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vendredi 23 février 2018

Jean-Claude Milner: "Le programme hitlérien concernait les ashkénazes, les séfarades étaient confiés au grand mufti de Jérusalem"


Jean-Claude Milner, linguiste, philosophe et essayiste:
"Le programme hitlérien concernait les ashkénazes. Pour autant que je puisse voir, les séfarades étaient confiés au grand mufti de Jérusalem; c’est à lui ou à ses semblables qu’il serait revenu de régler le problème s’il y avait eu victoire. Comment cela se serait passé, personne ne peut le savoir, mais en tout cas le souci immédiat de purification de l’Europe, ça concernait les ashkénazes.  
Et ça les concernait (comme Freud le dit quelque part) non pas en tant qu’ils étaient très différents des Européens, mais en tant qu’ils n’étaient pas très différents. Le point crucial, si j’ose dire, c’était justement qu’ils étaient si peu distinguables. Et cela, grâce aux Lumières. En fait, le programme nazi n’a rien à faire du shtetl. Son ennemi principal, c’est en vérité le juif des Lumières, parce qu’on ne le reconnaît pas, parce qu’on pourrait ne pas le reconnaître. C’est justement en ce point du peu de différence, du trop peu de différence, qu’intervient le racial. La race permet de faire passer le tranchant d’une séparation essentielle entre des êtres qui se ressemblent absolument. Plus les Lumières accomplissaient leur programme, plus on eut recours à l’en-deçà des Lumières, au plus obscur du somatique. Le discours racial est l’ombre noire que projette l’assimilation et qui la suit, d’autant plus nettement dessinée que la lumière est plus vive."
Passages, 1er trimestre 2004, par Cyril Veken, Marc Darmon et Jean-Jacques Tyszler - L’Europe est-elle antisémite?

Lire également:
Jean-Claude Milner: "La question juive se rouvre à l’échelle de l’Europe entière"

jeudi 22 février 2018

Réaction de Simon Leys à l'assassinat d'Ilan Halimi

Alexandre Devecchio, journaliste pour Le Figaro:
Ils sont tous soudés par l'obsession morbide du tout, tout de suite », écrivait Morgan Sportès à propos du « gang des barbares » dans son livre consacré à l'affaire Ilan Halimi
Après la lecture de cette oeuvre, Simon Leys, qui fut l'un des premiers intellectuels à dénoncer la Révolution culturelle chinoise, «Existe-t-il encore une civilisation européenne?»  
Bendaoud est le visage de la désintégration de certaines banlieues. Le pantin déculturé de l'ère du vide."
Lire l'article complet @ Le Figaro

Lire également:
L'exode des juifs de banlieue qui "craignent désormais pour leur vie" (Alexandre Devecchio)

mercredi 21 février 2018

Alain Destexhe: "Modérés" ou "conservateurs", seule la rhétorique change dans la politique iranienne vis-à-vis de Jérusalem

Alain Destexhe, sénateur et député bruxellois:
Après des années de tensions, jamais Israël et l’Iran n’ont été si proches d’une confrontation directe. Le régime iranien constitue désormais la principale menace pour Israël, avec lequel il n’a pourtant pas de frontières, mais dont il a juré la destruction. Outre la perspective que les ayatollahs se dotent un jour de l’arme nucléaire, des missiles balistiques classiques peuvent peut-être déjà atteindre l’Etat hébreu. La quasi-victoire de Bachar el-Assad donne la possibilité à ses alliés du Hezbollah et aux milices chiites, sous tutelle iranienne, de se concentrer sur l’ennemi de toujours, le «serpent» israélien. Sur le versant syrien du Golan, une confrontation directe n’est pas exclue. Pour la première fois dans l’histoire tumultueuse d’Israël, un pays hostile a non seulement l’intention affichée de le détruire, mais est en train d’en acquérir la capacité.

Récemment, j’étais dans le nord d’Israël à la frontière libanaise. Sur place, la géographie permet de mieux comprendre les craintes de l’Etat juif. Sur la route qui longe en partie la frontière, on peut encore voir les fortins de la ligne Sykes Picot qui détermine toujours aujourd’hui la limite entre Israël et le Liban. Le contraste est grand entre les deux pays. Côté israélien, l’habitat est clairsemé, la région a été boisée et une agriculture intensive est pratiquée par endroits. Le côté libanais est beaucoup plus peuplé et dépourvu de végétation. Ce sont des maisons et de petits immeubles qui s’étendent à perte de vue, un peu partout, sans aucun plan d’aménagement. Nombre de ces édifices, dont certains sont tout proches de la zone de séparation, semblent inhabités ou en construction. Selon l’armée israélienne, beaucoup abriteraient des armes, des lance-roquettes et des missiles. Du petit kibboutz de Misgav Am situé en hauteur, on voit flotter en face au moins trois drapeaux du Hezbollah, le parti d’Allah. Des soldats observent à la jumelle et au téléobjectif le côté libanais. Un grand camp des Nations-unies, les «UN, United Nothing» comme les appelle notre guide, est aussi tout proche. Cette frontière est calme depuis 2006, mais tous nos interlocuteurs craignent un conflit cette année auquel ils se préparent. (...)

