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vendredi 31 mai 2019

La fascination de Borges pour le judaïsme et son admiration pour Israël


Sarah Rindner @ Mosaic Magazine:
Borges photographié par Grete Stern en 1951.
"“The Oldest of Nations is Also the Youngest”: Jorge Luis Borges on Israel and Judaism
Exploring the great Argentinian writer’s unusual fascination with Judaism and enthusiasm for the Jewish state.

This month, a new Spanish volume was published about Jorge Luis Borges’s relationship to Judaism—timed to be released 50 years after his first visit to Israel at the personal invitation of David Ben-Gurion. The book, titled Borges, Judaísmo e Israel, explores the great Argentinian writer’s various Jewish connections.
A lapsed Catholic with an interest in many religions, Borges (1899-1986) was particularly fascinated by Judaism, especially Kabbalah, and surprisingly erudite references to Jewish texts make their way into several of his stories. Even more unusually for a literary figure, especially one who traveled in avant-garde circles, his appreciation of Judaism translated into enthusiasm for the Jewish state.

Indeed, the 1969 trip to Israel affected Borges profoundly, prompting him to write a trio of poems in praise of the young state and the Jewish people more broadly. “Long live Israel,” he declares in one poem, published in that same year; in another he marvels at how “a man condemned to be Shylock” has “returned to battle/ to the violent light of victory/ beautiful like a lion at noon.”

Written shortly after the Six-Day War—just when much of the literary world was beginning to turn against the Jewish state—these poems celebrating the Jews’ return to martial glory also stand in stark contrast to their cosmopolitan author’s own general suspicion of nationalism. 
A half-century since the poems were written—and on the eve of Jerusalem Day, which this year falls on Sunday—its well worth revisiting the story behind them and the place of the Jews in Borges’s worldview.

Many scholars have proposed reasons for Borges’s philo-Semitism. The list of factors includes his Jewish friends in childhood; his Anglo-American grandmother who instilled in him a love for both the Bible and the people of the Bible; his admiration for Franz Kafka; and his fascination with Jewish mysticism, especially through the work of its great interpreter, Gershom Scholem. No doubt, all of these speculations are valid to some extent, but a closer look at Borges’s work shows something stronger at play. To understand what that is, it’s helpful to have some familiarity with his work more broadly. […] 
Even the most complex labyrinth has a center. As Borges seems to understand that center, it is located in the conceptual space of Judaism and perhaps even in the physical space occupied by the modern Jewish state. In his postmodern, relativistic, and labyrinthine universe, where identities are interchangeable, truth is subjective, and final evaluations are impossible, these provide the one true north by which all moral compasses can be set."
Lire l'article complet

Le magnifique poème de Jorge Luis Borges (1899-1986), écrivain et poète argentin, qui est évoqué dans l'article de Sarah Rindner:


Israël 1969 - Jérusalem, au bord des eaux de Babylone 
Je redoutais que ne guettât Israël
avec une douceur insidieuse
la nostalgie que les diasporas séculaires
accumulèrent comme un triste trésor
dans les villes de l’infidèle, dans les juiveries,
au couchant de la steppe, le long des rêves,
la nostalgie de ceux-là qui te désirèrent,
Jérusalem, au bord des eaux de Babylone.
Étais-tu autre chose, Israël, que cette nostalgie,
que cette volonté de sauver
parmi les inconstantes formes du temps
ton vieux livre magique, tes liturgies,
ta solitude avec Dieu ?
Non pas. La plus ancienne des nations
est aussi la plus jeune.
Tu n’as pas tenté les hommes par les jardins
ni par l’or fastidieux
mais par la rigueur, terre dernière.
Israël leur a dit sans paroles:
Tu oublieras qui tu es.
Tu oublieras l’autre laissé là-bas.
Tu oublieras qui tu étais dans les pays
qui te donnèrent leurs soirs et leurs matins
et qui n’auront pas ta nostalgie.
Tu oublieras la langue de tes pères et tu apprendras la langue du Paradis.
Tu seras un Israélien, tu seras un soldat.
Tu prendras des bourbiers pour asseoir ta patrie, des déserts pour l’élever.
Tu seras aidé par ton frère dont tu n’as jamais vu le visage.
Nous ne te promettons qu’une chose:
ton poste dans la bataille.
Éloge de l’ombre, dans L’or des tigres, NRF, Gallimard, 1976
Traduction et mise en vers par Nestor Ibarra


