», Theo Francken faisait un éloge appuyé aux communautés juives européenne et belge pour leur capacité extrême d’intégration qu’il semblait vouloir opposer à la composante musulmane qui demeure pour partie non-intégrée voire désintégrée.  
Dans son dernier livre également, «Immigration et intégration, Avant qu’il ne soit trop tard» (Dynamedia), le sénateur MR Alain Destexhe imagine un scénario catastrophe en 2050 dans lequel la communauté juive belge quitte intégralement notre pays en raison d'un nouvel antisémitisme, notamment d'origine arabo-musulmane. 
Plusieurs exemples historiques démontrent par l’absurde l’exemplarité de la communauté juive et son utilité dans le substrat autochtone: leur expulsion en 1492 qui va coïncider un peu plus tard au déclin de l’Espagne et la fuite massive des Juifs soviétiques lors de deux grandes vagues (1975 et 1990) correspond à un déclin économique de la Russie.  […]

L’analogie du canari (qui annonce le grisou lorsqu’il cesse de chanter dans la mine) nous porte à nous méfier des départs massifs de Juifs.  
Est-on à l’aube d'un tel phénomène aujourd'hui? Dans «La France sans les Juifs» (PUF), Dany Trom, chercheur au CNRS, alerte sur le possible départ massif des Juifs de France face à la montée de l’insécurité à leur endroit.  
Certes, ils n’étaient «que» 3.000 en 2017 contre 8.000 en 2015 à quitter l’Hexagone. Mais pour le Pr Trom, cela ne trompe pas: depuis 2001 environ, l’émigration ne tarit pas. Pour l’auteur, l’antisémitisme d’extrême droite et de gauche s’exprime de plus en plus librement «et a des prolongements savants à l’université».  [Marc Knobel : "L’Europe va se vider de ses juifs. En France, 60 000 sont partis en dix ans"]
La gauche, surtout, orpheline de la classe ouvrière qui vote désormais pour l’extrême droite, s’appuie de plus en plus sur l’immigration. Les immigrés, surtout musulmans et noirs, estiment que le drame vécu par les Juifs en 40-45 cache les crimes de l’esclavage et de la colonisation. Il y aurait deux poids deux mesures au profit des Juifs qui y gagneraient reconnaissance et influence. «Ainsi se referme le piège de la concurrence victimaire», explique-t-il au Point.  
La question juive européenne est liée à l’Etat-nation Israël qui, pour Trom, est le pays qui incarne l’échec du projet d’universalisme européen.  
Variation sur la conviction d’Alain Finkielkraut pour qui il n’y a plus de places pour les Juifs dans une Europe multiculturelle, Trom rappelle que «un émigré turc en Allemagne ne se sent pas concerné par la repentance allemande face à la Shoah». «Ainsi s’efface lentement la présence juive en Europe.»  […]
En Belgique comme en France, les lieux cultuels et culturels juifs sont protégés par l’armée.  
Mais l’Europe n’a ni les moyens ni le courage de défendre réellement les Juifs ou d’arbitrer en leur faveur, souligne Trom. Or, malgré l’islamophobie, aucun Algérien ou Marocain vivant en France n’est rentré au pays «alors que des juifs quittent la France parce qu'ils se sentent en insécurité». 
Le rapport Juifs/musulmans en France est d’environ un à dix (600.000 contre 7 millions). Dans notre pays aussi, entre 700.000 musulmans et 40.000 Juifs, les hommes politiques ont vite fait leur compte… 
En vérité, comme au début du 20e siècle où leur émigration correspondit un peu plus tard avec la Shoah, les Juifs d’Europe sont sacrifiables.
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samedi 23 février 2019

La France a enterré sa honte de l'antisémitisme (Ben Macintyre)


Ben Macintyre, auteur britannique, historien et chroniqueur pour le journal The Times:
France has buried its antisemitic shame - Decades of state denial about Holocaust collaboration have fuelled today’s incidents of neo‑Nazi thuggery