Les conflits impliquant Israël durent depuis tellement longtemps que l’Union européenne a tendance à penser que la sécurité du pays, qui bénéficie toujours d’une écrasante supériorité militaire, est garantie. Il n’en est rien. De Gaza et du Liban, le Hamas et le Hezbollah peuvent d’une heure à l’autre déclencher une pluie de missiles sur Israël, obligeant ce dernier à une forte riposte, des centaines de milliers de civils à se terrer dans des caves et déclenchant une grave crise internationale. Dans ces conditions, Israël ne peut tolérer que l’Iran, qui livre déjà des milliers de missiles au Hezbollah, construise une usine pour les fabriquer au Liban ou en Syrie, comme l’affirment les services de renseignements israéliens et, surtout, que l’ex-Perse soit capable d’ouvrir un troisième front à partir de la Syrie.

L’Europe doit cesser d’aborder l’Iran sous le seul prisme du maintien de l’accord nucléaire, que Trump menace d’ailleurs de ne plus respecter. (...)

«Modérés» ou «conservateurs», seule la rhétorique change dans la politique iranienne vis-à-vis de Jérusalem. Damas, Sanaa et Beyrouth sont déjà sous la coupe de Téhéran. L’expansionnisme perse est une réalité que le président Macron et l’Union européenne doivent reconnaître. Depuis quand un Etat qui appelle ouvertement à la disparition d’un autre et qui s’y prépare est-il traité comme un acteur normal des relations internationales? Depuis les printemps arabes et la création de l’Etat islamique, pas un pays n’a été épargné par des changements majeurs. Une nouvelle recomposition politique est en cours dans la région. Et l’Orient n’a jamais été aussi compliqué.
Lire l'article complet @ Causeur


mardi 20 février 2018

Gilles-William Goldnadel: Le Monde et "le recours au juif de l'extrême-gauche morale"

Gilles-William Goldnadel, avocat et essayiste:
"Mais c'est sans doute dans ses comparaisons oiseuses avec le nazisme que la gauche morale aura fait montre de sa bêtise la plus ignominieuse. La semaine, sur ce point, aura été fructueuse.

Zeev Sternhell, tout d'abord, dans le Monde des idées du 18 février. Pour lui, en Israël «pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts» compte tenu de l'attitude de l'État juif à l'égard tant des Palestiniens que des migrants illégaux africains. Il faut dire que l'homme et le journal sont coutumiers du fait. Avec les mêmes ingrédients: le recours au juif de l'extrême-gauche morale.

Il y a quelques années, Edgar Morin fut mobilisé pour écrire dans le Monde (du 4 juin 2002) que les Juifs prenaient plaisir à humilier les Palestiniens, et pour inventer un massacre imaginaire à Jénine dont il reconnut par la suite la fausseté. Celui-ci s'est depuis reconverti à l'écriture à quatre mains de livres harmonieux avec Tariq Ramadan.

Quant à Zeev Sternhell, c'est sa marque de fabrique obsessionnelle de voir le fascisme partout. Citons notamment Raymond Aron à propos de son livre Ni droite ni gauche. L'idéologie fasciste en France dans lequel Sternhell considérait que la quasi-totalité des idées du fascisme étaient nées dans notre pays: «Son livre est le plus totalement a-historique qui se puisse concevoir. L'auteur ne remet jamais les choses en contexte. Il donne du fascisme une définition tellement vague que l'on peut l'y rattacher à n'importe quoi» .

On pourrait évidemment rire de ces nouvelles fadaises islamo-gauchistes qu'on aurait pu croire remisées après les massacres de 2015 en France, mais je gagerais que les milieux antisionistes radicaux feront de cet article leur miel avant que d'en tirer plus tard, qui sait, un fiel criminel. 
Je laisse dans ce cas les hommes du Monde à leur conscience morale de gauche."
Lire l'article complet @ Figaro Vox

dimanche 18 février 2018

François d'Orcival: "Israël, seul point fixe dans la région, revient au centre du jeu, pour empêcher le pire"


François d'Orcival, éditorialiste et homme de presse :
La guerre va-t-elle succéder à la guerre ? La défaite militaire de l’État islamique n’est pas la paix ; elle allume de nouveaux foyers. La fuite des djihadistes signe le retour des puissances. À preuve, cet épisode qui vient de se dérouler dans le ciel israélien et pourrait être le prologue d’une nouvelle confrontation.

À l’aube du samedi 10 février, un drone iranien, copie d’un appareil américain, armé de ses caméras de renseignement, pénètre dans l’espace israélien par le Golan. Jusque-là ces appareils étaient interceptés avant d’avoir atteint la frontière ; cette fois, il passe. Localisé par les radars israéliens, il est vite détruit par un hélicoptère Apache. Pourquoi les Iraniens se livrent-ils à une telle provocation, un jour de shabbat, dans un pays champion de la fabrication des drones ? Est-ce pour des motifs de politique intérieure ou pour brouiller les cartes ? (...)