mercredi 15 novembre 2017

Jorge Luis Borges: "Tu seras un Israélien, tu seras un soldat. Tu prendras des bourbiers pour asseoir ta patrie, des déserts pour l’élever." (poème)

Jorge Luis Borges (1899-1986), écrivain et poète argentin:


Israël 1969 
Jérusalem, au bord des eaux de Babylone 
Je redoutais que ne guettât Israël
avec une douceur insidieuse
la nostalgie que les diasporas séculaires
accumulèrent comme un triste trésor
dans les villes de l’infidèle, dans les juiveries,
au couchant de la steppe, le long des rêves,
la nostalgie de ceux-là qui te désirèrent,
Jérusalem, au bord des eaux de Babylone.
Étais-tu autre chose, Israël, que cette nostalgie,
que cette volonté de sauver
parmi les inconstantes formes du temps
ton vieux livre magique, tes liturgies,
ta solitude avec Dieu ?
Non pas. La plus ancienne des nations
est aussi la plus jeune.
Tu n’as pas tenté les hommes par les jardins
ni par l’or fastidieux
mais par la rigueur, terre dernière.
Israël leur a dit sans paroles:
Tu oublieras qui tu es.
Tu oublieras l’autre laissé là-bas.
Tu oublieras qui tu étais dans les pays
qui te donnèrent leurs soirs et leurs matins
et qui n’auront pas ta nostalgie.
Tu oublieras la langue de tes pères et tu apprendras la langue du Paradis.
Tu seras un Israélien, tu seras un soldat.
Tu prendras des bourbiers pour asseoir ta patrie, des déserts pour l’élever.
Tu seras aidé par ton frère dont tu n’as jamais vu le visage.
Nous ne te promettons qu’une chose:
ton poste dans la bataille.
Éloge de l’ombre, dans L’or des tigres, NRF, Gallimard, 1976
Traduction et mise en vers par Nestor Ibarra

mardi 19 août 2014

'Israël 1969', poème de Borges en hommage au soldat israélien

"64 soldats israéliens ont trouvé la mort. 64 fils, amis, maris, qui ne retourneront pas chez eux. Ils sont tombés dans la bande de Gaza, en luttant contre le Hamas au nom de leur patrie." (Bild, via JSS News)

"Tu oublieras la langue de tes pères et tu apprendras la langue du Paradis.
Tu seras un Israélien, tu seras un soldat.
Tu prendras des bourbiers pour asseoir ta patrie, des déserts pour l’élever.
Tu seras aidé par ton frère dont tu n’as jamais vu le visage.
Nous ne te promettons qu’une chose: ton poste dans la bataille."



Jorge Luis Borges (1899-1986),

Israël 1969

Jérusalem, au bord des eaux de Babylone


Je redoutais que ne guettât Israël
avec une douceur insidieuse
la nostalgie que les diasporas séculaires
accumulèrent comme un triste trésor
dans les villes de l’infidèle, dans les juiveries,
au couchant de la steppe, le long des rêves,
la nostalgie de ceux-là qui te désirèrent,
Jérusalem, au bord des eaux de Babylone.
Étais-tu autre chose, Israël, que cette nostalgie,
que cette volonté de sauver
parmi les inconstantes formes du temps
ton vieux livre magique, tes liturgies,
ta solitude avec Dieu ?
Non pas. La plus ancienne des nations
est aussi la plus jeune.
Tu n’as pas tenté les hommes par les jardins
ni par l’or fastidieux
mais par la rigueur, terre dernière.
Israël leur a dit sans paroles:
Tu oublieras qui tu es.
Tu oublieras l’autre laissé là-bas.
Tu oublieras qui tu étais dans les pays
qui te donnèrent leurs soirs et leurs matins
et qui n’auront pas ta nostalgie.
Tu oublieras la langue de tes pères et tu apprendras la langue du Paradis.
Tu seras un Israélien, tu seras un soldat.
Tu prendras des bourbiers pour asseoir ta patrie, des déserts pour l’élever.
Tu seras aidé par ton frère dont tu n’as jamais vu le visage.
Nous ne te promettons qu’une chose:
ton poste dans la bataille.


