dimanche 31 décembre 2017

Gol Kalev: "Cent ans après leur entrée dans Jérusalem, peut-être est-il temps pour les Européens de retourner enfin chez eux…"


Gol Kalev, journaliste et directeur de l'America-Israel Friendship League:
"Ce n’est pas en investissant l’argent des contribuables européens pour promouvoir les boycotts, le chaos et le désespoir dans d’autres pays que l’on soulagera le Vieux Continent des malheurs qui le touchent. Cela n’aidera pas non plus les Palestiniens et ne fera pas progresser la paix. Pour changer le cours des choses, les Européens doivent entreprendre une réévaluation honnête et courageuse de leur implication vieille d’un siècle dans la région. Lawrence d’Arabie, qui s’enthousiasmait de pousser les Arabes à la révolte pendant les années de guerre, a passé la période d’après-guerre à réévaluer ses engagements. «Vous ai-je dit que je considérais ce que j’ai fait en Arabie comme moralement indéfendable?», écrivait-il à un ami. N’est-il pas temps pour les Européens de reconnaître que certaines de leurs actions pourraient bien se révéler, cette fois encore, moralement indéfendables?

Dore Gold n’est pas optimiste. Fort de son expérience d’ambassadeur d’Israël aux Nations unies et de conseiller du Premier ministre Benjamin Netanyahou, il confie: «J’ai rencontré d’anciens hommes d’Etat européens qui sont convaincus de savoir ce qui est le mieux pour les habitants du Moyen-Orient.» Une attitude qui, selon lui, sera difficile à faire évoluer. Cent ans après leur entrée dans Jérusalem, peut-être est-il temps pour les Européens de retourner enfin chez eux…"
Lire l'article complet @ Jerusalem Post

vendredi 29 décembre 2017

René Girard: Céline "participe de la crispation contre le judaïque"


René Girard (1923-2015), anthropologue et philosophe.  Il est "l'inventeur de la théorie mimétique":

"Evidemment, le cas Céline est prodigieusement intéressant dans la mesure où il participe, hélas, de cette espèce de résurrection de la grande victime émissaire du monde occidental et du christianisme sacrificiel, le juif.  Il participe de la crispation contre le judaïque."

Entretien avec Philippe Muray, Les Grands Entretiens d'Art Press, 2015, p. 24.

jeudi 28 décembre 2017

Gérard Chaliand: Lorsqu’il y a un attentat en Israël, les médias israéliens n'invitent pas "la maman, la fiancée et les copains des victimes en faisant une déploration sur des jours et des jours"


Gérard Chaliand, expert en géostratégie:
"Lorsqu’il y a un attentat en Israël, les médias israéliens rapportent qu’un autobus a été attaqué, qu’il y a eu trois morts, point final. Ils ne vont pas commencer à montrer les cadavres, le carnage et ils ne vont surtout pas inviter la maman, la fiancée et les copains des victimes en faisant une déploration sur des jours et des jours.

Il y a informer et puis il y a la litanie en boucle dont nos médias sont à la fois les prisonniers et les vecteurs. Ils devraient se contrôler, informer sans diffuser la propagande de l’adversaire en l’amplifiant et arrêter de lui rendre service en tirant le maximum de ce qu’ils peuvent comme émotion autour d’un attentat."
Source: L'Echo

mercredi 27 décembre 2017

Jean-Claude Milner: "La question juive se rouvre à l’échelle de l’Europe entière"

Jean-Claude Milner:
Il est l’une des voix les plus brillantes du paysage intellectuel français. Quelques mois après la sortie de Considérations sur la France (Cerf, 19 euros), Jean-Claude Milner creuse, en exclusivité pour Actualité Juive, la question de l’avenir des Juifs dans une Europe en proie à des bouleversements culturels majeurs.

Actualité Juive: Vous avez inauguré fin octobre le séminaire René Cassin, lancé à l’initiative de la Fondation du judaïsme français, avec une conférence intitulée «Les Juifs ont-ils un avenir dans l’Europe du XXIe siècle?». Quelle était l’origine de votre questionnement ?

Jean-Claude Milner : Je m’étais interrogé, il y a une dizaine d’années, sur les penchants criminels de l’Europe démocratique (Verdier, 2003), en pointant que la question juive, dans la forme que lui avait donnée l’Europe moderne, depuis la fin du XVIIIe siècle, ne se posait plus. La solution mise en place par Adolf Hitler avait atteint son but: il y avait maintenant en Europe occidentale et centrale un nombre suffisamment faible de Juifs pour qu’ils ne fassent plus question.

La situation s’est modifiée, car l’Europe elle-même a évolué. Elle est devenue, sans forcément sans rendre compte, un des lieux du monde musulman. Il existe désormais un islam européen. Autonome ou pas à l’égard des islams extra-européens ? Ce n’est pas décidé.