Ce qui est intéressant, c’est l’attitude des puissances. Les États-Unis soutiennent leur allié qui a défendu son espace aérien; les Russes ne le condamnent pas — il est vrai que Nétanyahou s’est beaucoup dépensé en visites et coups de téléphone auprès de Poutine. Tous implorent les Israéliens: surtout, de la retenue! Pas d’escalade! Que ferait l’Iran si… L’agressé est prié de s’en tenir là — et d’être responsable pour deux, pour lui-même et pour les autres! Si on le demande à Israël, c’est parce qu’il est gouverné par des gens raisonnables, ce qui n’est pas forcément le cas ailleurs. Or Israël s’est beaucoup renforcé, et pas seulement depuis l’élection de Trump: il a traité avec Chypre (pétrole en mer), noué une alliance de fait avec l’Arabie (contre l’Iran), et il rend service à l’Égypte du maréchal Sissi en rasant les positions djihadistes du nord du Sinaï… (...)

C’est que, dans le même temps, dans le nord de la Syrie, tout le monde se bat avec tout le monde : Russes, Syriens, Iraniens, Turcs, Américains, Kurdes, chiites, sunnites… (...)

Voilà pourquoi Israël, seul point fixe dans la région, revient au centre du jeu, pour empêcher le pire.

Lire l'article complet @ Valeurs Actuelles

dimanche 11 février 2018

A. Finkielkraut: Le "crime" des Juifs "n'est plus la double allégeance, mais le défaut d'altérité"

Alain Finkielkraut, philosophe:
"À la fin du XXe siècle, la division entre les partisans et les adversaires du processus d'Oslo me paraissait insurmontable.  Aujourd'hui je dis: "Nous, les Juifs" parce que tous - observants ou laïques, progressistes ou conservateurs, Juifs à temps plein ou intermittents identitaires - nous sommes désormais dans le même bateau.  Ce qui fait de nous autre chose et davantage qu'un agrégat d'individualités, c'est l'accusation dont nous sommes l'objet pour peu que nous refusions le lâcher Israël.  Accusation monstrueuse et qui ferait presque regretter le bon vieux temps du préjugé antisémite.  Notre crime, en effet, n'est plus la double allégeance, mais le défaut d'altérité.  Nous ne sommes plus de mauvais Français, de mauvais Allemands, de mauvais Européens, mais de mauvais Juifs, des Juifs ratés, des Juifs traîtres à eux-mêmes et déméritant de leur histoire.  Nos nouveaux procureurs nous condamnent pour absence de sensibilité juive."
Alain Finkielkraut et Peter Sloterdijk, Les battements du monde, Fayard, 2003, p. 42.


Lire également: Alain Finkielkraut: nos enfants et petit-enfants devront peut-être faire leurs valises et quitter la France (2015)

mercredi 7 février 2018

Jean Bricmont: On voulait "empêcher Tariq Ramadan d'énoncer des vérités déplaisantes sur Israël"


Jean Bricmont, physicien et essayiste belge, professeur émérite de physique théorique à l'université catholique de Louvain et membre de la très prestigieuse Académie royale de Belgique:
"Que lui reproche-t-on? De proposer un moratoire en matière de lapidation. (...) on se moque éperdument de la situation des femmes lapidées et (...) on veut simplement sauter sur la première excuse venue pour empêcher Ramadan d'énoncer des vérités déplaisantes sur Israël." (p. 45)
La journaliste française Aude Lancelin ne mâche pas ses mots à propos de l'académicien, très respecté en Belgique (Marianne, 2014):
"La France a l'air barbare, vue de près. Mais allez en Belgique et vous deviendrez moins sévère pour votre pays», écrivait un poète qui ne se souciait pas trop d'amitié entre les peuples. On s'était gardés de faire autre chose que sourire à cette sortie de Baudelaire jusqu'à la découverte de l'existence du dénommé Jean Bricmont et du leadership qu'il entend assumer désormais dans la défense de toute la quincaillerie extrémiste, antisémite et négationniste qui prospère à nouveau dans notre pays à la faveur des moyens de propagande démultipliés du Web, du vide politique, de l'oubli aussi."
Autres citations de Jean Bricmont:
"Les victoires politiques et militaires du Hamas ainsi que la résistance héroïque des Palestiniens montrent que la voie de la soumission poursuivie par des dirigeants palestiniens depuis Oslo a pris fin." (p. 42)

"... ne pourrait-on pas, en s'attaquant à la religion musulmane, inverser le rôle de l'agresseur et de l'agressé, (...) en les provoquant, les "immigrés" et retarder ainsi leur intégration inévitable et, surtout, pouvoir facilement changer de sujet lorsqu'on parle d'Israël?" (p. 43)

"... on prend des grands airs de défenseur de la liberté d'expression (sans jamais dire un mot, bien sûr, des victimes des lois réprimant le négationnisme, dont la liberté d'expression est réellement brimée par l'État, contrairement aux gens qui insultent l'islam et qui sont, comme il se doit, protégés par l'État." (p. 44)