Éloge de l’ombre, dans L’or des tigres, Jorge Luis Borges, NRF, Gallimard, 1976
Traduction et mise en vers par Nestor Ibarra
Jorge Luis Borges (1899-1986), écrivain et poète argentin 

dimanche 30 décembre 2012

Hitler est-il mort en Argentine?


Adolf Hitler et Eva Braun
Jerusalem Post (Revealing a sordid past): Adolf Hitler ne serait pas mort dans son bunker de Berlin mais en Argentine. C'est la thèse que le réalisateur Noam Shalev et le chercheur Pablo Weschler développent dans un documentaire, Révélation: Hitler en Argentine, qui sera diffusé en 2013.

"Nous ne connaîtrons jamais la vérité", met en garde Shalev, assis dans les bureaux de Highlight Films, la société de production de vidéos qu'il dirige avec Weschler à Bnei Brak. "Mais il y a suffisamment de preuves pour construire une théorie alternative sur ce qui est arrivé à Hitler."

Weschler ajoute que le récit des Russes sur le suicide de Hitler dans le bunker n'a pas convaincu tout le monde et que dès l'été 1945 la presse posait la question "Où est Hitler?".

Le fait que les troupes russes n'ont pas donné l'accès aux éléments en leur possession aux nombreux enquêteurs judiciaires rend difficile la confirmation des faits essentiels concernant le suicide d'Hitler et de sa femme, Eva Braun, dans les derniers jours lorsque que les Alliés s'approchaient de Berlin. Shalev et Weschler estiment que l'enquête effectuée par l'officier du renseignement et historien britannique Hugh Trevor-Roper a été précipitée et "non professionnelle".

Ce sont les documents récemment déclassifiés par le FBI qui les ont amenés à réaliser le documentaire. A l'époque c'était le FBI, et pas la CIA, qui était responsable de l'Amérique du Sud et les documents indiquent que le FBI avait pris très au sérieux la possibilité qu'Hitler se soit enfui en Argentine. Une unité spéciale fut mise sur pied pour enquêter sur cette possibilité.
Shalev et Weschler pensent avoir recueilli des preuves significatives sur la localisation d'Hitler pendant les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Se basant sur le livre du journaliste italien Patrick Burnside, Hitler's Escape, ils ont également mené leurs propres recherches. "Quand Burnside a publié son livre, en 1998, il a reçu des milliers de courriels de gens qui lui donnaient des informations", explique Shalev. "Bien sûr certains messages étaient délirants, mais il y avait suffisamment d'informations pour approfondir les recherches et écrire un autre livre." Le manuscrit de l'ouvrage, qui sera publié l'année prochaine, fut un guide utile pour Shalev et Weschler.  Il les a conduits à l'hôtel Eden à La Falda, Córdoba, en Argentine.

mercredi 24 octobre 2012

L'image la plus antisémite parue dans la presse européenne récemment?