In the ragged aftermath of the Second World War, a young Jewish Frenchman named Jean-Jacques Fraenkel travelled to Nice in order to find a particular hairdresser and kill her. 
This Frenchwoman, he believed, had betrayed his mother to the Gestapo in 1943. By that time, his father had perished in Auschwitz. A year later, his mother would follow her husband to the gas chambers. 
The orphaned Fraenkel never found the treacherous coiffeuse. He was told that the Resistance had already lynched her. More likely she simply vanished, her crimes erased by a deliberate, state-sanctioned national amnesia. France did not want to remember the role its citizens had played in the Holocaust, or admit the virulent French antisemitism that underpinned it. 
“We French Jews fought two wars,” Fraenkel said a few years ago. “The first we fought alongside other French people against the Nazis, and we lost. The second, for recognition of what was done to us by our own countrymen, we are still fighting.” […] 
Today’s French antisemites are different in style from their forebears. There is an extreme Islamism that informs much of today’s anti-Jewish prejudice. The swastika-painters have not read a word of Faurisson. They do not know or care that they are the cultural heirs of the people who turned in their Jewish neighbours to the Nazis, or the antisemites who hounded the Jewish army officer Alfred Dreyfus at the end of the 19th century, prompting antisemitic riots across France and Émile Zola’s famous denunciation. 
Yet the upsurge of French Jew-baiting today stands in a long and ugly tradition. The founders of the Fourth Republic had a unique opportunity to root out this canker in French life but allowed it to metastasise, leaving a diseased memory. 
Lire l'article complet @ The Times

vendredi 22 février 2019

"L’existence d’un complot sioniste à l’échelle mondiale EST une caractéristique de l’antisémitisme" (Valérie Toranian)


Valérie Toranian, journaliste, directrice de la Revue des deux Mondes :
L’existence d’un complot sioniste à l’échelle mondiale EST une caractéristique de l’antisémitisme. La théorie est née avec la publication du Protocole des Sages de Sion, un «faux» forgé par la police secrète du tsar au début du XXe siècle qui «révélait» un projet secret sioniste de domination du monde. Depuis elle n’a cessé de se diffuser. Elle séduit à l’extrême gauche comme à l’extrême droite. Elle maquille d’antisionisme, plus «présentable», une haine des Juifs, seul peuple au monde auquel on interdit d’avoir une terre. Car l’antisionisme n’est pas une critique politique. Ce n’est pas la dénonciation de telle ou telle mesure d’un gouvernement israélien. C’est un principe: Israël, foyer des Juifs depuis trois mille ans, doit disparaitre définitivement de la surface de la Terre car c’est une plaie et une humiliation pour les Palestiniens et les pays arabes.

Des Palestiniens dont la cause est devenue en trente ans une cause islamiste et non plus une lutte de libération nationale. Un djihad devant rassembler tous les musulmans du monde contre Israël, les Juifs, les États-Unis et les démocraties occidentales «islamophobes , au premier rang desquelles la France.

Ce discours est distillé en permanence dans les banlieues via les télés satellites, via les chaînes idéologiquement contrôlées par les Frères musulmans, via les prêches salafistes sur internet. + 74% d’actes antisémites en France en 2018. On s’habitue… 
«Retourne à Tel Aviv», «On est le peuple et on est chez nous», «Dieu te punira», a hurlé le forcené «gilet jaune» à la tête d’Alain Finkielkraut le 16 février. L’homme connu des services de police appartient à la mouvance islamiste salafiste. Ce que laissait suggérer son «Dieu te punira», qui ne fait pas partie du champ sémantique des identitaires ou de l’extrême droite. 
De quoi ce «chez nous» est-il le nom? D’une terre pure délivrée des Juifs, comme la Seine Saint-Denis, désormais «Judenraus», et dont les habitants juifs ont opté pour l’alya intérieure c’est-à-dire un déménagement dans un autre département  De quel «peuple» parle-t-il? Un peuple fétichisé, ayant tous les droits, toutes les excuses et toutes les audaces puisqu’il est le peuple et qu’il a forcément raison? Un peuple qui s’acharne sur un juif imaginaire, bouc émissaire de tous les problèmes? À moins qu’il n’ait en tête le peuple de l’islam? Car s’il est salafiste, il souscrit à l’idée du djihad permanent, de la conquête voulue par le prophète des terres des mécréants et de leur soumission, tôt ou tard, à la loi islamique? De quel délire relèvent ses propos?
Lire l'article complet @ Revue des Deux Mondes

mercredi 20 février 2019

Pas de thème d’un "complot islamiste mondial " mais bien celui du "complot sioniste à l’échelle mondiale" chez certains gilets jaunes