"N'est-il pas humiliant pour les laïques d'assister au spectacle suivant: d'une part, un "fanatique religieux" comme Ahmadinejad ose affronter ses adversaires sionistes à l'université de Columbia, alors que les "défenseurs de la laïcité" n'arrivent pas à débattre avec un intellectuel musulman poli et acceptant la discussion?" (p. 45)
"Pour une série de raisons sionisto-pétrolières en Asie centrale, ce que nous voulons au Moyen-Orient, comme d'ailleurs chez les "immigrés", c'est la soumission. Nous ne l'aurons pas." (p. 46)

"Il est absolument tragique de voir que tant de soi-disant défenseurs de ce qui a de meilleur en Occident, la tradition issue des Lumières et la laïcité, se transforment en idiots utiles du sionisme et de l'impérialisme américain, et adoptent une posture d'intolérance et de mépris, qui, dans le passé, a heureusement été l'apanage des Églises et qui a tant fait pour les discréditer." (p. 47)
Source: Sous la direction de Marc Jacquemain et Nadine Rosa-Rosso, le livre "Du bon usage de la laïcité", Ed. Aden, Bruxelles, 2008. Y ont contribué: Jean Bricmont, Dan Van Raemdonck, Henri Goldman, Radouane Bouhlal, Géraldine Brausch, Alec De Vries, Paul Delmotte, Malika Hamidi, Paul Löwenthal, Bernadette Mouvet et Christophe Page.

lundi 29 janvier 2018

Hannah Arendt: Céline "allait droit au but et réclamait le massacre de tous les Juifs"

"Il allait droit au but et réclamait le massacre de tous les Juifs. (...)  les nazis, eux, le considérèrent toujours comme le seul véritable antisémite français." 

Hannah Arendt (1906-1975), philosophe allemande: 
Céline
"(...) la France avait produit un antisémite exceptionnel, qui avait compris toute la puissance et toutes les possibilités de la nouvelle arme. Cet homme était un romancier de valeur: en France, en effet, l’antisémitisme n'était pas socialement et intellectuellement discrédité comme dans les autres pays d’Europe.

La thèse de Louis-Ferdinand Céline était simple, ingénieuse, et elle avait juste ce qu’il fallait d’imagination idéologique pour compléter l’antisémitisme rationaliste des Français. Selon Céline, les Juifs avaient empêché l’unité politique de l’Europe, provoqué toutes les guerres européennes depuis 843 et tramé la ruine de la France et de l’Allemagne en suscitant leur hostilité mutuelle. Céline avança cette abracadabrante explication de l’histoire dans L’École des cadavres, ouvrage écrit au temps de Munich, et publié en 1938. Un pamphlet publié précédemment sur le même sujet, Bagatelles pour un massacre (1937) ne donnait pas encore cette nouvelle clé de l’histoire européenne, mais était déjà remarquablement moderne. Céline n’établissait pas de distinctions entre Juifs nationaux et étrangers, entre bons et mauvais Juifs; il ne proposait pas des lois compliquées (l’une des caractéristiques de l’antisémitisme français): il allait droit au but et réclamait le massacre de tous les Juifs.

Le premier livre de Céline fut reçu avec faveur par de nombreux intellectuels français, d'une part assez satisfaits de cette attaque contre les Juifs, et à demi convaincus que ce n’était qu’une nouvelle attitude littéraire (1). Pour les mêmes raisons, les fascistes français ne prirent pas Céline au sérieux. Mais les nazis, eux, le considérèrent toujours comme le seul véritable antisémite français."

[1] Voir en particulier une recension de la Nouvelle revue française, par Marcel Arland (février 1938), qui trouve "la position essentielle de Céline [...] solide". André Gide ("Les Juifs, Céline et Maritain", avril 1938) pense que Céline, en décrivant seulement la "spécialité" juive, est parvenu à peindre non pas la "réalité" mais "l'hallucination que la réalité provoque".
Sur l'antisémitisme (1951), Seuil-Points, pp. 115-116.

dimanche 28 janvier 2018

Drieu Godefridi: "Nous sommes tous juifs, parce que l’Holocauste hante notre histoire"