L'une des images les plus antisémites parues dans la presse européenne nous vient-elle de Finlande?
La chaîne de supermarchés finlandaise Kärkkäinen a son propre magazine publicitaire produit par Magneetti media qui est tiré à 300.000 exemplaires. Kärkkäinen a publié un article écrit par le conspirationniste et négationniste américain Ken Barrett intitulé Israël veut la guerre avec l'Iran pour cacher les événements du 11 Septembre (consultable sur son site): "Des traîtres américains, y compris Dick Cheney, Donald Rumsfeld, George W. Bush, Richard Myers, et d'autres, ont aidé Israël à faire exploser le World Trade Center, à bombarder le Pentagone, et à tuer 3000 Americans le 11 Septembre". L'article est illustré par l'image ci-dessus. Elle est sans doute une des images les plus antisémites parues ces derniers temps dans la presse européenne. L'article de Ken Barrett est repris de Press TV, qui est une chaîne iranienne que le Guardian décrit comme "une chaîne d'information controversée financée par le gouvernement iranien." Mais même Press TV n'a pas osé publier une image pareille. (Pour les liens entre Tarik Ramadan et Press TV cliquer ICI):

Le blog Tundra Tabloids, qui rapporte l'affaire, rappelle qu'en août le magazine avait publié un autre article La puissance mondiale américaine est le pantin des sionistes écrit par l'Argentin Adrian Salbuchi: "Réveille-toi Amérique. Le plus grand problème du monde peut être résumé en une courte phrase de dix mots: L'Amérique contrôle le monde, mais ... le sionisme contrôle l'Amérique!" (AMERICA RULES OVER THE WORLD, BUT…. ZIONISM RULES OVER AMERICA!).

Par ailleurs, la chaîne de magasins Prisma vend un ouvrage du négationniste David Duke en vantant ses qualités.

On rappelera également que le président de l'ONG européenne Amnesty International en Finlande avait qualifié Israël d'État racaille.

samedi 15 mai 2010

Rock argentin: succès triomphal de Charly García en Israël

Les deux concerts que vient de donner Charly García en Israël représentent un nouveau doigt d'honneur aux boycotteurs.

Vidéo: Charly García à Césarée

Source: Charly García in Israel par Eamonn McDonagh @ Z-Word blog

La plupart des lecteur de ce blog (Z-Word) ne le connaissent pas, mais Charly García est un musicien de rock argentin qui a un énorme talent et a toujours fait preuve d'intégrité dans la carrière d'artiste. Il est depuis plus de trois décennies un géant de la vie culturelle argentine.  Charly García s'en rendu en Israël pour donner deux concerts cette semaine. Le musicien ne s'est jamais laissé influencer par de grossières considérations de politiquement correct.  Son séjour en Israël représente un nouveau doigt d'honneur aux boycotteurs.

Verdadera y nostálgica fiesta, Eso es lo que fue el show de García en el Anfiteatro Cesarea @ clarín.com

jeudi 8 octobre 2009

Décès de Mercedes Sosa, grande amie d'Israël

La chanteuse argentine Mercedes Sosa, grande artites et figure légendaire de la culture en Amérique latine, est décédée le 4 octobre à Buenos Aires. L'année dernière elle a résisté aux pressions de boycotteurs et s'est produite en Israël.

Lors de son tour en Israël, Mercedes Sosa a chanté en hébreu. Ses admirateurs israéliens lui ont fait un accueil triomphal. LA VIDEO

Conférence de presse
de Mercedes Sosa en Israël.
_______
Chaque jour de nouvelles et bonnes raisons pour ne pas boycotter Israël: Anti Boycott Israel Blog

dimanche 25 janvier 2009

Israël 1969, Jorge Luis Borges

"Borges était anti-totalitaire, philosémite et sioniste", Raphaël Lellouche

Il y a déjà 40 ans: Israël 1969

Jérusalem, au bord des eaux de Babylone


Je redoutais que ne guettât Israël
avec une douceur insidieuse
la nostalgie que les diasporas séculaires
accumulèrent comme un triste trésor
dans les villes de l’infidèle, dans les juiveries,
au couchant de la steppe, le long des rêves,
la nostalgie de ceux-là qui te désirèrent,
Jérusalem, au bord des eaux de Babylone.
Étais-tu autre chose, Israël, que cette nostalgie,
que cette volonté de sauver
parmi les inconstantes formes du temps
ton vieux livre magique, tes liturgies,
ta solitude avec Dieu ?
Non pas. La plus ancienne des nations
est aussi la plus jeune.
Tu n’as pas tenté les hommes par les jardins
ni par l’or fastidieux
mais par la rigueur, terre dernière.
Israël leur a dit sans paroles:
Tu oublieras qui tu es.
Tu oublieras l’autre laissé là-bas.
Tu oublieras qui tu étais dans les pays
qui te donnèrent leurs soirs et leurs matins
et qui n’auront pas ta nostalgie.
Tu oublieras la langue de tes pères et tu apprendras la langue du Paradis.
Tu seras un Israélien, tu seras un soldat.
Tu prendras des bourbiers pour asseoir ta patrie, des déserts pour l’élever.
Tu seras aidé par ton frère dont tu n’as jamais vu le visage.
Nous ne te promettons qu’une chose:
ton poste dans la bataille.