Pierre-André Taguieff*, philosophe et historien des idées:
Début février 2019, on pouvait lire cette inscription sur la façade d’une banque parisienne aux vitres brisées au cours d’une manifestation des «gilets jaunes» : «Talmudistes, rendez-nous nos euros!». Ce graffiti condense deux stéréotypes antijuifs bien connu : celui du «Juif talmudiste» et celui du «Juif usurier». Les Juifs sont ainsi accusés, d’une part, de suivre les préceptes «secrets» du Talmud afin de dominer le monde, et, d’autre part, d’être des spéculateurs et des spoliateurs. Dans le code culturel du vieil antisémitisme, cela donnait la figure du Juif «parasite social» et celle du Juif «prédateur». Ces thèmes d’accusation sont aujourd’hui largement diffusés sur Internet par des sites spécialisés, comme celui d’Alain Soral, et circulent sur les réseaux sociaux. […]

Dans l’enquête réalisée par l’Ifop en septembre 2014, 16% des répondants se rangeaient à la thèse de Dieudonné sur l’existence d’un «complot sioniste à l’échelle mondiale», ce qui constitue le noyau dur de la mythologie «antisioniste». Dans l’enquête de décembre 2018, ils sont 22% à approuver ladite thèse, mais 44% chez les « gilets jaunes », ce qui est très inquiétant, mais pas totalement surprenant. 
Il faut souligner enfin le fait que, dans les marges de la mobilisation des «gilets jaunes», on trouve des traces de judéophobie et non pas de racisme en général, visant les Noirs ou les Maghrébins, par exemple, ou globalement les immigrés d’origine extra-européenne. Le thème d’un « complot islamiste mondial » n’est pas non plus repérable. Indice que, dans l’imaginaire des manifestants, l’ennemi principal est bien le pouvoir incarné par Emmanuel Macron, dont l’apparence comme la personnalité supposée sont devenues objets d’une haine «dégagiste» («Macron démission!»). C’est là une question sur laquelle il faudra revenir.
Lire l'analyse complète de "la récente enquête de l'ifop pour la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch sur le rapport des "gilets jaunes" aux théories du complot" @ Revue des Deux Mondes.

mardi 19 février 2019

Karl Lagerfeld: "On ne peut pas tuer des millions de juifs pour faire venir des millions de leurs pires ennemis après"

Hommage à Karl Lagerfeld mort aujourd'hui à Neuilly-sur-Seine.



Karl Lagerfeld, directeur artistique de Chanel, grand couturier, photographe, réalisateur et éditeur allemand (2017):
"On ne peut pas tuer des millions de juifs pour faire venir des millions de leurs pires ennemis après."

"Je connais quelqu'un en Allemagne qui a pris un jeune Syrien, qui parlait un peu anglais. Au bout de quatre jours, vous savez ce qu'il a dit à la dame? 'La meilleure invention de l'Allemagne, c'est l'holocauste'. Il était dans la rue la minute qui suit, je vous le dis tout de suite."
Source: Atlantico

lundi 18 février 2019

"L’antisémitisme est la radicalité de la haine, c’est pourquoi il ne meurt jamais" (Robert Redeker)


Robert Redeker, agrégé de philosophie:
Si les forces de l’ordre, présentes, ne s’étaient interposées, il semble presque certain que le philosophe aurait été physiquement agressé… 
Ces agresseurs s’avançaient sur le chemin du lynchage. Les auteurs de ces insultes et de ces menaces ont donné à voir l’essence de la haine, avec son visage terrifiant. Ils auraient laissé Finkielkraut pour mort sur le pavé s’il n’y avait eu des témoins. L’antisémitisme est la figure pure, abstraite, métaphysique, de la haine. Il est la radicalité de la haine. C’est pourquoi il ne meurt jamais.
propos recueillis par Gilles Perrault

Lire l'article complet @ Le Figaro