Rafle d’enfants conduits au train de déportation, Pologne

Drieu Godefridi est un auteur libéral belge:
Ghetto de Varsovie
En cette période de mémoire de l’assassinat de six millions de Juifs par les criminels nazis et leurs suppôts, il est utile de réfléchir à notre rapport comme Européens à cette abomination qui fait partie intégrante de notre histoire, pour en tirer quelques leçons actuelles. 
Né trente ans après la Seconde guerre mondiale, j’ai toujours éprouvé une forte réticence à l’égard d’un certain discours consistant à nous présenter, en tant qu’Européens, comme co-responsables de ce crime contre l’humanité. Cette idée de co-responsabilité repose sur des mythes qui sont précisément ceux qui fondent l’antisémitisme, savoir la responsabilité collective et la responsabilité collective à travers les âges. Ce sont les mêmes billevesées que soutenaient les auteurs tachant d’imputer aux Juifs contemporains la co-responsabilité de la mort du Christ et autre fait historique. Jean-Paul Sartre a démontré tout cela dans sa Question juive, même s’il n’en a pas tiré les conséquences qui s’imposaient. 
Nous ne sommes responsables que de nos actes, et non des crimes de nos ancêtres. Mais nous ne sommes pas non plus des créatures abstraites, jaillies directement du sein de la Terre. Nous sommes les héritiers d’une civilisation et d’une histoire, que l’on tient à juste titre pour l’une des plus fabuleuses de mémoire d’homme. Or, c’est précisément dans le cœur de cette civilisation qu’est née l’abomination national-socialiste: ne nous voilà pas de retour au point initial, celui d’une sorte de co-responsabilité à l’égard de crimes qui ont précédé notre naissance? 
Je ne le crois pas. Car ce n’est pas la civilisation occidentale qui est l’auteur de ce crime, pas même la culture allemande. Ce sont des idées et des idéologies précises, qui furent développées et formulées bien avant que Hitler et ses sbires n’accèdent au pouvoir. (Cette généalogie intellectuelle est retracée dans La passion de l’égalité — essai sur la civilisation socialiste). 
Hitler et les théoriciens nationaux-socialistes étaient, idéologiquement parlant, des socialistes au sens strict — ils ne se sont pas revendiqués du socialisme par hasard ! — dont la plupart des catégories étaient d’ailleurs marxiennes; leur spécificité étant de marier ce socialisme au nationalisme racial. Ce n’est pas l’individu et la liberté qu’exaltaient les nationaux-socalistes allemands, c’est la communauté, la solidarité, l’égalité réelle : la solidarité raciale que proclamait Hitler dans un discours infect de 1920 (infect parce que porteur d’une haine virulente et si manifeste qu’elle annonçait nettement tout ce qui allait suivre). 
Nous avons le devoir de nous souvenir de quelle source intellectuelle les crimes nazis sont nés. Les crimes politiques ne naissent pas de la malévolence d’un esprit: ils sont la résultante de la mise en pratique d’idées fausses. Dans le cas de l’Holocauste, ces idées sont le national-socialisme qui, en exaltant le collectif de la race, réduit l’individu au statut d’utilité, de rouage, de variable disponible; d’ennemi mortel quand il relève d’un autre groupe ou qu’il cultive sa propre individualité (le bourgeois, qu’Hitler exécrait autant que Marx, souvent dans les mêmes termes !). Loin d’être le fruit maudit de la civilisation occidentale, le national-socialisme en est la négation absolue, en valeurs comme en théorie. 
Nous avons le devoir de respecter la singularité de ces crimes, en nous préservant d’analogies douteuses.
Lire la suite @ Medium

samedi 27 janvier 2018

I. Kertész: Des enfants "vont à l’école avec leurs cartables sur le dos pour se rencontrer à nouveau comme bourreaux et victimes dans les antichambres des fours crématoires"

Imre Kertész (1929-2016), écrivain hongrois, survivant des camps de concentration et lauréat du prix Nobel de littérature en 2002:
"(...) il faut se poser des questions sur la validité de la culture dont les valeurs illusoires étaient, ici, en Europe, enseignées à tous depuis la petite école, aussi bien aux tueurs qu’aux victimes."

"(...) des milliers d’enfants vont à l’école avec leurs cartables sur le dos pour se rencontrer à nouveau comme bourreaux et victimes dans les antichambres des fours crématoires, devant les fosses communes …" 
Femmes et enfants juifs hongrois arrivent au camp d'extermination
d'Auschwitz-Birkenau le 26 mai 1944 pour y être gazés.
"Mentionnerais-tu encore dans une même phrase Auschwitz et la croix?
Plus que jamais. Puisque c’est justement dans ce contexte qu’est apparue l’importance fatale d’Auschwitz pour l’homme éduqué dans la culture éthique de l’Europe. Les lois de cette culture sont résumées dans les dix commandements, dont l’un dit: Tu ne tueras point. Mais si les massacres peuvent devenir des activités ordinaires, voire un travail quotidien, il faut se poser des questions sur la validité de la culture dont les valeurs illusoires étaient, ici, en Europe, enseignées à tous depuis la petite école, aussi bien aux tueurs qu’aux victimes.

Tu esquisses une vision terrifiante: des milliers d’enfants vont à l’école avec leurs cartables sur le dos pour se rencontrer à nouveau comme bourreaux et victimes dans les antichambres des fours crématoires, devant les fosses communes … Nous en sommes arrivés là, c’est donc cela, le sujet de notre conversation ?  
Apparemment, dès qu’on parle de la culture et des valeurs européennes, on aboutit à la question du meurtre."

Imre Kertész, Dossier K., Actes Sud, 2008, (p. 178)

Wladimir Rabinovitch:
"Non, jamais plus nous serons comme les autres. Nous ne pouvons oublier. Nous n'oublierons jamais. Nous avons été "la balayure du monde". Contre nous chacun avait licence. Et c'est cela, mes amis, qui nous sépare de vous dans la liberté retrouvée, comme nous avons été séparés de vous sous l'Occupation. Nous sommes, désormais, des SÉPARÉS. Et nous sommes aussi les martyrs, c'est-à-dire les témoins, les témoins de l'abjection humaine."