Éloge de l’ombre, dans L’or des tigres, Jorge Luis Borges, NRF, Gallimard, 1976
Traduction et mise en vers par Nestor Ibarra
Jorge Luis Borges (1899-1986), écrivain et poète argentin

Israel 1969
.
Temí que en Israel acecharíacon dulzura insidios
ala nostalgia que las diásporas seculares
acumularon como un triste tesoro
en las ciudades del infiel, en las juderías,
en los ocasos de la estepa, en los sueños,
la nostalgia de aquellos que te anhelaron,
Jerusalén, junto a las aguas de Babilonia,
¿Qué otra cosa eras, Israel, sino esa nostalgia,
sino esa voluntad de salvar,
entre las inconstantes formas del tiempo,
tu viejo libro mágico, tus liturgias,
tu soledad con Dios?
No así. La más antigua de las naciones
es también la más joven.
No has tentado a los nombres con jardines,
con el oro y su tediosino con el rigor, tierra última.
Israel les ha dicho sin palabras:
olvidarás quién eres.
Olvidarás al otro que dejaste.
Olvidarás quién fuiste en las tierras
que te dieron sus tardes y sus mañanas
y a las que no darás tu nostalgia.
Olvidarás la lengua de tus padres y aprenderás la lengua del Paraíso.
Serás un israelí, serás un soldado.
Edificarás la patria con ciénagas: la levantarás con desiertos.
Trabajará contigo tu hermano, cuya cara no has visto nunca.
Una sola cosa te prometemos: tu puesto en la batalla.

Jorge Luis Borges (1899- 1986), escritor argentino

dimanche 9 décembre 2007

Israël 1969, Jorge Luis Borges

Je redoutais que ne guettât Israël
avec une douceur insidieuse
la nostalgie que les diasporas séculaires
accumulèrent comme un triste trésor
dans les villes de l’infidèle, dans les juiveries,
au couchant de la steppe, le long des rêves,
la nostalgie de ceux-là qui te désirèrent,
Jérusalem, au bord des eaux de Babylone.
Étais-tu autre chose, Israël, que cette nostalgie,
que cette volonté de sauver
parmi les inconstantes formes du temps
ton vieux livre magique, tes liturgies,
ta solitude avec Dieu ?
Non pas. La plus ancienne des nations
est aussi la plus jeune.
Tu n’as pas tenté les hommes par les jardins
ni par l’or fastidieux
mais par la rigueur, terre dernière.
Israël leur a dit sans paroles:
Tu oublieras qui tu es.
Tu oublieras l’autre laissé là-bas.
Tu oublieras qui tu étais dans les pays
qui te donnèrent leurs soirs et leurs matins
et qui n’auront pas ta nostalgie.
Tu oublieras la langue de tes pères et tu apprendras la langue du Paradis.
Tu seras un Israélien, tu seras un soldat.
Tu prendras des bourbiers pour asseoir ta patrie, des déserts pour l’élever.
Tu seras aidé par ton frère dont tu n’as jamais vu le visage.
Nous ne te promettons qu’une chose:
ton poste dans la bataille.
Éloge de l’ombre, L’or des tigres, Jorge Luis Borges, NRF, Gallimard, 1976
Traduction et mise en vers par Nestor Ibarra
Jorge Luis Borges (1899-1986), écrivain et poète argentin