Or, la question juive continue de se poser pour l’islam et, sur ce point, l’islam européen ne fait pas exception. Certes, il rencontre comme un fait l’extermination de la Deuxième Guerre mondiale. Mais il la considère comme une histoire qui lui est totalement étrangère, strictement intra-européenne, presque provinciale. Par un mouvement de bascule, la question juive se rouvre à l’échelle de l’Europe entière; elle s’accompagne d’une tendance à relativiser le processus de destruction qui culmine dans les camps de la mort. Pour la jeunesse européenne, Auschwitz n’est plus et sera de moins en moins un absolu.

A.J.: Quel rapport cet islam européen pourrait-il entretenir avec Israël? 
J-CM. Le proisraélisme occidental, jusque dans les années 1960, était une expiation de la Shoah. Mais au fur et à mesure de l’effacement de cette mémoire, s’est affirmé un anti-israélisme spontané en Europe occidentale. L’existence d’Israël est aujourd’hui présentée comme intolérable au nom de la politique de Benyamin Netanyahou. Mais demain, cette existence sera présentée comme nécessairement intolérable, Netanyahou ou pas.

Ce qui est vrai pour l’Europe non-musulmane, l’est encore plus pour l’islam européen. Puisque, à ses yeux, la Shoah ne le concerne pas, l’existence d’Israël ne s’inscrit pas un instant dans une logique de réparation. 
Lire la suite @ Actualité Juive

Lire également:
Jean-Claude Milner: "Autrefois, l’Europe se sentait encore redevable aux juifs exterminés"

mardi 26 décembre 2017

Jean Szlamowicz: "On a toujours rendu les Juifs responsables de l'antisémitisme, même quand Israël n'existait pas"


Jean Szlamowicz, maître de conférences à Paris IV-Sorbonne, linguiste et traducteur:

"(...) dès qu'un Juif est agressé, la majorité de la presse commence par nier le caractère antisémite de l'agression (les Juifs sont paranoïaques), ensuite par l'attribuer à l'extrême droite, ensuite par l'atténuer (les agresseurs ne savent pas ce qu'ils font, ce sont des déments solitaires), puis par l'excuser (le chômage, le racisme), avant de retourner le schéma victimaire (ce sont les agresseurs qui sont abandonnés par la République, qui sont victimes de racisme) et, in fine, de rendre Israël responsable des actes antisémites (les agresseurs ne font qu'exprimer leur solidarité politique contre l'occupant).  Après tout, on a toujours rendu les Juifs responsables  de l'antisémitisme, même quand Israël n'existait pas.  Cette circularité parsemée de clichés pseudo-sociologiques est le paradigme explicatif même qui obscurcit les manifestations d'antisémitisme.  À cet égard, on peut dire que l'antisémitisme est saturé de langage et de représentations."
Pardès n°55 – Qu’est-ce qu’un acte antisémite?, sous la direction de Shmuel Trigano, 2014, p. 20.

dimanche 24 décembre 2017

Marc Ferro: Jérusalem, "ce mythe de l'origine palestinienne"

Compte tenu de l'actualité - la reconnaissance, par le Président Donald Trump, de Jérusalem comme capitale d'Israël - et des polémiques suscitées, cet éclairage de l'historien Marc Ferro est republié (publié initialement le 11/10/2017 et lu 836 fois).

Marc Ferro, historien:
"Ce mythe de l'origine palestinienne secrète une fonction bien précise: enraciner l'Islam à Jérusalem en déclarant que là se trouve le berceau des trois religions: judaïsme, christianisme, islam - alors que l'Islam est né en Arabie, à la Mecque et à Médine, et que Jérusalem n'est même pas mentionnée dans le Coran. Ce mythe a ainsi pour fonction d'opposer, en ce qui concerne la Palestine, une autre légitimité à celle du christianisme et à celle d'Israël."
Le Choc de l'Islam, XVIIIe-XXIe siècle, Odile Jacob

Nombre de vues: 836 (statistiques du blog)


samedi 23 décembre 2017

D. Schnapper: L'antisémitisme est "l'indicateur le plus sûr d'un processus de décomposition des démocraties"


Dominique Schnapper, sociologue et présidente du Musée d'art et d'histoire du judaïsme (MAJ):
"L'antisémitisme est toujours inquiétant pour la République.  Il est de toute évidence contraire à ses valeurs. Et il est également annonciateur et marqueur de faiblesses et de trahisons graves.  L'antisémitisme est un signe et un signal qu'il ne faut ni cacher, ni sous-estimer, ni relativiser.  C'est l'indicateur le plus sûr d'un processus de décomposition des démocraties.  L'antisémitisme est un problème pour les juifs, mais c'est aussi un problème pour la République."
Le Figaro