Photos inédites de la Shoah

Nous avons été la "balayure du monde".

jeudi 25 janvier 2018

E. Mougeotte: Les Israéliens n’exhibent pas leurs morts lors d'attentats comme le font les Palestiniens


Etienne Mougeotte, journaliste et dirigeant des médias français:
 "Le principal problème est qu’aujourd’hui Israël est souvent présenté comme l’agresseur et les Palestiniens comme victimes. Il y a naturellement une responsabilité des médias et des journalistes, cette espèce de tradition pro-arabe. Il y a à la fois un effort à fournir de la part d’Israël et de ceux qui défendent Israël en France, un effort de pédagogie des médias comme ont réussi à le faire ceux qui défendent la cause palestinienne.

Il arrive souvent que certains médias fassent appel à des personnalités juives anti-israéliennes et on assiste à une sur-représentation de juifs anti-israéliens qui n’est pas le reflet du point de vue partagé sur Israël. Il en sort donc qu’il y a un double effort à faire:

1- de pédagogie : d’explications de défense des positions d’Israël;

2- de la part des Israéliens qui ont perdu le contrôle des mots et des images.

Le maniement des symboles et des mots, et le contrôle des images: deux sujets dans lequel les partisans des thèses arabes et palestiniennes sont devenus experts à l’inverse des Israéliens et qui constitue une faiblesse. Cet effort des Israéliens n’est pas simple vu la retenue, logique, des Israéliens lors d’attentats et le refus d’exhiber leurs morts comme le font les Palestiniens, malgré l’importance et le poids des images sur l’opinion publique. (...) 
Il est vrai que si on remonte en amont il y a sûrement dans les universités et le corps enseignant des tendances anti-israéliennes assez fortes et on assiste toujours à la même chose, c’est-à-dire que lorsqu’on emmène des gens pour la première fois en Israël, ils découvrent une réalité qui n’est pas ce qu’ils imaginaient à travers ce qu’ils avaient pu lire ou entendre. Ceci est vrai, non seulement pour les universitaires mais aussi pour les étudiants, les échanges étudiants sont évidemment très importants même si ils sont très difficiles à organiser."
Source: Israel Valley (2012): Etienne Mougeotte, à la tête du Figaro depuis 4 ans, a exposé lors d’une très récente rencontre à la CCFI sa vision des médias français sur le Moyen-Orient et sur la façon dont sont traitées les informations vis-à-vis du Moyen-Orient et d’Israël "qui est passé d’un petit état agressé à un pays dominateur".

lundi 22 janvier 2018

Jacques Tarnero: L'antisémitisme, "cette crapuleuse pensée magique" promise à un bel avenir

Jacques Tarnero, sociologue:
"La démonisation d'Israël correspond à la solution la plus facile.  Le refus de penser la part symbolique portée par ce "nom Israël", ce nom de trop, témoigne de ce rétrécissement de l'esprit qui veut gommer ses propres responsabilités par le transfert sur ses victimes et  leurs descendants de ses propres culpabilités.  Tel est le sens de la nazification d'Israël que certains s'efforcent d'insuffler dans les esprits.  Cette question devrait être à la mesure de ce qui fut commis en Europe au siècle dernier quand les deux grands systèmes totalitaires du XXe siècle, le nazisme puis le stalinisme firent, successivement, des juifs leurs cibles privilégiées.  Cette crapuleuse pensée magique semble hélas promise à un  bel avenir.  Tout indique qu'elle a trouvé ses relais.

N'oublions pas les mots de Churchill devant le lâche aveuglement des démocraties face à Hitler.  Il incarnait cette lucidité qui ne se paie pas de mots devant les tyrans et les tyrannies.

Qui inspire la liberté de l'esprit aujourd'hui en France?  Est-ce Albert Camus, Arthur  Koestler, Georges Orwell ou bien Stéphane Hessel, Roger Garaudy et Jacques Vergès?"
Pardès n°55 – Qu’est-ce qu’un acte antisémite?, sous la direction de Shmuel Trigano, 2014, p.p. 59-60.

Citations de:

Winston Churchill comprit la centralité de l'antisémitisme dans l'idéologie nazie

Arthur Koestler: "La qualité de Juif c'est la condition humaine portée à l'extrême"

George Orwell décrit l'antisémitisme des Marocains et des Européens à Marrakech (1939)


Albert Camus, réflexion sur l'antisémitisme en France
George Orwell

samedi 20 janvier 2018

Appel du poète allemand Heinrich Heine aux antisémites (19e siècle)

"Ich, ich dulde dass du rasest, Du, Du duldest dass ich atme", écrivit Heinrich Heine [1797-1856] au sujet des relations entre non-Juifs et Juifs en Europe au 19e siècle.  Le poète "tolérait" la haine mais demandait qu'on "tolère" qu'il respire, qu'il puisse vivre. On sait ce qui est arrivé au 20e siècle et ce qui se passe aujourd'hui.  Pour David Goldman (alias Spengler) la différence entre les années 30 et aujourd'hui réside dans le fait que de nos jours les Juifs portent des armes et ne sont plus à la merci de leurs tourmenteurs. 

David P. Goldman @ Pajamas Media:

Heinrich Heine
[...]  For half a century the horror of a million Jewish children murdered by the Nazis stopped the mouths of the anti-Semites, but that memory has worn off. [...]

Ich, ich dulde dass du rasest, Du, Du duldest dass ich atme, wrote Heinrich Heine of the relationship between Gentiles and Jews in 19th century Europe: I tolerate your rage, and you tolerate my breathing. Things have changed. The crime of the Jews today is to breathe, and especially to breathe the air of their own country. As the body count rises, enlightened opinion once again will blame the Jews for breathing. Muslims will continue to engineer humanitarian disasters (as in the last Gaza War) to solicit Western sympathy, and European governments will attempt to placate their growing Muslim populations by blaming Israel.

The difference between today and the 1930s, to be sure, is that Jews are armed rather than defenseless. I am weary of excusing myself for breathing. Let them hate us as long as they fear us.
lire l'intégralité de l'article

jeudi 18 janvier 2018

G. Bensoussan: "Il y a en Europe une 'part juive' impossible à assumer depuis toujours"


Georges Bensoussan, historien spécialiste d'histoire culturelle de l'Europe des XIXe et XXe siècle et, en particulier, des mondes juifs (histoire culturelle du sionisme et de la Shoah):
"Il y a en Europe une "part juive" impossible à assumer depuis toujours et qui est devenue une impossibilité d'assumer l'Etat d'Israël.  Face aux vraies menaces génocidaires qui viennent du Proche-Orient contre Israël, il semble bien que l'Europe trouvera toutes les raisons du monde pour ne pas lever le petit doigt en cas de danger extrême.  Ce ne sera pas cette fois un génocide en acte, mais une non-assistance à peuple en danger.

Sur ce plan-là, les choses vont plutôt dans le mauvais sens.  Il y a plusieurs raisons à cela.  D'abord, quelque chose de très anciennement ancré dans la culture européenne et qui est à l'origine du génocide.  Il y a ensuite un facteur lié à la culpabilité née de la Shoah, laquelle n'a pas seulement induit une attitude faite d'empathie et de compassion, mais a aussi provoqué une culpabilité que l'on pourrait qualifier de "vengeresse".  Pour reprende une formule célèbre tirée d'un film d'Axel Corti: "Ils ne nous pardonneront pas le mal qu'ils nous ont fait".

Derrière les grandes manifestations de compassion chaleureuse organisées autour du 27 janvier, il me semble que nous sommes en présence, en Europe, d'une sourde culpabilité qui peut parfois se transformer en agressivité.  Celle-ci ne se focalise pas forcément sur les Juifs en Europe, mais bien davantage sur l'Etat d'Israël, lequel représente aujourd'hui un facteur-clé de l'identité juive, même pour des gens qui ne sont pas sionistes.

mardi 16 janvier 2018

Kafka réagit aux émeutes antijuives à Prague en 1920


Kafka exprime sa révolte suite aux émeutes antisémites qui se déroulèrent à Prague en 1920:

"L'autre jour, j'ai entendu quelqu'un traiter les Juifs de 'race galeuse'. N'est-il pas naturel de quitter un lieu où l'on est si détesté? (Le sionisme ou le sentiment national n'est pas nécessaire pour cela.) L'héroïsme de rester n'est cependant que l'héroïsme des cafards qui ne peuvent pas être exterminés, même dans la salle de bains."

Cité par Iris Bruce: Of Devils and Demons and Absent Talmudists: Franz Kafka’s Struggle with Philosophical Antisemitism in Hans Blüher’s 'Secessio Judaica'. Dans Alain Goldschläger & Clive Thomson (Hg.): Le Discours scientifique comme porteur de préjugés? / Scientific Discourse as Prejudice-Carrier. University of Western Ontario 1998, p.p. 181-200.

vendredi 12 janvier 2018

Frédéric Encel: Plus des deux tiers des citoyens américains approuvent la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël

Frédéric Encel, docteur en géopolitique, maître de conférences à Sciences-Po Paris et à la Paris School of Business, a reçu le Grand Prix 2015 de la Société de Géographie:
"Côté américain, dire que Trump n'en fait qu'à sa tête et que la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël était une promesse de campagne ne suffit pas; d'une part il a déjà trahi d'autres promesses (l'alliance avec la Russie notamment), d'autre part son tempérament impulsif et imprévisible répond quand même à une certaine rationalité. Trump sait parfaitement le poids grandissant des sympathisants des églises évangéliques - plus de 75 millions d'Américains, pour ne mentionner que les États-Unis - et la ferveur messianique et pro israélienne de nombre d'entre eux. Il a donc pu vouloir élargir et fidéliser cette part de l'électorat qui ne lui était pas toujours acquise. Lui-même ne s'est manifesté comme ami d'Israël que très récemment. Or la décision présidentielle a été approuvée par plus des deux tiers des citoyens américains, sachant que les juifs parmi eux ne constituent que 1,8% de la population... Par ailleurs, à l'extérieur, Trump a certes été critiqué par la plupart des chancelleries, mais au final assez mollement (y compris dans le monde arabe), et sans qu'un seul État ne fasse de menaces."
Source: Figaro Vox

jeudi 11 janvier 2018

Chantal Delsol: Le judéo-christianisme a structuré l'Occident

"La volonté des gouvernants et des médias est constante de tenter de mettre le judéo-christianisme et l'islam sur un pied d'égalité, afin de diluer dans un grand chaudron étiqueté «religion» les comportements parfois si archaïques et inacceptables de l'islam. Certains de nos gouvernants sont tentés d'éradiquer tout signe religieux d'où qu'il vienne, afin de ne pas faire preuve de «discrimination» envers l'islam - idée simplissime, et contre-productive dans sa pathétique sottise. (...)

La laïcité est à l'origine (sous forme de sécularisation), notre invention et notre produit celui des peuples grecs et judéo-chrétiens. (...) Aussi l'importance, et l'obligation, de respecter la laïcité, ne signifie pas du tout la même chose en France pour les judéo-chrétiens et les musulmans. (...)
Toute grande croyance établie sur le long terme laisse des mythes à ses bords, comme la vague de la mer laisse l'écume. En Occident, les mythes, histoires ni vraies ni fausses mais signifiantes et édifiantes, proviennent du judéo-christianisme, ce qui est normal puisque c'est cette religion qui nous a structurés.  S'il y a aujourd'hui un islam de France, puisque 10% des Français sont musulmans (selon les chiffres d'Hakim El Karoui), pour autant nous ne sommes pas habités par les croyances/mythes des razzias de Mahomet ni la vision des femmes de Mahomet. Nous sommes structurés par l'histoire d'Abraham et d'Isaac ou par l'histoire des saints chrétiens."
Source: Figaro Vox

samedi 6 janvier 2018

Adrien Barrot: "L’antisémitisme est consubstantiellement crapuleux, prédateur, sadique et meurtrier"

Adrien Barrot, professeur de philosophie et écrivain:
"L’antisémitisme ne procède pas d’une simple et innocente erreur de jugement. C’est une construction qui répond à un besoin profond.

Si la haine des juifs invente leur nocivité, c’est bien parce qu’une telle invention permet de les transformer ouvertement en objets de toutes les prédations possibles. Il devient ainsi légitime, en premier lieu, de déposséder les juifs de leurs biens indûment acquis et d’exercer, de surcroît, sur leurs corps, la plus extrême violence: enlèvement, séquestration, rançonnement, sévices, meurtre.

Contre le mal incarné par le juif, tout est permis, dès le départ: la transgression de tous les interdits fondamentaux devient licite, pour ne pas dire prescrite. Les juifs sont élus par la haine pour que le sujet puisse satisfaire sans le moindre détour les pulsions les plus destructrices de la psyché.

Par projection, le sujet impute en réalité au juif cela même qu’il désire perpétrer et finit par s’autoriser sur lui la jouissance ordinairement interdite de l’emprise totale et de la destruction. La crapulerie n’est donc pas une composante secondaire de l’antisémitisme et moins encore lui est-elle extérieure, elle est indissociable de sa motivation la plus profonde ou, plus exactement, primaire: l’antisémitisme est consubstantiellement crapuleux, prédateur, sadique et meurtrier, c’est là une évidence documentée par une beaucoup trop longue histoire, y compris la plus récente, et dont on ne peut que se demander comment elle demeure à ce point inaperçue."
Lire l'intégralité de l'article @ Libération


jeudi 4 janvier 2018

Charles Maurras: "Cette providence de l’antisémitisme"



Charles Maurras (1868-1952), journaliste, essayiste et homme politique:
"Tout paraît impossible, ou affreusement difficile, sans cette providence de l’antisémitisme. Par elle, tout s’arrange, s’aplanit et se simplifie. Si l’on n’était antisémite par volonté patriotique, on le deviendrait par simple sentiment de l’opportunité."
L’action française (28 mars 1911)


Quatre-vingt ans après cet éloge de l'antisémitisme par Charles Maurras et 50 ans après la Shoah, Vladimir Jankélévitch (1903-1985), philosophe et musicologue, constatait:
"L'antisionisme est une incroyable aubaine, car il nous donne la permission - et même le droit, et même le devoir - d'être antisémite au nom de la démocratie! L'antisionisme est l'antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d'être démocratiquement antisémite. Et si les juifs étaient eux-mêmes des nazis? Ce serait merveilleux."

mercredi 3 janvier 2018

V. Jankélévitch: "L'antisionisme est l'antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous"


Vladimir Jankélévitch (1903-1985), philosophe et musicologue:
"L'antisionisme est une incroyable aubaine, car il nous donne la permission - et même le droit, et même le devoir - d'être antisémite au nom de la démocratie! L'antisionisme est l'antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d'être démocratiquement antisémite. Et si les juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux." 
Vladimir Jankélévitch, cité par Léon Poliakov, dans Histoire de l’Antisémitisme 1945-1993, p. 405, Ed. du Seuil, 1994.